L'autre
qu'ils rencontrent — et que même ils deviennent — n'est pas
l'étéron, l'altérité avec laquelle on dialogue et que l'on rejoint en
une synthèse supérieure, c'est l'étron, le « colombin », avec lequel il
n'y a pas de rapport, d'intégration ou de médiatisation possibles (car
il pue trop).
On entre dans le steppe insondable du pachynihil quand on cesse de croire comprendre : « La compréhension, dit Musil, fait place à un étonnement inépuisable, la moindre expérience (ce flacon de taupicide...) devient incomparable, unique au monde. » C'est cela que dévoile l'idée du Rien : un terrain devenu invisible tant nous l'avons recouvert de pathétiques et dérisoires décors. (Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Exclu du rêve, de la contemplation, exempt de tout désir et de tout idéal, l'homme du nihil se sent devenir pierre. Pour lui, le monde est « un brugnon pourri dont le noyau est du vide ». Seule l'autre réalité — le pachynihil — lui permet encore de supporter l'existence. Sans cette ouverture, celle-ci n'est plus que cendre morte, désert de poussière. Le pachynihil, c'est « très exactement cela en nous qui se rétracte quand nous entendons parler de séries algébriques », écrit un auteur qu'il connaît bien, Robert Musil. Mais comment recouvrer cette part d'insaisissable si ce n'est par l'homicide de soi-même ? (Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)