lundi 19 novembre 2018

Interlude

Jeune femme lisant Georges Sim et le Dasein de Maurice Cucq

Cimetière marin


Cruel Parménide ! Parménide d'Élée ! M'as-tu assez désopilé avec ton être indivisible, inengendré, et ton non-être qui n'est pas ! Debout ! Dans l'ère successive ! Au pas de gymnastique ! — Ô puissance salée ! Courons au Rien en rejaillir vivant !

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Insectes caustiques


18 janvier. — « Il y a des années où il pousse beaucoup de coquelicots sur les jachères. On accuse ces plantes de causer des maladies aux vaches, et surtout aux moutons, qui paissent sur ces terres. C'est dans la Beauce, au mois d'août, que ces accidents ont lieu. Il me semble en avoir découvert la raison. Il survient alors quelquefois de petits brouillards, qui précipitent vers la terre une foule d'insectes. Les araignées des champs, qui sans doute s'en aperçoivent, tendent leurs toiles sur les coquelicots. Les moutons, en broutant les plantes, avalent en même temps les insectes dont la plupart sont caustiques, comme les cantharides. Les gardiens attentifs des bestiaux doivent les écarter à cette époque des champs où il y a beaucoup de toiles d'araignées, et par conséquent d'insectes caustiques. Il est vraisemblable que le mal vient plutôt des insectes que des coquelicots. » (A.-H. Tessier et A. Thouin, Encyclopédie méthodique. Agriculture, t. 3, Panckoucke, Paris, 1793, p. 489)

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Dans le diverticule des félins


Le temps écrase l'étant existant sous d'énormes brodequins en cuir de vache, éculés comme pour faire ressortir plus crûment encore l'absence de pieds.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Interlude

Jeune fille lisant le Monocle du colonel Sponsz de Hermann von Trobben

17 janvier


Bourrelante question : l'estampe connue sous le nom du Saint Christophe de 1423 est-elle toujours le plus ancien monument de l'art de la xylographie et de l'impression en relief ; ou bien l'estampe de 1418, conservée à la bibliothèque royale de Bruxelles, lui enlève-t-elle cette prééminence et lui est-elle réellement antérieure ?

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Crise de vers


Je dis « la matière fécale » et, hors l'oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d'autre que les tourtes sues, musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous bouquets.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

dimanche 18 novembre 2018

Consolation de la philosophie


Arétaze, dans son Histoire de Phrygie parle de l'idée du Rien, que l'on trouve sur le mont Tmolus — et aussi dans la pachyméninge de l'homme du nihil. Si un eunuque la rencontre, il n'a plus de répugnance pour sa castration et la supporte désormais avec intrépidité. Mais cette trouvaille est fort rare.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Interlude

Jeune fille lisant l'Apothéose du décervellement de Francis Muflier

Hargneux


15 janvier. — Je consulte les Recherches historiques et médicales sur l'hypocondrie de Louyer-Villermay, et voici ce que j'y trouve : « Des auteurs, en étudiant l'influence des passions sur l'organisation de l'homme, ont observé que les affections gaies sembloient agir plus spécialement sur les viscères contenus dans la poitrine, tandis que l'impression des passions tristes, comme le chagrin, l'ennui, la crainte, étoit presque toujours déterminée sur les organes abdominaux. » — Cela est vrai, sans contredit. Quant aux individus qui souffrent de hernies, ajouterai-je, ils montrent une morosité et une irascibilité hors du commun, qui leur a d'ailleurs fait donner le nom de hargneux.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

L'ardent pays


La stridulation du pachynihil zèbre la porcelaine du soir. Ô Rilke ! Je déambule dans l'Ouvert, sourd aux imprécations des êtres et des choses. Sombre antichambre de la folie, salle d'attente du suicide, l'existence, perpétuel plagiat !

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

L'écho inquiétant du nihil


Ceux qui passent devant l'homme du nihil évitent de parler. Ils entendent des bruits lointains de tonnerre et d'ouragan. Ils s'arrêtent, en proie à la terreur. Tout le monde n'entend pas ces bruits.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

samedi 17 novembre 2018

Interlude

Jeune femme lisant Philosopher tue de Jean-Guy Floutier

Rien nu


Comme qui, parlant des fleurs, laisserait de côté aussi bien la botanique que l'art des jardins et celui des bouquets — et il lui resterait encore beaucoup à dire —, ainsi, négligeant la nihilologie, écartant les arts qui du Rien font usage, le suicidé philosophique parle du Rien nu, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d'une espèce passagère.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Fiente de vache (page de journal)


14 janvier. — « Chez les idôlatres du Malabar, la fiente de vache est sainte : l'on doit s'en frotter le front pour approcher des Dieux. Les femmes doivent porter à leur cou l'image du Dieu Pilear. Tous ont horreur du souffle et de la salive. Les Jésuites, qui voulaient christianiser ces peuples, ont supprimé l'usage du souffle et de la salive dans les cérémonies sacrées du baptême. Ils leur ont permis de se frotter de la fiente de vache pour approcher des saints mystères. Ils ont même osé la bénir. » (Confession d'un Jésuite ou Anecdotes historiques de la Compagnie de Jésus depuis sa naissance 1521 jusqu'à sa destruction 1773, Rome, 1773, p. 83)

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Aérolithe


L'homme du nihil vient — c'est du moins ce qu'il sent quand il se confronte au « monstre bipède » — d'une autre planète. Ne porte-t-il pas sur lui la torsion de l'espace comme le stigmate de sa terrible chute ?

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Interlude

Jeune fille lisant les Scènes de la vie de Heidegger de Jean-René Vif

Destruction des parties molles


12 novembre. — Je tombe, dans le Traité pratique de médecine légale de Johann Ludwig Casper, sur le passage suivant qui me bouleverse : « Sans eau ou vapeur d'eau il n'y aurait pas de putréfaction. Mais les liquides propres du cadavre suffisent complètement à produire cette humidité. Ils s'évaporent peu à peu, rompent avec le temps les téguments, d'abord ceux de l'abdomen, puis ceux de la poitrine, enfin ceux du crâne, de sorte que le cadavre macère dans ses propres fluides. À ce moment, des vers et des larves se montrent à la surface, d'abord aux plis du corps, paupières, oreilles, région inguinale, puis ils se multiplient par myriades, et complètent la destruction des parties molles. »

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Ébriété temporelle


Chaque seconde est une tournée générale payée par le Grand Tout. Et les années sont de puissantes bitures qui assomment la séquelle de pochards désaxés tournant et buvant autour de l'énorme panse du Gambrinus de terre cuite qui se dresse sur un comptoir, dans l'universelle brasserie, victorieux et gorgé, à cheval sur un foudre et le verre en l'air !

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

19 janvier


Théophraste rapporte que les geckos, comme les serpents, dépouillent leur vieille peau, et l'avalent aussitôt pour dérober ce qui serait un remède contre l'épilepsie. Il dit encore que ces animaux, dont la morsure est mortelle en Grèce, sont innocents en Sicile.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

vendredi 16 novembre 2018

Interlude

Jeune femme lisant la Mathématique du néant de Włodzisław Szczur

Un martyr de l'haeccéité


« Mon idée la plus intime est de ne pouvoir être celui que je suis. Je ne puis pas me reconnaître dans une figure finie. Et Moi s'enfuit toujours de ma personne, que cependant il dessine ou imprime en la fuyant. »

(Paul Valéry, Tel quel)

Événement


« L'ennui qui suinte de la vie et imprègne le Dasein comme ferait la pisse urticante d'une chauve-souris purpurine, cet ennui écrasant, Messieurs, m'inciterait presque à considérer la mort d'un œil neuf : comme un événement. »

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

12 janvier



Un soir qu'il sortait de la table du roi Archélaos, en Macédoine, et qu'il s'en retournait dans ses pénates, Euripide fut mis en pièces par des chiens : affreuse destinée, que ne méritait pas un si grand génie !

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune femme lisant la Mélancolie bourboulienne de Léon Glapusz

Une magnifique leçon de vie


Pendant qu'Alexandre faisait le siège de la ville des Oxydraques, un aruspice nommé Démophon lui dit de s'éloigner des murailles, ou du moins de suspendre l'assaut, parce que sa vie était menacée d'un grand danger. Alexandre fixa Démophon, et lui dit : « Si, pendant que vous êtes enfoncé dans les fonctions de votre ministère, et que vous scrutez les entrailles des volucres, quelqu'un venait vous tenir le langage que vous me tenez, vous trouveriez, j'en suis sûr, ce discours fort incommode. » — Je l'avoue, répondit Démophon. — « Eh bien ! continua Alexandre, pensez-vous que rien puisse être plus importun à celui qui, au lieu d'attacher ses regards sur des fibres de quadrupèdes ou de volucres, médite les plus grandes choses, qu'un aruspice qui vient avec ses superstitions entraver sa marche ? » Et à ces mots, il ordonna d'appliquer les échelles aux murailles. (Quinte-Curce, De la vie et des actions d'Alexandre le Grandliv. IX, chap. 4)

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Sur les traces de Tou Fou


Et maintenant tâchons, comme Tou Fou, de tirer des malheurs de la guerre et de notre misère personnelle une poésie originale...

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

6 janvier


Théophraste se trompe en pensant qu'une herbacée comme le Malva sylvestris se transforme en une plante à haute tige comme l'Althaea rosea.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune femme lisant Forcipressure d'Étienne-Marcel Dussap