lundi 25 mars 2019

Avertissement


Un nouveau savoir, une nouvelle parole, un nouveau regard : voilà ce qui est atteint, une fois le « Suisse » expulsé dans l'Ouvert rilkien. Encore faut-il que soient assez vigoureuses les énergies mises au service du pousser. Sinon il n'y a pas de traversée, et la fureur n'est qu'engloutissement et dissolution dans la pénombre des « goguenots ».

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Entartré !


Le temps est analogue à cet enduit pierreux déposé par des matières salines autour des corps ayant séjourné dans des eaux calcaires et contre les parois des chaudières à vapeur.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Page de journal


20 mars. — Paterculus imite dans son style la manière concise et énergique de Salluste.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

dimanche 24 mars 2019

Interlude

Jeune fille lisant la Mathématique du néant de Włodzisław Szczur

Dans les bois


Gragerfis dit — mais peut-on croire tout ce qu'il dit ? —, que le « morne et sinistre décor » de la réalité empirique emplissait le poëte Verlaine d'une « horreur triviale et profonde » !

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Nosographie du non-être


Nosographie du non-être.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Mais où sont les bêtes d'antan ?


16 mars. — Où sont les éléphants qui, au dire de Solin, abondaient dans la Mauritanie Tingitane ? Où, les hippopotames de la Basse-Égypte, les boas de la Calabre, les lions, les aurochs, les ours de la Macédoine, les castors, etc. ? — Ô vanité des vanités ! Ô rictus bestial de l'existence !

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune femme lisant la Mélancolie bourboulienne de Léon Glapusz

Retour à soi-même


La décision de se détruire peut-être vue comme le retour — douloureux, triomphant — d'une conscience accrue, la nouvelle naissance du sujet à lui-même, la dépossession surmontée. Une fois secoué le joug de la raison pure, l'étant existant se retrouve sous la lumière d'un savoir acéré qui exige la mort.

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Un ignoble séjour


Comme la « réalité empirique » elle-même, les cahutes des Arabes sont faites de boue et de paille.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Laconisme coupable de Prosper d'Aquitaine


15 mars. — Prosper d'Aquitaine raconte que les Burgondes, juste avant la mort de Jovin, reçurent des terres sur la rive gauche du Rhin, sans autre précision.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

samedi 23 mars 2019

Interlude

Jeune femme s'apprêtant à lire Forcipressure d'Étienne-Marcel Dussap

Musset dépassé


Énervé par l'idéalisme fichtéen, démoralisé par la lecture de Georges Perec, glacé par le doute, l'homme du nihil en arrive à envier la froideur et l'impassibilité du cadavre. C'est aller plus loin encore que Musset dans le désabusement : il n'était pas descendu jusqu'à ces fatales profondeurs, le chantre malheureux de Rolla !

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Résection


Ce petit couteau est pour extraire de l'humain l'aberration de la pensée.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Bélier


11 mars. — Vitruve (liv. X, ch. XIX) prétend que le bélier fut imaginé par les Carthaginois au siège de Gades. Il fut, par la suite, perfectionné par Cétras de Chalcédoine ; enfin, au siège de Byzance, par Polyde le Thessalien, qui servait sous les ordres de Philippe, roi de Macédoine et père d'Alexandre.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune femme lisant l'Appel du nihil de Martial Pollosson

Un terrible fiasco


Oubli, mort, néant, tel est le rêve de l'homme du nihil. Las de vivre, il a essayé de fermer son âme aux impressions humaines et de chercher la paix au désert. Vaine attente ! Au lieu de la béatitude de l'ascète, il n'a trouvé, outre des ronces, des reptiles affreux et quelques rocs retors, que « la morne impuissance et l'incurable ennui » !

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

vendredi 22 mars 2019

Remarque « genrée »


La femme, empyème opaque du chaos.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Page de journal


12 mars. — Pomponius Mela raconte que chez un certain peuple de l'Afrique, les habitants se couchent, pour dormir, sur les tombes de leurs ancêtres, et croient qu'ils trouvent, dans les rêves qu'ils y font, de sages conseils des morts.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune fille lisant les Exercices de lypémanie de Marcel Banquine

Pas d'entraves pour le génie


Comme l'art poëtique (selon Victor Hugo), l'homicide de soi-même « n'a que faire des lisières, des menottes et des bâillons ». Voilà pourquoi on y voit le triomphe de l'enjambement (Jean-Pierre Schlunegger, du parapet d'un pont) et de la césure libre (Adalbert Stifter, du gosier, à l'aide d'un rasoir, dans la salle de billard).

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Édifice branlant


La conscience n'affirme que la perpétuelle imminence de son effondrement.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Hymnographe


10 mars. — Saint Clément l'Hymnographe est fêté le 30 avril. L'office, anonyme, publié par le P. Pétridès d'après les cod. S. Sab. 72 et 241, nous apprend qu'il a vécu sous les empereurs iconoclastes et qu'il est mort exilé pour la foi orthodoxe.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

jeudi 21 mars 2019

Interlude

Jeune femme lisant la Nostalgie de l'infundibuliforme de Robert Férillet

Gerbille de Mongolie


Pour que le mélancolique ne s'enfonce pas dans la « solitude bestiale » qui caractérise l'extrémité de cette maladie, André du Laurens, qui fut le premier médecin de Henri IV, recommande dans son Discours des maladies mélancoliques de lui procurer la compagnie d'une gerbille. « Ce petit rongeur, écrit-il, est un animal de compagnie idéal car il est très facile à apprivoiser, à élever et à entretenir. On en trouve à présent de toutes couleurs dans les animaleries. Mais attention : on doit veiller à fournir à ces animaux une cage solide, garnie d'une litière et de matériaux (bois, carton) leur permettant de creuser et de faire leur nid, comportant également des cachettes (tunnels et maison), du foin, du sable ou de la terre à chinchilla pour faire leur toilette, avec évidemment des récipients propres pour l'eau et la nourriture. »

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

Un Robert Korzeniowski du nihil


Je règle ma marche sur celle, athlétique, du néant.

(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)

Soupçon


21 mars. — Le Père Hardouin soupçonne que l'horconia de Pline est l'arelaca de Columelle.

(Barzelus Foukizarian, Journal ontologique critique)

Interlude

Jeune fille lisant Prière d'incinérer. Dégoût de Luc Pulflop

Discrétion et modestie du suicidé philosophique


La poësie moderne nous a accoutumés à des violences verbales, à des gesticulations effrénées, cris de révolte, sarcasmes claironnants, vastes incantations, etc. Chez le suicidé philosophique, rien de tel. Une voix sourde, presque terne, discrètement mesurée. Pas de formules impérieuses et lapidaires comme chez le pénible René Char, nulle de ces retentissantes « métaplaques métalliques » chères à Ghérasim Luca. Comme si le suicidé philosophique tenait à passer inaperçu, non point par quelque fausse vanité, mais par une réelle tendance à sous-évaluer son œuvre, ce  monument pourtant pharamineux qu'est l'homicide de soi-même. « Accepter sans histoire ses limites, son manque d'éclat, son incertitude, réussir à ne pas feindre le génie, mais se brûler la cervelle élégamment et proprement » (Songeries néantiques, p. 178). Curieusement, cette absence d'éclat, cette pudeur — parfois un peu crispée —, cette réserve à la limite du silence attirent la sympathie et ouvrent à une relation quasi personnelle avec le chantre de la révolvérisation du Moi. On aurait presque envie, soi aussi, de « se faire sauter le couvercle ».

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)