Telles des marionnettes atteintes d'une forme aiguë de la chorée de Sydenham, les humains font trois petits tours et puis s'en vont. Ils s'en vont dans le soir, un très beau soir d'automne, rejoindre leur véritable patrie : le Rien. Hélas ! quand ils arrivent, on ne leur offre pour s'asseoir qu'un affreux et inconfortable tabouret de Loos ou un affreux fauteuil ottowagnérien.
Ce
grand homme blanc dont parle le poëte, cet homme blanc qui galope dans
la nuit de l'hiver afin d'échapper au froid, certains ont émis
l'hypothèse qu'il s'agissait du philosophe Jean Grenier. Mais c'est
assez peu vraisemblable dans la mesure où ce dernier s'est toujours
déclaré adepte d'une contemplation proche du Wou-Wei (non-agir), l'un
des préceptes du Tao. On voit mal un taoïste pouloper comme ça dans la
neige — ou alors...
Une
des phrases les plus angoissantes de la littérature est celle que
prononce Henry Baskerville en sortant d'une soirée : « Quelle belle nuit.
Je pense que je vais rentrer à pied. » On en a des palpitations. On
voudrait le retenir par le colback, mais il est déjà parti. On
l'aperçoit au loin, il marche dans la lande et d'un coup disparaît. Ne
laissant que sa pipe au milieu d'une flaque d'eau ; ne laissant que sa
pipe et puis son vieux chapeau. Il s'est fait bouffer par le molosse !
Il n'avait pas lu le livre ou quoi ?
Rappelle-toi,
Barbara : parmi tous les étants, un seul, l'homme, a la possibilité de
s'interroger sur l'être. C'est cette interrogation (ou sa possibilité)
qui constitue l'être même de cet étant. Verstanden ?
(Louis Ribémont, Mémoires d'un gluon, d'après Jacques Prévert)
Ferdine
traverse toute l'Allemagne pour aller aux obsèques de Bichelonne. Il a
la coquille noire et du crêpe autour des cornes. Il s'en va dans le
soir, un très beau soir d'automne. Hélas, quand il arrive à Hohenlychen,
le docteur Karl Gebhart a déjà disposé du corps de l'infortuné
Bichelonne.