La mort est
d'une familiarité incroyable. Quand elle vient vous chercher, elle ne
vous appelle pas Hartvigsen mais simplement Benoni, comme si vous aviez
gardé les vaches ensemble. Elle dit : « Toi, là, Benoni. Viens donc un
peu par ici. »
Comme le
lieutenant Glahn de Hamsun, nous appartenons aux forêts et à la
solitude. Mais surtout à la solitude parce que les forêts... pas tant
que ça, en fait.
Dans le
roman Mystères de Knut Hamsun, le personnage principal, lorsqu'on lui
demande qui il est, répond simplement : « Je suis un état de fait. »
Cette définition nous convient intégralement et épuiserait presque notre
nature (si nous avions une nature à épuiser).
Dans son
roman La Faim, Knut Hamsun fait inventer à son héros le mot kuboa. Le
génial inventeur précise aussitôt que ce vocable ne signifie ni
exposition de bétail ni manufacture de tabac ni laine à tricoter. Mais
alors ? Serait-il possible qu'il désigne un... mégalithe pellucide ?
C'est-à-dire un mégalithe fait d'une matière transmettant la lumière
d'une façon diffuse ?
Il arrive un
moment dans la vie où l'on n'a plus pour seul plaisir que d'aller de la
mairie de Bezons à la gare de Houilles (douze minutes en passant par la
rue Albert 1er quand le trafic est fluide). Tout le reste... pouah.
Même
quand on est seul — seul comme une pesse sous la pluie, seul comme
Franz Kafka —, on a quelques poteaux : Oblomov, Bartleby, Johan Nilsen
Nagel...
Que
tout dans la vie est « comédie, escroquerie et bluff », cela devrait
crever les yeux. Mais au contraire, c'est celui qui le dit qui y est !
Quant à celui qui le répète, c'est — il faut se pincer — un
perroquet !
« Le lendemain soir, il était sur son perchoir et dormait. Alors, une main s'empara de lui et fit le noir, fit le noir immense. »
Exaspéré par l'haeccéité, cette camisole qui l'étouffe et l'écorche jusqu'au sang, l'homme du nihil envie parfois le sort du coq évoqué par Knut Hamsun. Faute de main secourable, une fiole de taupicide fera très bien l'affaire, pense-t-il. Mais ce « noir immense » a tout de même quelque chose d'effrayant... Comme il est un peu lâche, il se recouche, gémit... et le matin suivant, il reste assis en robe de chambre, à la terrasse de la taverne, sur la place du Marché, à boire des verres de « casse-patte », à ruminer la temporalité du temps, la mortalité de l'être mortel... Et puis : « le soir tombe, on n'est plus très jeune ». (Johannes Zimmerschmühl, Pensées rancies et cramoisies)