À la buvette de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, André Leroi-Gourhan se désaltérait d'une onde pure. Claude Lévi-Strauss survient à jeun, qui cherchait aventure. Il se met à parler de Bororos. Leroi-Gourhan voudrait ne jamais être né.
Une
personne férue de préhistoire et de physique atomique n'imaginera pas
sans émotion André Leroi-Gourhan et Louis Leprince-Ringuet venir chez
elle un lundi matin pour lui serrer la pince. Pouvoir discuter d'art
pariétal et de gluons ! Avec deux spécialistes ! Un lundi matin !
D'après
Marcel Mauss, le préhistorien André Leroi était un vrai
monsieur-je-sais-tout. Quoi qu'on lui dît, que ce fût à propos de
peintures rupestres ou de mégalithes, il était « déjà au gourhan ».
À
la fin de chaque banquet de la Société française d'ethnologie, André
Leroi-Gourhan demandait à Claude Lévi-Strauss de « faire le Bororo » pour
divertir les convives. Lévi-Strauss, qui était bonne pâte malgré ses
airs pincés, s'exécutait sans se faire prier.
Quand
l'abbé Breuil lui déclara que les hommes préhistoriques peignaient des
animaux, ours, bisons, chevaux, etc., sur les murs des grottes et des
cavernes, André Leroi en fut estomaqué : il n'était « pas au gourhan » !
En
ethnologie, on n'imagine pas André Leroi se gourer. Lévi-Strauss, par
contre, c'est peut-être une question de « gueule » ou c'est peut-être
cette expression de « bororo » qu'il emploie à temps et à contretemps,
mais on l'imagine très bien.