mercredi 11 janvier 2023

Les petits pois du désespoir

 

À celui qui ne supporte ni ses semblables ni la solitude, il ne reste qu'à manger des petits pois. Mais c'est une amère potion !

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Anus mundi

 

Dans ses mémoires, Salvador Dali raconte que le 19 septembre 1963, il ressentit en la gare de Perpignan une « extase cosmogonique » qui lui procura « une vision exacte de l'univers ». Cette expérience lui révéla entre autres que ladite gare était « le centre du monde ». En 1965, en compagnie de son épouse Gala, il visita Montcuq (Lot), mais là, malgré une condensation intense de sa volonté, malgré une exaltation prodigieuse de son dynamisme fluidique, rien : pas d'extase cosmogonique. Comme quoi !

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Itinéraire de Paris à Jérusalem

 

Pour aller en voiture de la mairie de Bezons à la gare de Houilles, il faut compter environ douze minutes quand le trafic est fluide. Le mieux est de passer par la rue Albert 1er.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Mémorisation du graduel

 

La mémoire de Léon Bloy était si phénoménale qu'elle lui permit d'apprendre par cœur tout le graduel.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

mardi 10 janvier 2023

Un paria

 

Celui qui révoque en doute la réalité du « monde réel » est mis au ban de la société des hommes car « on ne rigole pas avec ces choses-là ». Sa situation rappelle celle de l'arien Théonas de Marmarique, condamné par le concile de Nicée à manger des choux-fleurs à la merde pour avoir contesté la divinité du Christ.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

L'accent de Bezons

 

Dans Pierrot mon ami, Léonie dit à un fakir qui se prétend du Sud tunisien : « Blague dans le coin, je parie que vous êtes de Houilles ou de Bezons, peut-être même de Sartrouville, je reconnais ça à votre accent. »

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Lecture fatale

 

On lit du Luc Pulflop, on va se promener en forêt, on boit dans une humeur contemplative un petit verre de taupicide, et puis on se couche pour s'endormir et ne plus jamais se relever.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Arithmomanie

 

Dans l'ouvrage qu'il a consacré aux nombres premiers, Mgr André Vingt-Trois dit que l'étrange est qu'on ne puisse les intégrer dans un système radial.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

lundi 9 janvier 2023

Mémoires d'un gluon, by Louis Ribémont

 

“Mémoires d'un gluon is a groundbreaking achievement, impeccably researched and brilliantly argued. Louis Ribémont's work is accessible but also comprehensive, really turning the topic on its head and taking an unflinching look at the concept of pachynihil. This is an ambitious and timely piece that absolutely cannot be ignored.”

(The Paris Review)

Vade-mecum du zérumbet zététique

 

Règle numéro un : ne jamais s'imaginer que l'on sait quelque chose.
Règle numéro deux : ne jamais avoir l'air de savoir quelque chose.
Règle numéro trois : croire qu'il est possible qu'il pleuve plus tard.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

The ultimate pick me boy

 

Était-il ainsi dans la réalité ? En tout cas, dans les Évangiles, Jésus n'arrête pas de faire le « pick me » (il se déprécie dans l'espoir que l'autre va le contredire). Voir notamment l'épisode avec Zachée.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Histoire de Job (suite)

 

Après que Job l'eut appelé un « pot de pisse », Dieu dit à Simon dit Pierre : « T'as entendu ?! Il m'a traité ! »

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

dimanche 8 janvier 2023

Histoire de Job

 

Job ne va pas du tout. Quand Bildad lui a demandé si ça boumait, il a répondu « comme ci comme ça », mais c'était uniquement pour être poli. On lui a tout pris et il l'a sec. Ça ne va pas se passer comme ça. Si Dieu vient l'asticoter, il le traitera de conifère ou de pot de pisse. Ça ne changera sans doute rien mais ça le soulagera un peu.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Mémoires d'un gluon, by Louis Ribémont

 

“A rollicking good time! Louis Ribémont is known for his razor-sharp wit, and Mémoires d'un gluon is no exception. Hilarious and thought-provoking, this book had me laughing out loud from beginning to end. An absolute delight, compulsively readable. I can't wait to see what Louis Ribémont does next.”
 
(The Alaska Quarterly Review)

Situations embarrassantes

 

« Ne sois pas un autre si tu peux être toi-même », a dit Paracelse. Et si on ne veut être ni soi-même ni un autre ? Qu'est-ce qu'on fait ? Et si on nous demande d'établir le statut du sujet chez Bachelard (encore pis) ?

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Thorax

 

Dans une lettre à Marcel Jouhandeau datée du 27 juillet 1926, le poëte ex-dadaïste René Crevel confiait voir des hippocampes et des fleurs s'imprimer la nuit sur son thorax. — Son « thorax » !!!

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

samedi 7 janvier 2023

Nouvelle en trois lignes

 

Un quidam que tout excède trouve un coquillage sur la plage. Quand il le porte à son oreille, il n'entend ni la mer, ni le vent, ni les anges, mais la voix du pachynihil qui lui susurre : « rien n'est ». Il n'a jamais rien entendu d'aussi beau.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Automutilation

 

Les accès de dépression récurrents de Cantor, de 1884 à la fin de sa vie, ont parfois été attribués à l'attitude hostile de certains de ses contemporains (au premier rang desquels Kronecker), mais les savants d'aujourd'hui estiment qu'ils étaient plutôt les signes d'un trouble bipolaire. Quand il ne se sentait pas bien, le mathématicien s'adonnait à la scarification et allait jusqu'à s'infliger des coupures de Dedekind !

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Canular surréaliste

 

L'univers est certes immense mais il n'est pas infini. Dans la nature, rien n'est infini — à l'exception peut-être de la méchanceté des « bourrelles ». Comme le disait le mathématicien Kronecker : « Dieu a créé les nombres entiers ; Satan a créé les bourrelles ; le reste est l'œuvre de l'homme. » Selon cet arithméticien qui s'opposait de toutes ses forces à Cantor, l'infini n'était rien d'autre qu'un « canular surréaliste ».

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Ultime déconvenue

 

L'homme qui sent le sol se dérober sous ses pieds se tourne ordinairement, en désespoir de cause, vers l'ontologie herméneutique ricœurienne. Hélas ! Cette ontologie se présente comme fragmentée, disséminée dans des ouvrages épars sans jamais s'ériger en un système clos et achevé !

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

vendredi 6 janvier 2023

Boloss philosophique

 

Quand Adorno prétend que les déterminations catégorielles d'un objet ne sont pas le produit de la subjectivité transcendantale (comme chez Kant), mais des propriétés intrinsèques de l'objet lui-même, on a envie de le maraver (c'est plus fort que soi).

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Attention aux pinçons

 

Même quand on en a peu, on doit renoncer à l'intelligence. Sinon, on risque de se faire pincer très fort (comme Serge le lapin).

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Attitudes

 

Frappé par un malheur, le fataliste se dit que « c'était écrit ». Il se représente Dieu comme un auteur dans le genre du marquis de Sade. Le nihilique, lui, se réfugie dans l'idée que « rien n'est » — mais il y a des choses qui sont quand même dures à avaler.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Absence de pieds

 

Dans les ribouis de Van Gogh, il n'y a pas de pieds. Ces ribouis sont vides. Et que signifie cette vacuité des ribouis vangoghiens ? Que tout homme est un « homme de trop ». Que celui qui contemple ce tableau de peinture aurait mieux fait de ne jamais naître. Rien autre chose.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

jeudi 5 janvier 2023

Incroyable mais vrai

 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, il y a des gens qui éprouvent le besoin d'être reconnus !!! Et peu importe par qui !!!

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Bon esprit du chou rouge

 

Comme l'a remarqué le poëte Berthold Heinrich Brockes, le chou rouge a le bon esprit de mûrir non au fort de l'été, mais par les premiers froids.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Un ours mal léché

 

Si Simone Boué avait demandé à Cioran de sortir de là et de se changer pour qu'ils puissent essayer ce nouveau restaurant japonais qu'elle avait vu sur The Fork, il y a fort à parier que le Grandiloque l'eût envoyée paître.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Absence de dérangement du Grandiloque

 

Sur l'être et le non-être, sur l'irréalité du monde, sur ceci et sur cela, les philosophes présocratiques ont dit tout ce qu'il y avait à dire. Pourtant, plus de deux mille cinq cents ans après, certaines personnes se croient toujours autorisées à « penser ». C'était le cas par exemple du « négateur universel » Émile Cioran. Il n'était pas dérangé !

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

mercredi 4 janvier 2023

A place to hide

 

Kafka était trop bien élevé pour commettre l'homicide de soi-même. Mais il n'était pas heureux d'exister. L'être n'était pas son fort. Son phantasme était de se cacher dans un terrier ou sous un canapé.

(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)