samedi 18 mars 2023

Origine impure des romans, des sonates et des tableaux de peinture

 

Tous ces romans, toutes ces sonates, tous ces tableaux de peinture, à quelle fin ont-ils été créés  ? À une seule et unique fin : promouvoir le Moi de leur auteur. — C'est effrayant, quand on y pense.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Husserl revisité

 

Toute conscience est conscience de quelque chose, sauf dérogation.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

vendredi 17 mars 2023

Boursouflés Unlimited

 

La passion que nourrissait le « négateur universel » Émile Cioran pour le dramaturge William Shakespeare n'est pas étonnante. Entre grandiloques...
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Dialogue philosophique


Martin Heidegger : Dis donc, Hannah, il y a une question qui me turlupine. À quoi pense-t-on quand on ne pense à rien ? À un point mathématique ? Au pape François ?
Hannah Arendt : Au pape François.
Martin Heidegger : Ah. Danke.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Roi de la Création

 

Ouvrez un crâne au hasard, vous verrez qu'il ne contient qu'une boue visqueuse faite de fragments de poëmes, de slogans publicitaires et de bribes de chansons de Michel Fugain. Il n'y a pas de quoi être fier. Pourtant, le monstre bipède arbore un air avantageux. Il est le roi de la Création, le céoène !
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Tuouaouar

 

Les ceusses qui aiment la vie s'exclament chaque matin en s'éveillant : « Ô joie suprême ! Ô bonheur ineffable ! Nous sommes vivants ! » Et en effet ils sont vivants, les bredins. Mais ils ne paient rien pour attendre. Il y a des limites à la provocation. Tuouaouar !
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

jeudi 16 mars 2023

Chasse au concept

 

« 7 octobre. Je rencontre Bergson, fusil en bandoulière. “Bonne chasse ?” Il ne répond pas mais me gratifie d'un sourire jusqu'aux oreilles, ouvre son carnier et me montre les concepts qu'il a dégommés, parmi lesquels se trouve... l'élan vital ! Je n'en crois pas mes yeux. » (Léon Brunschvicg, Journal spinoziste, Paris, Alcan, 1907)
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Un chef-d'œuvre de grinçant

 

La vie... Tellement horrible qu'on dirait un simulacre, une parodie, une caricature croquée par le cruel Daumier.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Le salut par le Tigron

 

Pour supporter les crises d'asthme que lui donnait le réel, il arrivait que le « négateur universel » Émile Cioran envoyât Simone à l'épicerie du coin lui acheter une ou deux bouteilles de Tigron.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

mercredi 15 mars 2023

Tristesse du monde

 

S'il n'existait rien de plus triste, dans la « réalité empirique », qu'une fête foraine, on pourrait dire que le monde est triste comme une fête foraine. Mais il y a plus triste qu'une fête foraine, il y a... un bal de mariage. Il faudra donc dire que le monde est triste comme un bal de mariage.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Procréation

 

Un être humain qui naît — un de plus ! —, c'est une victoire du méphitique Grand Tout. Mais ce n'est ni le lieu ni le moment d'en parler.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Première rencontre avec le Rien

 

On est âgé de huit ans à peu près. Au milieu de la nuit, on entend du bruit dans la cuisine, on se lève et on découvre son père — son propre père ! — occupé à découper un morceau de lard rôti ! Cette terreur qui vous envahit alors, comment ne pas penser qu'elle cache quelque chose de gigantesque ? 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

mardi 14 mars 2023

Baldaquin

 

On croyait avoir regagné un semblant d'équilibre, on pensait s'être débarrassé de cette sensation d'inquiétante étrangeté devant le réel, et voilà que surgit... le mot baldaquin ! Ça ne finira donc jamais ?  
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Pourquoi ?

 

L'homme sait ou du moins devine que l'homicide de soi-même est un puits de jouvence, mais au lieu de plonger, il reste prostré et mutique sur la margelle. Pourquoi ?  
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Raccourci

 

Contrairement à ce que prétend le groupe de musique Magic System dans sa chanson Magic in the Air — où, après avoir invité l'étant existant à oublier ses soucis et à « venir faire la folie », il affirme qu'« il n'y a pas de raccourci » —, il existe bel et bien un raccourci et ce raccourci s'appelle l'homicide de soi-même. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Constipation conceptuelle

 

D'après René Maheu, quand Jean-Paul Sartre apprit que Céline l'appelait « le tænia », il en fut si courroucé qu'il ne put créer le moindre concept de deux jours. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

lundi 13 mars 2023

Distraction michaldienne

 

Le poëte Henri Michaux était célèbre pour sa distraction. Un jour, dans un autobus qui l'emportait vers Odéon, il s'assit par mégarde à une place « réservée aux mutilés de cul ». À l'arrêt suivant, comme il fallait s'y attendre, un mutilé de cul monta dans l'autobus et demanda au poëte de libérer la place. Celui-ci s'exécuta sans protester et tenta de se justifier en disant qu'il n'était pas dans son assiette, qu'il avait pris de la mescaline pour explorer ses « gouffres intimes », et cætera. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Tacite en babouches

 

Le « négateur universel » Émile Cioran avait une prédilection pour l'historien Tacite. Pour lui, Tacite était sacré et il appréciait peu que son ami Ionesco, grand amateur de contrepets et de grivoiseries en tout genre, lui demandât, parlant de Simone Boué : « Elle apprit Tacite en babouches  ?  »
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Une histoire assommante

 

La vie du nihilique est un roman, mais un roman presque aussi ennuyeux que l'Ulysse de Joyce. À son grand désespoir, elle n'a pas la merveilleuse brièveté de style qui caractérise les ouvrages de Salluste. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Réponse au Grandiloque

 

Sans même parler de jouer un rôle à la surface d'un globe aussi bêtement terraqué, on peut dire qu'il est insensé, et même ridicule, d'y posséder un Moi. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

dimanche 12 mars 2023

Aux chiottes le printemps

 

Ça y est. C'est le temps des horribles queues-de-rat et des touchantes véroniques. Oh, bon Dieu ! 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Penseurs de nos deux

 

Les personnes assez impudentes pour « concevoir des pensées » pourraient au moins avoir la décence de les garder pour elles. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Suicide différé

 

Le « négateur universel » Émile Cioran dit quelque part qu'un livre est un suicide différé. Quand on lit ça, on se dit que cette assertion est bien dans la manière du Grandiloque, qui n'a jamais pu résister à la tentation de faire un bon mot. En réalité — et en tant que « négateur universel », il le savait sûrement —, c'est du bidon : peu importe qu'on écrive ou non, la vie est un suicide ininterrompu. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Métaphore pâtissière

 

De même que le saint-honoré a son centre garni de crème chiboust — ce mélange de crème pâtissière et de meringue italienne —, l'existence humaine est farcie de matière excrémentitielle — de « merde ». 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

samedi 11 mars 2023

Connaissance par les gouffres

 

Fidèle à sa réputation de « penseur paradoxal », Frédéric Nietzsche n'hésite pas à soutenir — dans Humain, trop humain — que l'humiliation est « une petite gazette du mieux se connaître ». 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Cafard

 

Émile Cioran aime le mot cafard. Bien qu'il soit en général sensible aux nuances, il ne voit pas que ce vocable est assez « bébête » et qu'on l'attendrait plus dans la bouche d'une pécore que sous la plume d'un « négateur universel ». 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Bach, la tarte aux poireaux et la momie

 

D'après le professeur Munteanu, le « négateur universel » Émile Cioran voyait en la musique de Bach le seul moyen — hors la pensée de l'homicide de soi-même et la tarte aux poireaux de Simone Boué — de « dissiper son spleen plombé d'antique momie ». 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

vendredi 10 mars 2023

Impuissance du bouddhisme zen

 

Ni le bouddhisme zen, ni l'entreprise maritainienne placée sous le signe du thomisme, encore moins le merleau-pontisme, ne parviennent à donner un sens à la séquelle de minuscules anecdotes en quoi consiste une vie humaine (par exemple le remplacement d'un chauffe-eau). 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Périèque de l'existence

 

À cause qu'il est un périèque, le nihilique ne participe pas à la vie politique de la cité. Mais à vrai dire, il ne participe pas à la vie en général. Car périèque, il l'est aussi de l'existence. Un périèque, donc... — mais dynamitier ! 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

L'idée du bonheur chez l'homme et le ruminant : une analyse comparative

 

Les « vaques » s'estiment heureuses quand elles ont de l'herbe à boulotter. Mais l'homme a une conception plus raffinée du bonheur. Il veut être « aimé », le céoène ! 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Décapage de l'âme-logogriphe

 

Pour décaper son âme-logogriphe, le nihilique n'a pas trouvé mieux que le muscadet. Il s'y met dès huit heures du matin. Il dit qu'il prend des « capsules ontologiques ». 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

jeudi 9 mars 2023

Tout se transforme

 

Que devient l'âme humaine, après que la mort a brisé les liens qui l'enchaînaient au corps ? Une jolie corbeille de mésotrons, voilà ce qu'elle devient. Nous répétons : une jolie corbeille de mésotrons — que l'on peut, si on le désire, poser sur une briquette de chondrite carbonée ou sur un dessus de cheminée. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Éternité retrouvée

 

Le « vieux jeton » échappe à la temporalité du temps. Il vit dans une étroite éternité semblable à celle que lui procuraient jadis — quand il n'était encore qu'un « moujingue » — les manèges pour enfants. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Protestons contre l'absurdité universelle !

 

Le mot cuisse, quintessence de l'esprit dadaïste.
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Problème d'appât ?

 

Descartes pensait avoir conçu le parfait moulinet de la méthode, mais quand il sortit de son poêle pour l'essayer dans un canal de Leyde, il fit chou blanc. Ça ne « mordait » pas. Les « poiscailles » étaient insensibles à sa « preuve par le parfait » ! 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

mercredi 8 mars 2023

Débraillement de la mort

 

On a tendance à se représenter la mort comme un dandy tiré à quatre épingles, on l'imagine vêtue d'une jaquette ou d'une redingote, mais la plupart du temps, quand elle se présente, elle est fagotée à la six-quatre-deux ! Il lui arrive même de sortir « en cheveux » ! 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Inflation

 

Les salaires stagnent, le prix des denrées augmente, si ça continue, on va se retrouver à poil de Nicosie ! 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

On s'y perd

 

Si vous cherchez dans la littérature une réponse à la question « comment vivre », bon courage. Entre Bartleby qui préférerait ne pas et Barkis qui veut bien, il y a de quoi être déboussolé. Comment savoir sur quel pied danser ? Qu'il est pénible d'être livré à soi-même ! 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

mardi 7 mars 2023

Un gars pas contrariant (suite)

 

L'être est, lui a-t-on dit. C'est un peu difficile à croire, mais comme Barkis, le nihilique veut bien. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Qui ?

 

On vit parce qu'il faut vivre (soi-disant) ; mais on le fait la mort dans l'âme. Qui nous consolera d'exister ? Pas la philosophie ! Peut-être le pape François ?  
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Un douloureux hiatus

 

Heureux ! Heureux celui dont le dehors coïncide avec l'image qu'il se fait de lui-même ! Atrocement « malheuleux », en revanche, celui qui, âgé de quinze ans in petto, dix-sept à tout casser, est prisonnier d'une défroque de « vieux jeton !
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

 

lundi 6 mars 2023

Viscose

 
Heidegger déconseille au Dasein de porter des sous-pulls en viscose, car d'une part ça gratte, d'autre part le Dasein est alors « empêtré » et « empêché » de retrouver son être le plus propre, que seule la conscience authentique de la mort peut lui restituer. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Gnothi seauton

 

« Et toi ? Qui es-tu ?
— Je suis — vous n'allez sans doute pas le croire — un véritable sandre du lac Balaton. »
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Hédonisme pachynihilique

 

Humer le Rien comme on se saoule. Tout simplement, sans penser à demain — à ce « demain » qui vient toujours un peu trop vite. Mais sans penser non plus aux adieux (d'avec la réalité empirique) qui quelquefois se passent un peu trop bien (suicide au monoxyde de carbone, comme Stig Dagerman) . 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

dimanche 5 mars 2023

Anniversaire

 

On est du trois février comme on est de Bezons : sans espoir. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Un calembour

 

Étang de Soustons, deux heures de l'après-midi. L'hygrométrie de l'air est nulle. Dans une épaisseur hostile de verre pilé, deux quidams discutent.
« Monsieur et madame Manvussa ont deux fils, dit le premier. Comment s'appellent-ils ?
— Je ne sais pas, répond le second. Pierre et Paul ?
— Non. Gérard et Alex.
— Hein ?
— Oui. Parce que Gérard Manvussa et Alex Manvussa.
— Ah, bon.
— Oui, mon ami. C'est ce qu'on appelle un calembour.
— Si j'étais seul, je me jetterais instantanément à l'eau. Jamais je n'ai ressenti avec une telle violence le besoin de mettre un terme à tout ça. »
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Rosserie du Grandiloque

 

Dans son captivant livre de souvenirs consacré à Émile Cioran, le professeur Munteanu rapporte que le « négateur universel », jaloux du succès de la Cantatrice chauve de son ami Ionesco, avait surnommé ce dernier un « boulimique maréchal de l'absurdie ». 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Visitation

 

On est allongé sur un canapé en laine, abruti de fatigue existentielle et de dégoût, ressassant la pensée que la vie est une courge amère, quand soudain on entend un léger grouillement. Il est là ! Il est vivant ! Le Rien ! 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

samedi 4 mars 2023

Rumination

 

Non seulement la solitude existe, mais elle vous congèle le cerveau. Elle annule le présent et fait remonter le passé à la surface. On revit ses échecs antérieurs au lieu d'en confectionner de nouveaux. Comme la mort (selon Jankélévitch), la solitude est un « état malaisant ». 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)

Impotence balavoinesque du nihilique

 

C'est le printemps. Sur le cep, le sarment gaillardit. La nature peut. La nature sait. Mais toi, tu ne peux pas, tu ne sais pas, et tu restes planté là. Oui : comme le chanteur Daniel Balavoine. 
 
(Samuel Slippensohn, Follicules palingénésiques)