mardi 25 janvier 2022

Impression extraordinaire

 

« Dans les Cahiers de Cioran, je suis tombé hier soir avant de me coucher sur ces paroles : “Dans un livre gnostique, L'Évangile selon Thomas, je suis tombé hier soir avant de me coucher sur ces paroles : « Jésus dit : “Malheur à cette chair qui dépend de l'âme et malheur à cette âme qui dépend de la chair” ». Impression extraordinaire, à en perdre le sommeil.” Impression extraordinaire, à en perdre le sommeil. » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Erreur sur la personne ?

 

D'après Gragerfis, l'homme du nihil est « l'intercesseur obligé entre le vulgum pecus et le Vrai, c'est-à-dire le Rien ». — Mais n'est-ce pas là lui faire trop d'honneur ? Et que peut bien importer à l'homme du nihil d'éclairer — métaphysiquement ! — le vulgum pecus à la manière d'un radical quinquet ? Non, il y a certainement maldonne, ce n'est pas possible.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 24 janvier 2022

Aux chiottes les organes

 

Il est déjà coton de se débrouiller avec l'« être » quand on est en bonne santé, mais quand on est mal fichu — quand on a un « pet de travers » —, c'est quasiment mission impossible. On ne peut que maudire, éructer et se lamenter. Aux chiottes les organes, les cellules, le cytoplasme, les mitochondries, la membrane plasmique et les villosités ! Je t'en foutrai du « corps », moi, tuouaouar !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 23 janvier 2022

Rimbaud l'énervant

 

Le poëte Arthur Rimbaud a toujours mis l'homme du nihil assez mal à l'aise. D'une part, il a écrit ses poëmes alors qu'il n'était qu'un morveux qui ne connaissait rien à la vie, et les « enfants prodiges » ont toujours prodigieusement horripilé l'homme du nihil (autre exemple : Mozart). D'autre part, tout, dans ses poëmes, est « trop bien calculé ». L'homme du nihil n'est pas vraiment capable d'exprimer le malaise qu'il ressent mais « il sait ce qu'il sait ». Il admet cependant que Rimbaud a eu une trouvaille géniale : le gruère.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 22 janvier 2022

Question de priorité

 

L'homme du nihil se refuse absolument à écrire un article sur « Tolstoï et l'obsession de la mort ». Il n'a pas que ça à faire, sacré nom d'une pipe ! Et la temporalité du temps ? Et l'haeccéité ? Et la question de l'homicide de soi-même ? Qui va s'en occuper ? Le pape François ? 

(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 21 janvier 2022

Ah Bartleby ! Ah humanity !

 

Quand on est jeune et qu'on ne connaît pas les personnes du sexe, elles vous fascinent et vous intimident ; quand on est plus vieux et qu'on les connaît, elles vous terrifient.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 20 janvier 2022

René le lycanthrope

 

« Demeurer tout le jour seul, enfermé dans un poêle, où l'on a tout loisir de s'entretenir de ses pensées ; puis, la nuit venue, courir les campagnes en poussant des hurlements, franchir les fossés à quatre pattes, étrangler des séries de jeunes filles et les dévorer à belles dents... Ah, quel délice ! » (Les trente-trois délices de René Descartes, Trad. de Simon Leys)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Inexistence de Descartes

 

Après de méticuleuses recherches et une « introspection à tout casser », l'homme du nihil parvint à la conclusion que le « cogito » n'était qu'une « vaste fumisterie ». « Il n'y a pas plus de cogito que de beurre au prose, déclare-t-il à Gragerfis 1. Et il est donc tout à fait possible que Descartes, sans qu'il s'en rende compte, n'ait pas été. »

1. Cf. Journal d'un cénobite mondain, p. 237.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 19 janvier 2022

Rédhibitoire

 

« Dès que quelqu'un me parle de développement personnel ou de crustacés, je sais que je me trouve en présence d'un crétin. » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 18 janvier 2022

Salade de museau et homicide de soi-même

 

Le philosophe Malebranche pensait que « le néant n'est point si terrible que cet état désolant d'être privé de salade de museau quand on aime la salade de museau ». — Et de fait...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 17 janvier 2022

Cosmogonie

 

L'homme du nihil ne pense pas, comme Marcion, que le démiurge était mauvais, il pense qu'il était saoul. Quand on est pompette, on fait toutes sortes de conneries. Tout de même, créer la « réalité empirique »... Cela passe les bornes !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 16 janvier 2022

Sommeil de mort

 

« Réveille-toi, homme du nihil, de ce sommeil de mort
   Dans lequel t'a plongé la réalité empirique. »
 
Ainsi commence l'hymne national de l'homme du nihil.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 15 janvier 2022

Traumdeutung

 

« Cette nuit, j'ai rêvé que j'introduisais un suppositoire à la nitroglycérine dans l'anu de Gabriel Attal. Qu'est-ce que cela peut bien vouloir dire ? » 
 
(Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

Refroidissement

 

« Vers la fin de sa vie, les rapports de l'homme du nihil avec l'être s'étaient à ce point refroidis qu'ils ne se saluaient même plus. » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 14 janvier 2022

Fiasco

 

Malgré sa faconde toute cicéronienne, l'homme du nihil n'est jamais parvenu à convaincre quiconque que « rien n'est ». Il explique son échec par la couardise du monstre bipède, prêt à se raccrocher aux simulacres les plus absurdes — « ceci est ma main » — plutôt que d'admettre la terrible réalité du pachynihil.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 13 janvier 2022

Titre d'honneur

 

Concevoir une pensée, c'est ajouter au malheur du monde, mais surtout au sien propre. Quoiqu'il rumine beaucoup, le nihilique se flatte de n'en avoir jamais conçu aucune.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 12 janvier 2022

Un faux dur

 

Après avoir lu de nombreux écrits d'Émile Cioran, l'homme du nihil en arriva à la conclusion que le penseur des Carpates était ce qu'on appelle un « faux dur » : il se propose sans cesse d'étrangler, d'exterminer, de décapiter, mais au final il ne fait rien. Rien que se lamenter, comme avant lui le prophète Jérémie — ou le philosophe Heidegger quand il fut frappé de « constipation conceptuelle opiniâtre ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 11 janvier 2022

Égyptologie

 

Alors qu'il contemplait le buste de Mérytaton au musée du Louvre, l'homme du nihil formula in petto deux interrogations que l'on pourrait qualifier de leibniziennes. La première : et si cette Mérytaton était la reine qui succéda à Akhenaton sous le nom d'Ânkh-Khéperourê et épousa Smenkhkarê avant la nomination de Toutânkhamon ? La deuxième (la plus leibnizienne des deux) : pourquoi y a-t-il en général de l'étant, et non pas plutôt rien ?

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Vie intérieure

 

Gerfaut moderato, xéranthème xénotropique, mucron nodal, radicelles gamosépales, forcipressure sécante et déférente, pittosporum... Ces mots circulent dans la pachyméninge du sujet pensant comme les troupeaux de vaches de l'Inde, faméliques, improductives et sans propriétaire, mais que personne n'ose éliminer.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 10 janvier 2022

Une engeance diabolique

 

Les « gens de lettres » sont une secte satanique. Sous prétexte de nous exposer leurs traumatismes d'enfance et leurs états d'âme, ils font « en loucedé » la promotion de leur Moi, ce qui revient exactement à faire l'apologie du malin — car le Moi n'est rien autre chose que le diable. Boycottons ces scélérats, et s'il faut lire, ne lisons plus que l'annuaire des marées.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 9 janvier 2022

Pivois

 

Par la voix de son double — son « homme du souterrain » —, l'écrivain russe Dostoïevski dit qu'il se moque que le monde s'écroule pourvu qu'il boive son thé. S'il pense de même, l'homme du nihil remplace le thé par un « effrayant pichtegorne » qui, même accompagné de charcutaille et de fromage, lui donne des aigreurs d'estomac mais l'aide un tant soit peu à voir « la vie en beau ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 6 janvier 2022

Immortalité

 

À tous ceux qui publient des livres dans l'espoir de gagner un semblant d'immortalité, l'homme du nihil suggère plutôt d'écrire « Kilroy was here » sur le mur des doubles-vécés. C'est tout aussi efficace mais un peu moins fatigant et nettement moins ridicule.
 
(Fernand Delaunay, Glomérules)

Troisième voie

 

D'après le philosophe Jankélévitch, « on ne peut pas être à la fois tout et quelque chose ». Très bien, mais il y a une troisième possibilité, et c'est celle qu'exploite à fond l'homme du nihil.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 5 janvier 2022

Un Gilles de Rais subcarpatique

 

 « Ma vision de l'avenir est si précise que, si j'avais des enfants, je les étranglerais sur l'heure. » — Quel monstre faut-il être pour dire une chose pareille ? Honte à toi, Cioran ! Va te cacher dans une grotte des Carpates ! — Des enfants ! Des petits marmousets ! Ça ne va pas la tête ? 


(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 4 janvier 2022

Enough !

 

Même si cela a déjà été dit et ressemble à une évidence, on peut le répéter : tout a déjà été dit. Et l'on peut donc sérieusement douter que le monde ait besoin d'un livre de plus. Ça suffit, maintenant, les « littérateurs » !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 3 janvier 2022

Sancta simplicitas

 

Il semblerait que certaines personnes pensent que le temps existe simplement parce que leurs cheveux blanchissent. « Regardez, je suis soumis au vieillissement, donc le temps existe ! » — Mais vos cheveux n'existent pas plus que le reste ! Couillons, va !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Limites du scepticisme

 

Quand on a mal aux dents, on a beau se répéter que ni l'espace ni le temps n'existent « pour de vrai », que la « réalité empirique » est une coquecigrue, que tout est irréel, on a tout de même envie de se taper la tête contre les murs.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 2 janvier 2022

Escapism

 

Quel meilleur moyen que l'homicide de soi-même pour « fausser compagnie au temps » ? Mais y en a-t-il même d'autres ?

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Altruisme nihilique

 

Selon Gragerfis, l'homme du nihil, en décrivant à l'aide de mots — et non de simples grognements ou gémissements — sa « descente dans le maelström », avait l'espoir que cette description puisse aider en quelque manière un hypothétique lecteur en proie lui aussi à l'angoisse du pachynihil — comme il avait lui-même été aidé dans sa jeunesse par la lecture de l'Inferno de Strindberg. — « Mais en quoi des vocables tels que gloméruleux, lagéniforme et zingibéracé pourraient-ils aider qui que ce soit ? » questionne le sarcastique Gragerfis.

(Fernand Delaunay, Glomérules)