Si
l'idée du Rien était pourvue d'une capsule de déhiscence — septicide,
transversale, valvulaire, n'importe —, peut-être inonderait-elle le
monde de ses propagules ? Avec bienveillance ?
“Achingly
beautiful! Coruscating! Wickedly funny! Ribémont's Mémoires d'un gluon
holds the reader's attention in an iron grip. It will appeal to the
serious scholar and general reader alike. A stunning debut!”
“Mémoires
d'un gluon is a groundbreaking achievement, impeccably researched and
brilliantly argued. Louis Ribémont's work is accessible but also
comprehensive, really turning the topic on its head and taking an
unflinching look at the concept of pachynihil. This is an ambitious and
timely piece that absolutely cannot be ignored.”
“A
rollicking good time! Louis Ribémont is known for his razor-sharp wit,
and Mémoires d'un gluon is no exception. Hilarious and
thought-provoking, this book had me laughing out loud from beginning to
end. An absolute delight, compulsively readable. I can't wait to see
what Louis Ribémont does next.”
« Néant ! Matrice des madrépores ! », s'exclame Philothée O'Neddy dans son
poëme Incantation — voulant sans doute dire par là que du
Rien sont sorties toutes choses (dont les madrépores).
« Un
matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé
dans son lit en une véritable vermine. Il était couché sur le dos, un
dos dur comme une cuirasse, et, en levant un peu la tête, il s'aperçut
qu'il avait un ventre brun en forme de voûte divisé par des nervures
arquées. » (Pierre Ménard, L'Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la
Manche, Paris, Les Belles Lettres, 1932)
« Ce
trésor sera à toi, à la seule condition que tu ne penses pas à un
gloméruleux pélican, ni même aux mots gloméruleux pélican, pendant que
tu le déterreras. »
Il
y en a qui pensent que les fleurs, les pierres, les animaux, sont les
éléments de ce qu'on pourrait appeler un langage secret, et que si l'on
arrive à déchiffrer ce langage, on aura tout compris — et en
particulier ce qu'on fait là. Après tout, pourquoi pas, mais ça n'a pas
l'air commode à déchiffrer (surtout les mollusques).
Est-il
possible de savoir quelque chose, et si oui quoi ? On peut (avec
beaucoup de chance) savoir ce qu'est un xéranthème ; on peut connaître
le sens de l'adjectif xénotropique ; mais qui pourra dire ce qu'est un
xéranthème xénotropique ?
« Chante
ta soif irisée », ordonne René Char. « Et si je n'en ai pas envie ?
répond le nihilique. C'est quand même formidable, ça ! C'est plus fort
que de jouer au bouchon ! »
Marcel
Proust était si distrait qu'il lui arrivait souvent de traverser quand
le petit bonhomme était rouge. Un jour, alors qu'il se rendait chez la
comtesse Greffulhe... (interrompu)
Vingt
ans, trente ans, quarante ans... À force de ne pas mourir, l'homme « prend la confiance ». Il se met à agir comme s'il était immortel. Il
fait même des projets. Pauvre insensé ! Fou ! Tuouaouar !
Eugen
Fink rapporte que Heidegger demanda un jour à sa maîtresse la fille
Arendt : « Dis donc Hannah, saurais-tu par hasard ce que c'est que l'être ? Quant à moi, je sèche. » Et selon Fink, la future prêtresse de la
banalité du mal aurait répondu : « Je ne sais pas, moi... Tu en as de
bonnes ! »
Quand
on s'est enfoncé trop avant dans l'étude du Rien, il est presque
impossible de revenir à son ancien sujet, à savoir la physiologie
comparée des poissons.
Pour
méditer sur l'impermanence des choses, il n'est pas de meilleur endroit
que les doubles-vécés. Là, assis sur le trône, on voit surgir des
villes mortes, comme des ossements sous le soleil, qui font songer aux
visions de l'émir Moussa.
L'autre
qu'ils rencontrent — et que même ils deviennent — n'est pas
l'étéron, l'altérité avec laquelle on dialogue et que l'on rejoint en
une synthèse supérieure, c'est l'étron, le « colombin », avec lequel il
n'y a pas de rapport, d'intégration ou de médiatisation possibles (car
il pue trop).
Ô
Char ! René Char ! Quelle chance tu as d'être comme cela s'appelle
décédé ! Avec quelle joie, sans cela, nous autres amateurs de vraie
poésie t'aurions plongé dans un chaudron d'huile bouillante !
Au
lieu de dire que « vivre, c'est s'obstiner à achever un souvenir », le
poëte René Char, s'il avait eu un minimum d'honnêteté intellectuelle (et
de bonnes manières), aurait dû dire : « À mon humble avis, vivre, c'est
s'obstiner à achever un souvenir — mais ne me demandez surtout pas ce
que je veux dire par là, je fais profession d'être profond et je vous
emmerde. »
Depuis
qu'on sait qu'il est mortel, étant composé pour l'essentiel de
cytoplasme, de mitochondries, d'une membrane plasmique et d'un
mystérieux « appareil de Golgi », les rodomontades du monstre bipède ne
convainquent plus personne.
Ce
qu'il faut lire entre les lignes des « récits de voyage » : « Regardez
comme ma vie est plus excitante que la vôtre ! » — Seul problème mais
de taille : une « vie excitante », cela n'existe pas. Comme Lucien Rebatet
et Pierre-Antoine Cousteau, le vide est partout !
Nègre
de Surinam à ses heures, le nihilique, si on lui demandait ce qu'il
fait là dans l'état horrible où on le voit, répondrait : « J'attends mon
maître, M. Vanderdendur, le fameux négociant. »