Affichage des articles dont le libellé est Gaber Maurice. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Gaber Maurice. Afficher tous les articles

vendredi 3 juillet 2026

Cardan, inutile et incertain

 

Quand on est d'humeur morose, on pense au mathématicien Jérôme Cardan, le premier à avoir décrit des hypocycloïdes. Mais le secours qu'on en retire est d'une minceur qui confine au néant.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Flâneries du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran aimait flâner sur les Grands Boulevards (des Filles-du-Calvaire, Beaumarchais, du Temple, Saint-Martin, etc). Il y avait tant de choses à voir, sur ces Grands Boulevards ! À voir, et donc à dénigrer !!!
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Deux mesures

 

La poésie de Camoëns est associée à la délicatesse et à la suavité, on recherche sa compagnie, tandis que l'excrément, vu comme grossier et malodorant, est traité comme un paria et relégué dans le tout-à-l'égout de l'étant. Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Quelque chose qui cloche

 

Qu'une ou plusieurs personnes vous disent qu'elles « aiment beaucoup ce que vous faites », aussitôt vous avez envie de tout laisser tomber. Vous comprenez qu'il y a un « os dans le potage » si ce n'est une « couille dans le pâté » 1.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)
 
1 : Dans le Bade-Wurtemberg, la couille ou touille désigne une grande cuillère en bois qui sert à cuisiner.
 

jeudi 2 juillet 2026

Aux Champs-Élysées

 

On entend parfois dire qu'au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit, il y a tout ce qu'on veut aux Champs-Élysées. Le mercredi 1er juin 1938, le romancier Ödön von Horváth, réfugié à Paris depuis quelques jours, décide d'aller prendre l'air. Alors qu'il se promène sur les Champs-Élysées, une tempête déracine un marronnier ; une branche le tue devant le théâtre Marigny. « Vous me la copierez » furent ses dernières paroles.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Summum du mauvais goût

 

Parmi les choses de mauvais goût, celle qui décroche le pompon est le fait d'être connu (ne serait-ce que dans son lotissement).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sensationnel

 

C'est la stupeur chez les économistes : la main invisible d'Adam Smith a été aperçue dans la culotte du zouave du pont de l'Alma !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Condition humaine

 

Ce qui manque le plus à l'homme, ce sont des « opportunités à l'international ». Et aussi d'être « impacté » par quelque chose.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 1 juillet 2026

Mutisme des fougères

 

Dégoûté des humains, on s'adresse aux fougères et on leur demande : « Vous souvient-il encore au fond des jours, fougères, du pauvre être au cri bègue, aux doigts gourds ? » — Mais autant parler à un mur.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Méditation bellaysienne

 

Plus notre petit Liré que l'existence. Et plus que notre petit Liré, le Grand Rien.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un déçu du vocable

 

La position quant au langage du Lord Chandos de Hofmannstahl pourrait se résumer par cet aphorisme à la Wittgenstein : « Puisqu'on ne peut rien dire, il est peut-être plus sage de la fermer. » Lord Chandos est un déçu du vocable. Parfois, il lui arrive encore d'écrire « Merde à celui qui le lira, signé Bigeard » sur la paroi d'un édicule, mais ça ne va pas plus loin.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Souris verte du Rien

 

Quelqu'un qui croit au quelque chose, vous ne le convaincrez pas que rien n'est. Les sectateurs de l'être — les « quelque-chosistes » — sont insensibles à l'argumentation. Comme saint Thomas, ils veulent voir. Mais le Rien n'est pas une souris verte que l'on peut attraper par la queue et montrer à ces messieurs. Il faut le sentir !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 30 juin 2026

Imitation de Li Po par Émile Cioran

 

Devant le vin, le soir a surpris le négateur. Les fleurs tombées couvrent sa chemise et son falzar. Ivre, il poursuit la lune dans l'eau. Simone lui dit de faire attention de ne pas tomber. S'éloignent les oiseaux, se dispersent les hommes.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Gaffe schopenhauerienne

 

Après une visite au bagne de Toulon, Arthur Schopenhauer, alors adolescent, écrit dans son Journal de voyage : « Il n'y a pas à dire, c'est beau, une ville, la nuit. » Il avait pris le bagne de Toulon pour une ville la nuit et les forçats pour le philosophe Jean Grenier !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Misère entomologique des littérateurs

 

Les écrivains nous font part de leurs réflexions sur la vie, la mort et le reste, mais la plupart d'entre eux ne seraient pas capables de reconnaître un crache-sang d'une volucelle zonée.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Horizon des événements

 

Pas plus qu'à celle d'un trou noir, on ne peut échapper à l'attraction gravitationnelle du Rien si l'on se trouve à l'intérieur de son « horizon des événements ». Un exemple archétypal est celui du peintre Vincent van Gogh qui, le 27 juillet 1890, se suicide d'un coup de revolver dans la poitrine ou — les avis divergent — l'abdomen, dans un champ d'Auvers-sur-Oise.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 29 juin 2026

À pattes

 

Louis-Ferdinand Céline surnommait Montherlant Buste-à-pattes, mais en polonais, une « liste à pattes » est un mois de novembre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Maurice le profond

 

La vie de Maurice Blanchot fut entièrement consacrée à la littérature « et au silence qui lui est propre ». Blanchot ne parlait pas à la légère, au contraire il était connu pour ne dire que des choses extrêmement profondes. Il était si profond que quand il devait se livrer à un acte trivial ne nécessitant aucune profondeur, par exemple se gratter le fiacre, il était complètement perdu.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Insomnie batracienne

 

La grenouille de Pérez est une petite grenouille verte dont la tête est aussi longue que large, avec des yeux rapprochés et un museau arrondi. À l'instar d'Émile Cioran, la grenouille de Pérez ne peut pas dormir. Elle s'est couchée à neuf heures, mais rien à faire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Tombe de Celan

 

Dans la vie, on ne peut pas faire que penser à la tombe de Celan. Mais il faut y penser — ne serait-ce que de temps en temps.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)