samedi 7 mai 2022

Plus court chemin

 

Puisque — censément — la vie est espoir et la mort est oubli, on peut dire sans exagérer que le taupicide est le plus court chemin pour passer de l'espoir à l'oubli.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

vendredi 6 mai 2022

Ensorcellement

 

Comme le Mômo, l'homme du nihil a la sensation d'avoir été envoûté. Sinon, comment expliquer que la « réalité empirique » lui donne une telle impression de cauchemar ? Aurait-il été marabouté par quelque Professeur Boubacar ou Diakité ? Et si oui, pourquoi ? 

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Esprit frère

 

Le compositeur allemand Jean-Sébastien Bach peut être considéré comme un précurseur de l'homme du nihil. Primo, il a composé une cantate intitulée Ich habe genug — titre que l'on pourrait traduire par : « J'en ai assez et plus qu'assez du fétide et rébarbatif réel » ; deuzio, cette cantate se termine par l'aria Ich freue mich auf meinen Tod, ce qui, traduit de l'allemand, donne : « D'avance, je me réjouis de ma mort par ingestion de taupicide ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un don fâcheux

 

L'homme du nihil a un flair de pointer pour déceler le bluff en toute chose. C'est pour cela — entre autres — que les personnes du sexe ne le supportent pas. Le bluff est pour elles comme l'eau pour le « poiscaille » : un élément vital et gare à celui qui ose le dénoncer.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

jeudi 5 mai 2022

Privilège du désespoir

 

L'homme du nihil estime être assez « malheuleux » pour avoir le droit de traiter tout un chacun de « salop » et de « conifère ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Lèse-majesté

 

L'homme du nihil trouve que l'aphoriste roumain Émile Cioran écrit un peu comme quelqu'un qui aurait un révérence parler manche à balai dans le révérence parler trou de balle.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Miroir de l'éternité

 

En ce monde, il n'y a pas plus d'amour que de beurre au prose. Alors arrêtez vos conneries, bon Dieu ! « Tes dents sont comme des perles et tes yeux sont le miroir de l'éternité. » Je t'en foutrai du miroir de l'éternité, moi. Pauvre con ! 

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Effluve

 

« Ce monde est une grosse tourte de m... », est-il dit dans le Ginza, texte gnostique d'une secte mandéenne de Mésopotamie. — S'en souvenir toutes les fois qu'on se demande s'il n'y aurait pas « comme une odeur ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mercredi 4 mai 2022

Réflexion d'un homme ridicule

 

Si la « réalité empirique » était une vieille rombière, usurière de surcroît, l'homme du nihil aurait à son égard des tentations à la Raskolnikov. À vrai dire, il en a, mais il est trop lâche pour les mettre à exécution (et il faudrait se procurer une hache, etc).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

mardi 3 mai 2022

Déréliction

 

« Je n'y suis pour personne », disent, dans les films, les hommes d'affaires à leur secrétaire. — « Moi non plus », soupire l'homme du nihil, prenant soudain conscience de l'exorbitante solitude où l'a entraîné sa misanthropie.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Pandémonium

 

Le Moi, l'haeccéité, l'autrui du philosophe Levinas : « monstres dont à regret je cite ici le nom » 1.

1. Racine, Bérénice, acte II, scène 2.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Être ou ne pas être

 

Vivre est une humiliation ininterrompue — à cause de la malédiction d'être « comme ci et comme ça » et d'en avoir conscience à chaque instant. Être « décédé » n'est sans doute pas jojo non plus, mais cela semble a priori moins humiliant (à vérifier).

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Vie impossible

 

À ceux qui ont le sentiment — hautement « malaisant » — qu'ils vont clamecer sans même avoir vécu, Gragerfis recommande de lire du Fernando Pessoa ou du Luc Pulflop « histoire de se sentir moins seuls ». Il dit aussi qu'il ne faut pas se tracasser, car quoi qu'on ait fait de sa vie, on meurt toujours sans avoir vécu.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

lundi 2 mai 2022

Hécatombe

 

En 1910, le philosophe Henri Bergson s'aperçoit qu'il ne peut pas en même temps se curer les doigts de pied — à Poughkeepsie ou ailleurs — et jouer au billard avec Edmond Husserl. Il définit alors l'action « une hécatombe de possibles ». Mais en réalité, c'est l'être qu'il aurait dû dire. Car on extermine aussi une infinité de possibles en restant allongé dans son lit ou assis sur une chaise de jardin. Qu'on agisse ou non, on n'y coupe pas. Cela est-il vrai ? 

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Hommage à Ferdine

 

Le « monstre bipède », là, c'était pas à croire... Lili, moi, Bébert, La Vigue... Tout le monde aux astibloches !... sautez ! rigodon !...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Éloge du félidé

 

Le chat est tout ce que l'homme n'est pas : digne en toute circonstance ; indomptable ; et il se colle au prose la propagande du gouvernement.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Maudites commissions

 

La vie serait à peu près supportable si l'on n'était pas obligé d'aller faire les commissions de temps en temps (la petite, la grosse et celles pour la bouffetance). On n'aurait plus besoin de sortir de son lit et on pourrait dormir... dormir...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Centres d'intérêt

 

Les gens qui ont des « centres d'intérêt » sont insupportables. Ils veulent vous obliger à partager leurs marottes alors que l'on dépense déjà toute son énergie à résister à la « réalité empirique » qui cherche par tous les moyens à vous rendre maboule. Aux chiottes, les « centres d'intérêt » ! Du balai !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

dimanche 1 mai 2022

Personne n'est parfait

 

L'homme du nihil est imbattable en fait de dégoût, mais il ne connaît pas tous les insectes.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Une obsession prenante

 

La haine de l'existence peut à elle seule occuper et combler toute une vie.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Assuétude au spleen

 

En 2007, des chercheurs de l'Université de Bordeaux ont montré que la mélancolie possède un pouvoir d'addiction plus élevé que la cocaïne. Dans leurs expériences, des rats avaient le choix entre les œuvres complètes de Leopardi et des doses croissantes de cocaïne. Sur cent rats testés, quatre-vingt-quatorze ont choisi de dévorer les écrits du bossu de Recanati (que certains voient comme un précurseur de l'existentialisme) plutôt que de se « bourrer le pif » pour voir « la vie en beau ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Objectification du nihilique

 

« L'enfer, c'est les autres », a dit le pénible Jean-Paul Sartre. Et de fait, l'infernal croque-mitaine lévinassien — le fameux « autrui » —, par sa manie scrutatrice, transforme l'homme du nihil en une chose, en un vulgaire « objet dans le monde » ! Le salop !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Sirop cérébelleux

 

La vengeance a ceci de commun avec le suicide que c'est l'idée qui en est douce plus que le fait lui-même. — Malgré tout : tremble, bourrelle !

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Glaïeuls

 

Toutes les questions importantes (sur le sens de la vie, l'immortalité de l'âme, la temporalité du temps, etc.) sont évidemment des questions sans réponse. Mais les « celles et ceux » qui ne se les posent pas sont des gougnafiers et mériteraient bien d'être traités de « glaïeuls ».

(Fernand Delaunay, Glomérules)

À la dixième puissance

 

Tout être humain est, par sa simple présence, une source permanente de soucis et d'inquiétudes. Comme disait Goethe, chaque individu est, pour la personne auprès de laquelle il vit assez longtemps, un démon (ein Dämon) ou pis encore, un « mange-merde » (ein Scheißefresser). Et quand l'individu en question appartient au « beau sexe », alors là...

(Fernand Delaunay, Glomérules)

samedi 30 avril 2022

Syllogisme de l'amertume

 

Il est notoire que tout ce qui grouille provoque le dégoût ; or la vie est pratiquement synonyme de grouillement (le cytoplasme, les mitochondries, les colonies de souriceaux) ; il est donc logique que la vie, en tout lieu et à toute heure, suscite une intense envie de vomir.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un « monde de ouf »

 

S'il est vrai, comme le prétend Gragerfis, que pour construire sa coquille, une huître doit faire passer dans son corps environ cinquante mille fois son poids d'eau de mer, alors il est évident qu'il n'y a rien à attendre d'un tel monde, qu'il ne reste plus qu'à se pendre.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Un art difficile

 

Il faut beaucoup de doigté et d'humilité pour être malade correctement. Des qualités dont est dépourvu l'homme du nihil, hélas — qui doit donc se résigner à être malade incorrectement.

(Fernand Delaunay, Glomérules)

Fessons les artistes

 

Il est sacrilège de se manifester puisque c'est, dans tous les cas, une forme d'impudence à l'égard du pachynihil. Mais ceux — par exemple les « artistes » — qui se manifestent afin d'attirer l'attention de l'« autrui » du philosophe Levinas... ceux-là sont vraiment pitoyables et mériteraient d'être fessés.

(Fernand Delaunay, Glomérules)