Comme le
Victor Bâton de Bove, on aimerait avoir des amis. On discuterait de
Kierkegaard, de Maritain... Oui mais va te faire fiche : des amis, il
n'y en a pas plus que de beurre au cul.
On est
allongé dans son lit, la couverture remontée jusqu'au nez, on se dit que
ce serait le moment idéal pour mourir, alors on prononce le nom
redoutable de Yog-Sothoth et... rien ne se passe.
L'homme que
nous croisons dans les supermarchés, qui prend les vignettes et possède
la carte du magasin, est absolument sans relief. C'est un « homme
unidimensionnel d'Herbert Marcuse ».
Cultivateur
infatigable de paradoxes, le négateur Émile Cioran soutenait que Dieu
devait tout à Bach. Il disait aussi que la jument d'Henri Michaux était
passée dans le pré et avait mangé tout le foin (ce que Michaux
contestait virulemment).
Pour être
pris au sérieux, quand on est écrivain, il faut se donner l'apparence
d'être farouche, lugubre, profondément ruiné de l'intérieur ; il faut
être d'une noirceur à la Lautréamont, à la Lucrèce. Sinon, on passe pour
un bredin.
« Au
troisième top, il sera trois heures du matin. » C'est le message que
l'on entend à intervalles réguliers quand on est plongé dans la nuit
noire de l'âme de saint Jean de la Croix. Il est transmis par des
haut-parleurs. On a l'impression que ça ne va jamais se finir.
Avoir un ptyx
dans son salon est le rêve de tout homme que la vie a mal regardé.
C'est une sorte de revanche, une façon de dire : « T'as vu ? Quand même ? »
Peu d'auteurs
nous sont immédiatement antipathiques comme Poulot dit Perros. Il nous
tape sur les nerfs d'emblée. Il faut dire qu'il fait « jore » à un point
extraordinaire.
Le tableau de
Salvador Dali intitulé La Métamorphose de Narcisse est une métonymie,
toute autre conjecture serait pépiage. Cette métonymie, précisément
cette syllepse, se déploie à partir de l'idée obsédante que l'artiste a
un oignon dans la tête.
Il faut se
battre de toutes ses forces contre les livres qu'on lit, sinon on
devient minéral, on devient de l'eau, on devient n'importe quoi, hormis
un homme.
Le pire
ennemi du paranoïaque, c'est lui-même. Mais il ne s'en rend compte
qu'une fois arrivé rue Lepic avec ses valises de cochon — et il est
trop tard pour se corriger.
Il paraît
comme ça que, spectateur peu concerné de sa propre vie, le héros bovien
est à la fois veule et désinvolte, retors et spontané ?... Mais c'est
nous ! C'est tout à fait nous, le héros bovien !
Quand on est
vieux et mal fichu, on se dit qu'il va bientôt être l'heure de rejoindre
François Donati non pas à la Bourse de Paris mais — inutile de
tourner autour du pot — au cimetière.
L'ethnographe
Lévi-Strauss était déçu par les tropiques. Il trouvait qu'ils
manquaient de rythme, de vitalité... Or lui, le rythme, la vitalité,
c'est ça qu'il adorait. Il aimait bien Djadja, il aimait bien Doudou, il
aimait bien Hypé... Mais les Bororos l'ennuyaient.
On a dépensé
toute son énergie à n'être ni ceci ni cela, et finalement on a échoué
puisqu'on est devenu « celui qui n'est ni ceci ni cela », c'est-à-dire
tout de même quelque chose de particulier !