jeudi 27 août 2026

Hasard ou quoi

 

Les stoïciens tiennent pour absurde l'idée que les dieux interviennent en toute fissure du foie et en tout chant d'oiseau. Ils pensent que les dieux ont mieux à faire et que le hasard existe. De la part de stoïciens, cela peut se comprendre, mais tout le monde n'est pas stoïcien. On aimerait savoir ce qu'en pense le pauvre Jeander Cader, lui qui a perdu son dentier dans un accident de scooter au rond-point de Perros. Son dentier lui a littéralement sauté de la mâchoire. À ce jour, il a été incapable de le retrouver.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Fichte m'a tuer

 

Enfant, on n'a pas encore découvert que « rien n'est ». On prend le monde pour argent comptant. C'est le temps béni de l'insouciance. Mais ensuite, on lit les idéalistes allemands, on reconnaît avec eux le caractère hallucinatoire de la réalité empirique, et c'en est fait de notre bonheur.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un Bourdelle déconcertant

 

Au musée, de façon complètement inattendue, vous vous trouvez incapable d'identifier certaine œuvre du sculpteur Bourdelle. Alors, prenant une voix de basse à la Chaliapine, vous demandez à la personne qui vous accompagne : « Qu'est-ce que c'est que ce Bourdelle ? »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Trier et mettre en ordre

 

Avant d'avoir le droit de mourir, l'homme doit mettre en ordre ses affaires. Il doit « trier et mettre en ordre », comme le narrateur de Corrections fait avec les papiers de son ami Roithamer (le constructeur du cône d'habitation). Pour cela, l'homme doit s'installer dans la mansarde Höller, située à l'emplacement le plus invraisemblable de la gorge d'un torrent autrichien. C'est l'endroit le plus adéquat car on peut être sûr que nul instinct, nulle pulsion — et a fortiori nul paysan tchèque — ne viendra vous y déranger.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)