mercredi 31 août 2022

Coquecigrue

 

Arrivée à un certain âge, la femme se met à ressembler à une créature difforme au faciès d'hippopotame, mais elle n'acquiert pas pour autant la débonnaireté de cet animal. Elle possède toujours les dents féroces du requin, les griffes lacérantes d'un falconidé, et l'indifférence morbide d'une renoncule. Pourtant, ce n'est pas une coquecigrue.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Orcanète

 

On peut voir le Rien en maintes choses. Dans la femme, mais aussi dans l'orcanète, cette plante des régions méditerranéennes dont la racine rouge fournit une matière colorante et qu'on appelle aussi anchusa.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Solfège existentiel

 

Ce que Heidegger n'a pas vu, c'est que l'être est une pièce de clavecin désordonnée dans laquelle l'étant existant est une simple appogiature, quand ce n'est pas une acciaccatura.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Un funeste fumet

 

Sur son cotre en bois d'acajou, le nihilique vire lof pour lof, mais le changement d'amure ne suffit pas à dissiper l'odeur. De sa cambuse émane toujours un funeste fumet : suicide...

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

mardi 30 août 2022

Pour puer de la gueule

 

On dit souvent que les gens « puent de la gueule ». C'est une exagération. Ils ne puent pas de la gueule parce qu'ils ne sont pas. Pour puer de la gueule, il faut être. — Ou bien ?

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Régénération

 

Il y en a qui boivent du « vin nu » pour se rapicoler ; d'autres qui se ressourcent dans le Rien, qui se vivifient dans l'inerte.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Non

 

La vie, on ne pourra pas dire qu'on l'a chevauchée comme un caprin, oh non !

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Truculent quadrige

 

Il est notoire que le quadrige est un char antique monté sur deux roues, attelé de quatre chevaux disposés de front. En général, le quadrige est terne et peu divertissant. Cependant, il arrive qu'il se montre cocasse, haut en couleur, pittoresque et original, qu'il étonne et réjouisse par ses excès. On parle alors d'un « truculent quadrige ».

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Pompe funèbre

 

Tout l'œuvre de Cioran est d'un cadavre, certes, mais d'un cadavre grandiloque !

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

lundi 29 août 2022

Schisme cotonneux

 

Le suicidé philosophique, en accomplissant son geste fatal, entend faire sécession d'avec le reste de l'humanité. Mais son acte lui-même est humain, ce qui donne à sa dissidence une consistance spongieuse : c'est un schisme cotonneux.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Le sens du parfait en latin

 

Empoigner le vocable, un marteau, et s'en servir pour fracasser les tenants de la thèse aspectuelle, ces fadas qui accordent une importance prééminente aux données de la morphologie. Défendre au contraire la thèse temporelle et donner la primauté aux faits d'emploi, à l'usage qui est fait des formes dans le discours, aux valeurs qui leur sont attachées dans les divers énoncés.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

dimanche 28 août 2022

Valeur de l'idée

 

Une idée a beau être brillante et gratinée, elle ne vaut pas grand chose si elle n'est pas en sus, comme celle du Rien, farcie d'une avoine transmutatrice.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Vos gueules, les paisses

 

À celui que l'existence accable, les roucoulades nocturnes du rossignol comme celles diurnes du moineau font l'effet d'un bel canto esquilleux.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

L'appel du Dévonien

 

Nostalgie de ce monde antérieur à l'ineffable homme des cavernes, où ne pullulaient que les arthropodes et les amphibiens, dans d'immenses forêts de lycophytes, de sphénophytes, de progymnospermes et d'aimables ptéridospermales.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Coups de fourchette

 

Selon Basile Munteanu, le négateur Émile Cioran portait sans cesse des coups de fourchette à la gorge de l'être, au point que c'en était gênant pour les autres convives et qu'il se faisait rabrouer par Simone.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

samedi 27 août 2022

Fenouil phrastique

 

Le vocable agit sur l'âme comme un vigoureux vilebrequin. Il apaise les angoisses périphériques et atténue la crépitation du temps. Un peu de poésie giclante, un peu de fenouil phrastique, et l'homme oublie pour un instant qu'il est un « être-pour-la-mort ».

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Spiritualisme effréné

 

La peine capitale pour l'ignoble matière ! Qu'une balle en pulvérise l'affreuse cervelle !

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Orogenèse

 

Le temps passe, la vie s'écoule. On effectue des recherches minéralogiques et cristallographiques. On se consacre à des études pétrographiques sur les roches massives, les roches éruptives et les terrains cristallophylliens. On s'occupe de géologie régionale dans les Alpes, les Pyrénées, la Corse et l'Afrique du Nord. On réunit diverses observations tectoniques sur ces régions montagneuses, et on en déduit des conclusions générales intéressant l'orogenèse, c'est-à-dire l'étude des dislocations de l'écorce terrestre. Mais pour passionnante qu'elle soit, l'orogenèse échoue à détourner l'esprit de ce point fixe : le suicide, et arrive un moment où il faut passer à l'action. Adieu orogenèse ! Adieu Bourboule aimée, dont la tête hardie défie les hauteurs des cieux ! Adieu philosophie marcellienne !

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

vendredi 26 août 2022

Amphibologie

 

L'idée du Rien, dans sa pureté originelle, est amphibologique. Peut-être pas autant que le fameux « Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne » de Mallarmé, mais tout de même, elle est entachée d'une certaine ambiguïté et ce n'est que dans l'homicide de soi-même qu'elle acquiert la netteté de l'œuvre d'art.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Mollusques marins

 

Tous les mollusques marins bivalves ont quelque chose de nihilique — à l'exception peut-être de la moule, trop solidement ancrée dans la réalité empirique par son faisceau de filaments appelé byssus.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Omphalos

 

Quand votre vie a été dévastée de fond en comble par une bourrelle, que vous vous sentez abandonné de Dieu et des hommes, et que vous souffrez de surcroît d'un cruel panaris, vous n'avez plus le choix qu'entre contempler la bouche d'un revolver et pleurer devant un sanctuaire presque incongru en forme d'omphalos.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Quintessence du jet

 

Cracher sur le monde, chacun peut le faire, mais pour être efficace, le crachat doit être une vraie quintessence du jet. Et seul le nihilique est maître dans cet art.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

jeudi 25 août 2022

To each his own

 

Quand on est médecin, on ne croit qu'aux glandes à sécrétion interne. Quand on est nihilique, on ne croit qu'au Rien. C'est ainsi.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Empyreume

 

La métempsychose et la résurrection seraient des mythes consolants si la vie avait un goût de revenez-y. Mais au contraire, elle a un goût atroce d'empyreume (causé par une certaine quantité de lie qui s'est attachée aux parois intérieures de l'alambic, et qui a été en partie décomposée par le calorique).

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Croyances

 

Le monstre bipède croit à la causalité, à la gravitation, à l'évolution, aux atomes, au libre arbitre, au progrès, mais il ne croit pas au Rien. Pourquoi ? Parce que contrairement au nihilique, il n'est pas habité par un sentiment catastrophique de la vie.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

mercredi 24 août 2022

Purée mentale

 

Les expériences faites par la commission ont montré que la brosse de chiendent employée seule ne suffit pas toujours pour nettoyer la purée mentale qui glisse sur nos os. Quand cette purée est trop collante, trop gluante, il faut recourir à l'expédient suprême : l'homicide de soi-même.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Littérature

 

Sous les cirrus du texte, une citadelle inexpugnable : le rotond caillou.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

mardi 23 août 2022

L'anti-Sartre

 

Le nihilique n'est pas un penseur et ne prétend pas au titre de philosophe. Dans sa cervelle sacculiforme, seule palpite l'idée du vide, unique affaire de tout anachorète digne de ce nom.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Vertige

 

Dès qu'il sort dans la rue et se mêle à la foule, la tête tourne au nihilique, il est pris dans un tourbillon chargé de fluides homicides.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Convolvulus

 

Au début, on joue avec l'idée du Rien, elle n'est qu'une hypothèse séduisante et quelque peu baroque. Mais le pachynihil est une plante vivace, et on se retrouve bientôt la carcasse emprisonnée dans le convolvulus du nihilisme le plus radical. C'est déjà « malaisant », mais il y a encore la gêne causée par les moucherons : car comme le liseron, l'idée du Rien attire les syrphes.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

lundi 22 août 2022

Rituel bacchique

 

Quand le nihilique touille le vin, le rhum, la cassonade, le poivre et la cannelle dans le bol à punch, il est inexorable : rien ne peut s'opposer à la lustrale giration de sa cuiller.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Grégarité du monstre bipède

 

Le nihilique suit le conseil de Plotin et chemine « seul vers le seul ». Le monstre bipède, au contraire, va en groupe vers le multiple (il aime les voyages organisés).

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Périscope livide

 

Si on était poëte, on se risquerait peut-être à définir l'idée du Rien « un périscope livide qui perce la surface de l'orbe glaiseux ». Quitte à passer pour un olibrius.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

dimanche 21 août 2022

Voracité du temps

 

Chaque heure est une morsure dans le clafoutis incertain qu'est notre vie.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Exercice spirituel

 

Chaque fois que vous êtes abattu en raison de la tristesse de la condition humaine, essayez d'oublier votre propre personne. Essayez de regarder la vie comme si vous n'existiez pas. C'est un exercice très difficile, car il faut éviter à la fois une synthèse abstraite et la réédition d'un point de vue personnel. Mais pas de panique. Si vous n'y arrivez pas, avalez du taupicide, et alors, vous n'existerez réellement plus !

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

samedi 20 août 2022

You hear me ?

 

C'est par peur, oui, par peur, que l'homme s'est enduit de la crème fongible d'une connaissance factice. Par peur, vous m'entendez !? — Oh, et puis merde.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Anniversaire

 

Célébrons, oui, soyons festifs en diable et célébrons le prime événement de la naissance, auquel nous devons de si exaltantes expériences : le désespoir et la triste solitude.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Blancheur punctiforme

 

Au regard de la déprimante grisaille et de la saleté de l'existence, le moment où l'on met fin à ses jours apparaît « d'une blancheur punctiforme ».

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

vendredi 19 août 2022

Salon vacuiste

 

De temps en temps, le nihilique réunit dans son salon des partisans de la théorie du vide dans la nature (par opposition aux partisans de l'atomisme — ces derniers, il ne peut pas les sacquer). Toutes les personnes présentes ignorent ou feignent d'ignorer la découverte de la pression atmosphérique et défendent la doctrine selon laquelle la nature a horreur du vide. Bref, c'est un salon vacuiste.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Attendre

 

Le nihilique a beau scruter la réalité empirique sous toutes les coutures, il n'arrive pas à voir si le gel et la pluie vont affecter la prochaine récolte des si délicates mirabelles. La seule solution est d'attendre. Et pour sa propre mort, c'est la même chose.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Analogie

 

Le pachynihil est au nihil ce que le dieu Pachacamac est à une « blonde comac » devant chez qui un certain Lucien dit « le Cheval » se serait fait dessouder. Ô sublime Pachacamac ! Nous t'adjurons de manifester ta toute-puissance !

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Un morne muséum

 

La femme a ceci de commun avec un muséum d'histoire naturelle qu'elle est pleine d'animaux empaillés. On peut toujours chercher, il n'y a pas de vie, là-dedans.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

jeudi 18 août 2022

Ersatz

 

Le « quelque chose », ce piteux succédané du Rien...

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Tuyères intimes

 

Jeune, on rêve d'étudier les tuyères intimes des volucres. Et puis on se retrouve, on ne sait comment, à se consacrer au Rien...

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

mercredi 17 août 2022

Derrière le masque

 

Dès son plus jeune âge, la femme porte un masque destiné à faire croire à l'homme qu'elle est « du champagne pétillant de mystère ». Mais derrière ce masque, que trouve-t-on ? Le vide, l'inertie, l'opacité, la turpitude.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Esse et percipi

 

Jean-Paul Sartre était sans aucun doute une canaille, mais il a raison sur un point : dès le moment que Husserl fait du noème un irréel corrélatif de la noèse et dont l'esse est un percipi, il est totalement infidèle à son principe.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

mercredi 10 août 2022

Ruade

 

Exécuter une dernière ruade contre le monde, c'est ce que fait le suicidé philosophique en accomplissant son geste fatal. Mais pour y arriver, il doit d'abord mobiliser tout son fluide néantique !

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Défaut de prononciation du monde

 

Les voussures scintillantes du monde font mal aux yeux, mais ce ne serait encore rien si ce monde n'était en outre aussi atrocement zozoteur !

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

Orbières et foi sursolide

 

Les orbières sont ces morceaux de cuir hémisphériques qu'on met sur les yeux d'un mulet pour l'empêcher de voir sur le côté. Quant au terme sursolide, il se dit de la quatrième puissance d'une grandeur (le carré du carré). « Toute tentative de sédition nihilique se heurte aux orbières incrustées de la tourbe sociale, aux carapaces de la foi sursolide », a dit le poëte de façon un peu obscure.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)

mardi 9 août 2022

Ça ne prend pas

 

Certaines personnes du sexe, pour se rendre intéressantes, font « jore » qu'elles se posent des questions existentielles. Il y en a qui vous font discrètement connaître qu'elles ont « lu du Kierkegaard » — et même, pour les plus extrêmes, qu'elles ont « lu du Cioran ». Mais ça ne prend pas.

(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon)