lundi 4 avril 2022

Ennemi juré

 

Comme Cioran, l'homme du nihil est persécuté par Lucien Goldmann.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Lire Camus

 

Pourquoi les gens font-ils semblant de trouver l'existence tolérable ? Comment se fait-il que, malgré l'évidence de l'absurdité du « réel », ils ne se mettent pas à hurler en pleine rue, à se rouler par terre, à s'arracher les cheveux ? Ils n'ont pas lu Camus, ces salops ?

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 3 avril 2022

Vengeance morpholexicale

 

À l'instar de Cioran, l'homme du nihil méprise et exècre le « saltimbanque » Cocteau. Il n'a jamais pu souffrir les gens qui font des astuces. Hélas ! Il est impossible d'infliger à cet horripilant personnage le châtiment qu'il mérite puisqu'il est, comme on dit, « décédé ». Alors pour se venger quand même, l'homme du nihil orthographie son nom Coqueteau ou même Coquetier.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un sadiste

 

L'histoire de l'humanité se résume à un immense bain de sang. Et Dieu contemple le spectacle, affalé sur son canapé Poltrone sofa, grignotant des chips et sirotant un tequila sunrise ou un « lait de poule ». Ça l'amuse, on dirait. Ça le délasse. — Salop, va ! Détraqué ! Grosse loche ! Sadiste !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Ahurissement


L'absurdité du monde, son inquiétante étrangeté provoquent en l'homme du nihil un effarement qui a fini par se graver sur ses traits. S'il y eut jamais une « espèce d'ahuri », c'est bien lui. Aussi, quand il entend ces mots dans la rue ou dans l'autobus, il se retourne instinctivement. — Mais non, ce n'était pas pour lui. Pas encore. Patience, escalier...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Règle et exception

 

Tout ce qui émane du « monstre bipède » est profondément, désespérément bête — à l'exception peut-être de l'homicide de soi-même, qui possède malgré tout une certaine noblesse (même si le spectacle en est généralement peu ragoûtant).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 2 avril 2022

Conjectures

 

Quand Descartes dit que l'homme est un mélange de pensée pure et d'étendue géométrique, il est probable qu'il a en vue — pour ce qui est de l'étendue géométrique — les « grosses dondons ». Pour la pensée pure, c'est moins clair : peut-être Marsile Ficin ?

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Déréliction

 

Faut-il être désespéré, pour en être réduit à trouver quelque consolation dans le vocable jabiru ! Et pourtant...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Flatus vocis

 

Toute œuvre littéraire devrait s'intituler Syllabes.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 1 avril 2022

Comprendre

 

L'homme ne peut que constater, mais quant à comprendre, cela est hors de sa portée. On ne devrait jamais utiliser ce verbe. Comprend-on un bigaradier, un porcus singularis ou une biscotte confiturée ? Allons, mes amis !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Une belle mort

 

Mourir en lisant Poteaux d'angle, foudroyé par l'optimisme de Michaux.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Pensée étranglée

 

« La vie n'est rien autre chose que — (... le téléphone ayant sonné, je ne sais plus ce que je voulais dire.) » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 31 mars 2022

Silence noético-noématique

 

S'il faut en croire Gragerfis, Jean-Paul Sartre resta pendant trois ans — de 1980 à 1983 — sans prononcer une parole. Dans son Journal, Gragerfis explique cette débauche de silence par le fait que le philosophe était, comme on dit, « décédé ». Et il en conclut que le « décès » a parfois du bon.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Misanthropie

 

« Je hais les gens qui usent en public du vocable bouillabaisse, et je ne hais pas moins ceux qui s'abstiennent de le faire. » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 30 mars 2022

René et le parfait

 

Dans ses Méditations, Descartes entreprend de démontrer l'existence de Dieu à l'aide de la « preuve par l'idée de parfait ». Il imagine un parfait au chocolat et... — Oh, assez de ces bêtises !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Bien dit

 

« Rien ne console, parce que rien ne remplace. » (Marie Lenérouge)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 29 mars 2022

Absence de frisson désespéré

 

« Hier, enveloppé dans la brume sur un chemin qui domine la Seine, je me suis répété ce mot de Luc Pulflop : “les falaises d'Étretat et l'évidence de n'être rien”, sans en éprouver aucun frisson désespéré. Une grande assurance au contraire, le sentiment d'une certitude sans faille. » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 28 mars 2022

Frisson désespéré

 

« Je pense à ce mot de Valéry : “le sentiment d'être tout et l'évidence de n'être rien”, et je me dis que pour une fois, ce couillon a eu le nez creux. Mais je ne sais que faire de ce mot. À tout hasard et faute de mieux, j'en retire un frisson désespéré. » (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 27 mars 2022

Haeccéité

 

Ce n'est pas que le Moi n'existe pas (là-dessus, les bouddhistes japonais de la secte Kousha se trompent). Non, le problème c'est qu'il est grotesquement ridicule à force d'être « comme ci et comme ça ». S'il n'était pas « comme ci et comme ça », ça pourrait encore aller (peut-être).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 26 mars 2022

Nouveauté

 

« A rollicking good time! Fernand Delaunay is known for his razor-sharp wit, and Glomérules is no exception. Hilarious and thought-provoking, this book had me laughing out loud from beginning to end. An absolute delight, compulsively readable. I can't wait to see what Fernand Delaunay does next. » 
 
(The Alaska Quarterly Review)

La souffrance d'être heureux

 

« Mon Cicciobello, tes joues sont rouges, tu es malade ! Vite, ta température ! Oh là là, tu as de la fièvre ! Vitamines, lait... du sirop ! Tiens, mon Cicciobello ! Oh, tu es toujours malade ! Essayons une piqûre ! Ah, ça y est, je t'ai guéri. Cicciobello bobo, il a toujours besoin de toi. » — Pour pénétrer quelqu'un, pour le connaître vraiment, il me suffit de voir comment il réagit à cette publicité pour le poupon Cicciobello. S'il ne comprend pas tout de suite, inutile de continuer. (Stylus Gragerfis, Journal d'un cénobite mondain)

(Fernand Delaunay, Glomérules)

« Tonton Sigmund »

 

Gragerfis à propos de Freud : « C'est un con. » — Et en effet, il y avait en lui du fanatique, de l'homme de l'ancienne Alliance.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Didactisme pachynihilique

 

« Savez-vous ce que signifie le mot pachynihil ou voulez-vous que je vous l'explique ? » — Toute l'Allemagne est là. Nation atrocement didactique.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Présomption bipédique

 

Au dire de Gragerfis, ce qui exaspère le plus l'homme du nihil, c'est le fait que les « monstres bipèdes » qu'il côtoie ont tous l'air de juger leur existence nécessaire (quand la sienne propre ne lui semble même pas probable). — Oh, ces salops ! Comme il les hait !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Conjuration

 

Dire à l'idée du Rien : Sors de cette pachyméninge ! — Cela est absurde et beau — mais surtout inutile.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 25 mars 2022

Gênance

 

Selon Gragerfis, l'homme du nihil considère que toute personne prononçant les mots Bhagavad-Gita prouve par là même qu'elle n'a aucun amour-propre ni aucun sens du ridicule. Idem — en un peu moins grave pour le nom Vishnou.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

L'art de déplaire

 

Complexe d'infériorité ? Timidité congénitale ? Sentiment de culpabilité lié à son statut de rescapé ? Toujours est-il que l'homme du nihil n'a jamais cru possible que l'on s'intéressât à lui. Et les faits lui ont donné raison — mais il faut avouer qu'il y a mis du sien, avec sa calvitie précoce, son emploi fautif du vocable reginglette et son penchant immodéré pour le grinçant.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 24 mars 2022

Nouveauté

 

Dans cet opus, Fernand Delaunay déchaîne toute sa puissance phrastique et l'être en prend pour son grade.

          En vente ici au prix de 9,99 €.

     « A real page-turner ! » (The New York Review of Books)

Commediante ! Tragediante !

 

Il est difficile de prendre au sérieux quelqu'un qui se proclame le plus grand solitaire que la terre ait jamais porté tout en se vantant de passer ses soirées à « discuter le bout de gras » pendant des heures avec Beckett, Ionesco, Henri Michaux et tutti quanti — et qui en outre a vécu des décennies avec une certaine Simone Boué. L'homme du nihil, lui, ne fréquente ni Beckett, ni Ionesco, ni Michaux — il faut dire qu'ils sont, comme cela s'appelle, « décédés ». Il passe ses soirées en compagnie de son chat Bouboule et de sa chienne Pipik et « c'est déjà pas mal ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)