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dimanche 26 juillet 2026

À la librairie, lettre C

 

Et voilà l'autre, là, avec sa « belle du Seigneur »... On t'en foutra des « belles du Seigneur », nous, tuouaouar ! Pot de pisse !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Allégresse post-mortem de Rigaut

 

Son suicide accompli, le dadaïste Rigaut se sentit comme Hercule après qu'il eut réglé son compte au centaure Polénor : plein d'allégresse. C'est Thrasylle le Mendésien qui l'affirme et le docteur Le Savoureux qui le corrobore.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cauchemar récurrent

 

Dans votre rêve, vous vous trouvez à l'Institut Gustave-Roussy de Villejuif où le radical de gauche Roger-Gérard Schwartzenberg vous annonce que vous allez devoir être très courageux. Vous n'avez qu'une envie : prendre vos jambes à votre cou.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 25 juillet 2026

Retenue conceptuelle

 

Pour se donner la mort, le philosophe Deleuze ne s'éventra pas avec grandiloquence comme Mishima. Les giclées flamboyantes, ce n'était pas son genre. Lui, il « créait des concepts ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bizarrerie anatomique

 

Verlaine trouvait que les deux trous de balle que le dormeur du val avait au côté droit étaient drôlement placés. Il en fit la remarque à Rimbaud mais celui-ci refusa de rien changer à son texte.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Évitement lectural

 

Il y a des gens qui lisent pour éviter de penser ; d'autres (ou les mêmes) pour éviter de vivre. Dans tous les cas, on lit pour éviter de faire des choses encore plus désagréables.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Schrödingerisation de l'étant existant

 

Quand on possède la redoutable capacité de déceler le Rien en toute chose, on se trouve dans la situation du chat de Schrödinger : on est mort — au monde, à la mer, aux forêts — tout en étant vivant d'un certain point de vue (celui de l'interprétation de Copenhague).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 24 juillet 2026

Cioran et l'irréparable

 

Le négateur Émile Cioran était obsédé par l'irréparable depuis que dans sa jeunesse, il avait eu un problème de « joint spi ». Il disait à Beckett que les garagistes roumains, il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre. Beckett lui répondait : « I feel sorry for you, old chap. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Alternative peyroutonienne

 

Fugace ministre de l'Intérieur de Vichy, Marcel Peyrouton pose l'alternative en ces termes : soit il y a un Dieu, soit tout est permis.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Absence de sauveur suprême

 

Arrivé sur la place de la Concorde, on espère qu'un sauveur suprême va se présenter et nous sortir de notre panade existentielle, mais va te faire fiche : des sauveurs suprêmes — Dieu, César ou tribun —, il n'y en a pas plus que de beurre au fiacre. Le premier à en avoir eu l'intuition est Eugène Pottier dans sa chanson sur les « damnés de la terre » et les « forçats de la faim ». On ne voulait pas le croire, pourtant c'est vrai.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Discrétion du suicidé philosophique

 

Parfois, en se faisant « sauter le caisson », le suicidé philosophique allume un carmin, prolonge l'écho sec d'un vert Véronèse, mais toujours avec discrétion, car il n'aime pas imposer sa voix en parlant trop fort. Il croit aux vertus du silence.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 23 juillet 2026

Garou effrayant

 

À vivre dans une chambrette sous les toits, le négateur Émile Cioran avait fini par se persuader que l'horizon de la vie était un immeuble haussmannien, l'idée un cimeterre et le vocable un pal sécant — quand ce n'était pas un « garou effrayant ». Ionesco essaya de le raisonner mais il n'y eut rien à faire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Crème de marron et homicide de soi-même

 

Le lac Léman offre toutes les commodités pour un suicide propre, silencieux, modeste, bref suisse. Il y en a pourtant qui préfèrent la crème de marron, arguant que « c'est plus commun mais ça tient bon ». Nous n'y voyons rien à redire.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Maison du Jouir

 

En 1901, le peintre Paul Gauguin construisit à Atuona, dans les îles Marquises, une maison qu'il baptisa Maison du Jouir. Mal lui en prit car il fut bientôt frappé d'un eczéma purulent et on le vit, deçà, delà, pareil à la feuille morte, se gratter comme un forcené. Une leçon à méditer pour tous les adeptes du « jouir ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

À Arles

 

Malgré la propagande insensée qui voudrait nous faire dire « en », nous continuerons d'aller « à » Arles et « à » Avignon (ou plutôt de ne pas y aller car nous ne sommes pas fanatique de ce genre d'endroits).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 22 juillet 2026

Pas peu dire

 

La vie fait encore plus peur que Daniel Emilfork dans le rôle du Canaque.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

X-ray vision


 
Une fois qu'on s'est habitué à voir les humains comme des squelettes enveloppés d'une vague forme charnelle, on est tranquille du côté de « l'amour ». On est comme le docteur Behrens — le radiologiste de la Montagne magique — devant l'envoûtante madame Chauchat.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Littérature gauchesque


Quand on lit dans Borges les noms d'Hilario Ascasubi et d'Estanislao del Campo, on se dit : « Qui c'est ces mecs-là ? » On est déboussolé. Puis peu à peu, on reprend pied.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Chacun son chemin

 

Le Premier ministre Pierre Bérégovoy fit le choix de se suicider « au bord d'un canal où il était souvent venu goûter la paix et la beauté des choses ». Il ne se pendit pas à la grille d'un égout dans une ruelle sordide comme son presque homonyme le poëte Gérard de Nerval. Chacun sa route, chacun son chemin, passe le message à ton voisin, nous enseigne le chanteur Tonton David.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 21 juillet 2026

Pas de lundi au soleil pour Émile Cioran

 

Le négateur regardait sa montre, il était déjà huit heures. Il embrassait tendrement Simone et un taxi emportait cette dernière. « Tu t'en vas, mon cœur, parmi ces milliers de gens », soupirait-il. Et il se disait que c'était une journée idéale pour marcher dans la forêt. Comme il aurait aimé, le négateur, aller se coucher seul dans les genêts ! Mais il avait des aphorismes à écrire, il n'y avait pas moyen d'y couper. Il fallait bien gagner sa croûte...
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)