Le nihilique
est « l'homme qui dit non » : non à la réalité empirique, non au
vouloir-vivre, non au destin, non au cézannisme géométrique, non au Moi,
non à la vie et à l'instinct. Et cependant qu'il dit non, il dit aussi
l'alternative cruelle, à chaque instant, de la vie et de la mort,
rejoignant curieusement le Baudelaire d'Un mangeur d'opium.
Que
Baudelaire engueule le vitrier qui n'avait pas de verres de couleur,
passe encore, mais il aurait pu se dispenser d'écrabouiller ses carreaux
avec un pot de fleur. À quoi ça rime ? Ce n'était peut-être pas de sa
faute, au gars.
Qu'eût été
notre existence si nous n'avions pas été possédé par l'idée du Rien?
Eussions-nous vu « la vie en beau » ? Eussions-nous été capable de
mettre en œuvre le fameux carpe diem? Ce sont de ces questions que l'on
se pose au coin de l'âtre, à la vêprée, les plis de sa robe pourprée —
et son teint au vôtre pareil.
Leopoldo
Lugones, homme austère et malheureux, sorte de « lunaire sentimental »,
disait que Baudelaire ne valait rien. Mais n'est-ce pas le cas de tout
homme ? Qui pense et qui sent ? Être homme, n'est-ce pas ne rien
valoir ? Alors pourquoi spécialement Baudelaire ?
Si votre
douleur refuse d'être sage et de se tenir plus tranquille, menacez-la de
la transférer dans un « centre éducatif fermé », où elle sera encadrée
par d'anciens militaires très à cheval sur la discipline. Ça devrait lui
donner à réfléchir.
Charles
Baudelaire ne trouvait pas le général Aupick aux pommes. C'est le
peintre Boudin, qu'il trouvait aux pommes. Le général Aupick, il
l'envoyait aux fraises.
Baudelaire
dit que Vauvenargues dit que dans les jardins public il est des allées
hantées principalement par l'ambition déçue, mais à savoir si c'est
vrai.
Le poëte
Baudelaire voulait que sa « bonne amie », quand elle serait réduite à
l'état de cadavre, transmette aux insectes nécrophores qui la
dévoreraient le message suivant : qu'il avait gardé la forme et
l'essence divine de ses amours décomposés. Il avait de ces idées, un
peu, le gars...
Quoi qu'on
pense de Charles Baudelaire comme poëte, c'était quelqu'un
d'attentionné. À son éditeur Poulet-Malassis, il avait coutume de dire : « Prends donc ce fauteuil, tu seras mieux. »
« Homme libre ! — Oui ? C'est à quel sujet ? — Homme libre, toujours tu chériras la mer. — Ah bon ? — Oui. La mer est ton miroir. Tu contemples ton âme dans le déroulement infini de sa lame. — Pas possible ? — Si. Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer. — Eh bien dis donc, alors... »
On en a assez, de cette réalité empirique qui pue des pieds et du fiacre. On l'a assez vue, touchée et sentie. On voudrait, comme Baudelaire, « dormir, dormir plutôt que vivre » ; ou comme le héros de Huysmans, « rêver à de vagues Bactrianes, d'hypothétiques Cappadoces, d'incertaines Suses — Rotolo ou autre ».
Notre
cœur ne veut pas se résigner. Il ne veut pas dormir son sommeil de
brute. Il veut... On ne sait pas ce qu'il veut ! Peut-être des « biberons
Robert » ? À malaxer ? Le cœur, pour y comprendre quelque chose...
Adorable
sorcière, aimes-tu les Yvelines ? Dis, connais-tu Sartrouville ?
Connais-tu Houilles, au degré d'urbanisation élevé, au revenu fiscal
médian de 2439 euros en 2016, chiffre supérieur à la moyenne
départementale ? Adorable sorcière, aimes-tu les Yvelines ? Et les
Hauts-de-Seine ? Châtenay-Malabry ? Puteaux ?
Quoi
qu'en disent certaines mauvaises langues dont le poëte Baudelaire, on
naît en Belgique aussi bien qu'ailleurs. Il eût d'ailleurs été un comble
que l'obstétrique fût négligée dans la patrie de Palfin. Prenez Henri
Michaux, par exemple. Il est né à Namur.
Vauvenargues
dit que dans les jardins publics il est des allées hantées
principalement par l'ambition déçue, par les inventeurs malheureux, par
les gloires avortées, par les cœurs brisés, mais il doit raconter ça
pour faire « jore » ou alors il a des visions, le gars.