dimanche 11 juillet 2021

Angoisse et authenticité

 

La perspective de la mort, Sénèque dixit, a pour effet de relativiser les liens tissés au cours de l'existence et peut donc avoir, intellectuellement parlant, un côté libérateur. Mais cette réponse ne vaut que sur le plan de l'existence inauthentique (au sens de Heidegger) ! Or s'il est une chose à laquelle tient l'homme du nihil, c'est d'être authentique au sens de Heidegger. Il doit donc se résigner à l'angoisse, puisqu'elle seule, selon Heidegger, est capable de révéler « l'être-vers-la-mort » comme modalité essentielle d'être du Dasein. Mais c'est dur, oh, c'est bien dur !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 10 juillet 2021

Charogne

 

Gragerfis dit que l'homme du nihil ne veut pas être aimé, mais qu'il voudrait être compris et qu'il exige d'être respecté et considéré comme une exception ou encore mieux comme une « charogne ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 9 juillet 2021

Conjuration

 

Le vocable reginglette, ce vocable que, selon l'homme du nihil, « chacun répète en soi-même jusqu'à la fin », est — s'il faut en croire le même — « le seul moyen de s'arracher à ce ressassement mélancolique, à cette rumination morose sur l'haeccéité, à cette aversion pour l'existence qui empoisonnent la vie de toute créature pensante ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 8 juillet 2021

Gélatine

 

D'après Gragerfis — qui est en désaccord là-dessus avec Brentano —, « le soi-disant réel n'est presque qu'une gélatine durcie ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 7 juillet 2021

La métamorphose


Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla au côté d'une mégère présentant un gonflement symétrique du visage qui lui donnait un faciès d'hippopotame pour le moins surprenant. Il lui fallut une bonne minute pour réaliser qu'il s'agissait de la « jeune fille en fleur » qu'il avait, dans sa fatidique insouciance, épousé vingt ans plus tôt.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Compréhension impossible

 

L'homme du nihil aimerait être compris compris en général, et pas seulement, comme M. Fée, compris parmi les candidats pour une place vacante dans la section de botanique de l'Académie des sciences. Bien sûr, Vauvenargues dit que les hommes ne se comprennent pas les uns les autres. Mais peut-être que Vauvenargues se trompe ? Hein ? — Non. — D'accord.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 6 juillet 2021

Existence ironique et désespoir

 

Contrairement à ce que prétend le psychologue américain John Tussord, il y a bien un rapport entre existence ironique et désespoir. Si, comme l'affirme le Traité du désespoir, « le désespoir est la discordance interne d'une synthèse dont le rapport se rapporte à lui-même », l'ironiste qui ne réalise pas existentiellement la véritable synthèse du Moi en avalant du taupicide est un être « désespéré de la tête aux pieds ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 5 juillet 2021

Jours vides

 

La vie de l'homme du nihil est pleine de jours vides, de ces jours qu'on pourrait appeler médicinaux. Mais il y a aussi les jours critiques, qui sont ceux dans lesquels se font les crises — les fameuses « attaques de pachynihil ». Et les jours contemplatifs, qui indiquent ou qui annoncent que la crise sera parfaite (et généralement elle l'est).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 4 juillet 2021

Memento excrementori

 

La nécessité où se trouve l'homme d'expulser quotidiennement des excréments devrait l'inciter à quelque modestie et le dissuader d'infliger des souffrances morales à ses semblables (par exemple en les trompant avec un garagiste de La Bourboule). Cette accointance avec la matière excrémentitielle devrait aussi, s'il avait un peu de pudeur, le retenir de « créer des concepts » et de concevoir aucune « pensée élevée ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 3 juillet 2021

Discussion de comptoir

 

« Quand on est mort, on est tranquille. On est d'autant plus tranquille qu'il n'y a plus de "on". Pas, Mimile ?
— C'est ben vrai, astheûre ! Crévindiou ! »

(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 2 juillet 2021

Dépossession existentielle

 

Dans son Journal d'un cénobite mondain, Gragerfis note — en ayant l'air de s'en réjouir — que « l'existentialiste Martin Heidegger, qui a noirci tant de pages sur l'être et le temps, se trouve maintenant dépossédé de l'un et de l'autre, ayant été avalé par le pachynihil ». — Et de fait, depuis le 26 mai 1976, Heidegger est réputé ne plus exister — il est, comme on dit, « décédé ». Quant à savoir ce qu'il faut en conclure...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 1 juillet 2021

Non vivant

 

Si vraiment, comme le prétend le phénoménologiste Edmond Husserl, la vie signifie une appartenance active au monde qui n'est pas régie par les seules lois du monde mais enveloppe au contraire une relation phénoménalisante aux étants du monde, alors l'homme du nihil n'est pas vivant. Pour lui, en effet, il n'est pas question d'avoir la moindre relation phénoménalisante avec qui ou quoi que ce soit, et surtout pas avec des « étants » (il est excessivement bourru).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un merveilleux remède

 

La connaissance des propriétés médicales du taupicide remonte à la plus haute antiquité, et la vénération religieuse que les anciens druides avaient pour cette substance se rattachait pour une bonne part à ses merveilleuses vertus pour la guérison des maladies — en particulier celle d'exister.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 30 juin 2021

Temporalité encore

 

Dans sa Théorie du trop-plein, l'existentialiste puydômois Edmond Chassagnol affirme que « le temps, avec sa terrible progéniture de dents branlantes, d'alopécie et de viscères caducs, est plus cruel que le cruel Dèce, plus féroce que le féroce Maximin ». Toujours à propos du temps, il remarque que celui-ci « semble s'acharner particulièrement sur les personnes du sexe, peut-être pour leur faire expier leur vilenie ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 29 juin 2021

Temporalité

 

Sous des dehors débonnaires, le temps est un vrai salop. Vous vous promenez cueillant des mûres dans un chemin creux, vous êtes jeune, en bonne santé, insouciant, jouissant des gazouillis du bouvreuil et de la bergeronnette, vous voyez « la vie en beau », et soudain, en moins de temps qu'il n'en faut pour cuire des asperges, c'est la sénescence, la caducité, la décrépitude et finalement la mort. Avant que vous ayez eu le temps de dire ouf, vous êtes, comme on dit, « décédé ». Bon diousse de bon diousse !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 28 juin 2021

Inconvénient du taoïsme

 

Persécuté par une « mégère difforme au faciès d'hippopotame », l'homme du nihil rêve de lui infliger le supplice que Sapor Ier, roi des Perses, fit subir à l'empereur Valérien. Comme il aimerait, l'homme du nihil, écorcher vive cette bourrelle et suspendre sa peau teinte en rouge aux voûtes d'un temple ! Mais à l'instar du philosophe Jean Grenier, il s'est claquemuré depuis longtemps dans une « contemplation indifférente » proche du Wou-Wei 1, alors...

1. Non-agir ; l'un des préceptes essentiels du taoïsme. (NdE)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 24 juin 2021

Dictyosome


Pour combattre l'angoisse d'exister, le psychologue américain John Tussord recommande au sujet pensant de se plonger dans des manuels de biologie. En plus d'assommer le Moi, cela permet d'apprendre, par exemple, que « le dictyosome est un corpuscule en forme de bâtonnet, d'écaille ou de vésicule entrant dans la composition de l'appareil de Golgi » — ce qui, d'après Tussord, est « toujours bon à savoir ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 22 juin 2021

French Theory

 

Trop d'idéalisme allemand l'avait rendu morose. Mais déridé par Derrida, désopilé par les trouvailles phrastiques de Deleuze, ébaubi par les foucades poststructuralistes de Foucault, l'homme du nihil reprend goût à la philosophie. Lui aussi veut déconstruire ! Il veut dilacérer avec Althusser, faire du boucan comme Jacques Lacan et avoir une tronche d'ahuri comme Guattari !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un monde bénin

 

Contrairement à l'emphatique Cioran, l'homme du nihil ne rêve pas d'un monde « où l'on mourrait pour une virgule », mais d'un monde où les décors — la fameuse « réalité empirique » — seraient de Roger Harth, les costumes de Donald Cardwell, et où le rôle du terrible pachynihil serait tenu par Michel Roux.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 21 juin 2021

Rectification


Selon l'homme du nihil (propos de table rapporté par Gragerfis), « la vie n'est pas, comme l'a cru naïvement Shakespeare, une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien, mais tout simplement une grosse tourte de m... ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 20 juin 2021

Association d'idées


Chaque fois qu'il mange des haricots beurre, l'homme du nihil pense à M. Micawber (de David Copperfield).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 19 juin 2021

Un ectoplasme satanique

 

Tout le mal du monde — à l'exception peut-être de celui provoqué par un panaris — prend sa source dans la sinistre coquecigrue qu'on appelle le Moi. Arrière, le Moi ! Du balai ! Aux doubles-vécés !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 17 juin 2021

Métaphore fromagère

 


N'hésitant jamais devant les pensées inouïes — et s'inspirant sans doute de Lichtenberg —, l'homme du nihil définit sa vie « un gruère sans lame auquel manque le manche, où il ne reste que les trous » !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 16 juin 2021

Irréalité

 

Conscient de l'irréalité du monde, l'homme du nihil tente, à l'aide du vocable reginglette, de produire une œuvre qui soit plus réelle que la prétendue « réalité empirique » et qui dénonce avec vigueur le caractère fictif de celle-ci. — Mais c'est un terrible fiasco.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 15 juin 2021

Guindé

 

« Je porte avec orgueil la honte d'avoir un Moi » répondit un jour l'homme du nihil à Gragerfis qui lui demandait pourquoi il était aussi guindé en société.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 14 juin 2021

Népenthès

 

Quand l'homme du nihil recherche l'oubli de soi-même — « Car mon âme frémit de regarder dans l'urne », confie-t-il un jour à Gragerfis —, c'est d'un « soi » qui se confond pour lui avec l'homme actuel, contradictoire et déchiré, avec ses déchéances mystérieuses (il souffre alors d'un cruel panaris) et ses amertumes dues notamment aux vilenies d'une « bourrelle ». L'urne, selon Gragerfis, contenait « un genre de minestrone à base de taupicide foudroyant Moulin ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 13 juin 2021

Adhérence impossible

 

Sauf à être une pierre dure rotacée ou un rutabaga, il est impossible de « faire corps » avec quelque existence que ce soit.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 12 juin 2021

Humilité de l'homme du nihil

 

L'homme du nihil dédaigne les biens de la terre et « est humble dans son genre » (Gragerfis). D'après Froissard, ce dédain et cette humilité le distinguent du comte Robert de Genève (futur pape Clément VII), connu pour s'entourer d'un « éclat ambitieux ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 11 juin 2021

Moment d'abattement

 

Alors qu'il venait de rendre ses derniers hommages à un proche inopinément « décédé », l'homme du nihil déclara à Gragerfis que « la vie n'est certes pas quelque chose d'amusant, mais la mort... cela n'a pas l'air fifou non plus ». Gragerfis dit dans son Journal qu'il en resta « comme deux ronds de flan ». Entendre parler ainsi le chantre infatigable de l'homicide de soi-même ? La mort, « pas fifou » ?!

(Fernand Delaunay, Glomérules)