Le
réel, on va faire comme l'écrivain Mishima, on va lui donner un coup de
sabre, et si ça ne suffit pas, un coup de goupillon. Il nous fait suer.
Nous autres humains sommes littéralement bourrelés par les « phénomènes ».
Qui
a lu ou entendu une fois le vocable zingibéracé ne peut plus penser à
rien d'autre jusqu'à la fin de ses jours. Ce vocable est un « zahir
borgésien ».
C'est
sur l'étang de Soustons, à deux heures de l'après-midi, que le négateur Émile Cioran échappa de justesse à la mort. Il ramait avec
insouciance quand il fut foudroyé par une réminiscence de vocabulaire
(all is of no avail). S'il avait été seul, il se serait jeté
instantanément à l'eau. Jamais il n'avait ressenti avec une telle
violence le besoin de mettre un terme à tout ça. C'est du moins ce qu'il déclara aux gendarmes de la brigade de Soustons quand ils furent arrivés sur les lieux.