mercredi 4 octobre 2023

Bouc-émissarisation des littérateurs

 

Tout ce qu'on est ou presque vient des livres. Alors comme on n'aime pas ce qu'on est, on blâme les livres et ceux qui les ont écrits — notamment le poëte Christian Bobin et la romancière Marguerite Urcelar, bien qu'on n'ait jamais rien lu d'eux.
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Fin tragique

 

La tradition veut que, comme Pierre Bérégovoy, Euripide ait péri déchiré par des chiens. Et l'on ne peut que s'exclamer : « Affreuse destinée, que ne méritait pas un si grand génie ! » — dans le cas d'Euripide, surtout.
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Corps propre

 

Quand plus rien ne vous fait rire, même les philosophes, c'est que les choses vont mal, très mal. C'est qu'on est proche de la proverbiale « fin des haricots ». Mais tant qu'on peut se boyauter à lire du Merleau-Ponty, du Jankélévitch ou de l'André Comte-Sponville, il reste de l'espoir. On n'a pas encore touché le fond.
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)

Timidité du nihilique

 

La vie, c'est le château de Kafka en plus rococo. À moins que ce ne soit un immeuble haussmannien ? Quoi qu'il en soit, le nihilique se tenait devant le portail d'entrée et se disait que sa situation était semblable à celle de l'ancien Premier ministre du Japon. Lui aussi, après tout, n'avait qu'à sonner. Mais il n'osait pas.
 
(Marcel Rocabois, Le Néant et l'être)