lundi 13 avril 2026

Bonnes manières

 

Règle numéro un : ne jamais s'imaginer que l'on sait quelque chose.
Règle numéro deux : ne jamais avoir l'air de savoir quelque chose.
Règle numéro trois : croire qu'il est possible qu'il pleuve plus tard.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Automatisme

 

À cause de Lautréamont, il est pratiquement impossible d'emprunter la rue de Castiglione sans penser à un rhinocéros. C'est caïman un réflexe conditionné.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

En rond dans la nuit

 

Au dire du situationniste Guy Debord, « nous tournons en rond dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu. » — Et pourquoi pas, après tout ? Ce ne serait pas pour nous surprendre !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Couvre-chef

 

La casquette du maurrassiste Maurice Pujo n'était pas faite avec du poil de chameau.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 12 avril 2026

Extraction de joie

 

Confucius dit que la joie est en tout, qu'il faut juste savoir l'extraire (comme une racine carrée). C'est formidable, comme nouvelle. 
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un paria

 

Celui qui, comme Émile Cioran et les bouddhistes, révoque en doute la réalité du monde réel, il est mis au ban de la société des hommes. Sa situation rappelle celle de l'arien Théonas de Marmarique, condamné par le concile de Nicée pour avoir contesté la divinité du Christ. On ne plaisante pas avec ces choses-là.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Peut-être Corrèze

 

Les méthodes brutales du destin — le « fatum » des Romains — ainsi que son culte du chef nous font soupçonner qu'il s'agit d'un ancien cagoulard, peut-être Jacques Corrèze.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Jour de gloire

 

Le Moi est content, il a eu sa photo dans le journal. Pour fêter ça, il paye le mousseux. Barrès a dit qu'il passerait.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 11 avril 2026

Information troublante

 

Il n'est pas si sûr, finalement, que le réel n'appartienne pas à la Cagoule de Deloncle. Il aurait été vu en compagnie du boucher Filiol.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Voix intérieure

 

« Je ne fréquente pas Beckett, moi ! Je ne converse pas avec Ionesco, moi ! Je ne discute pas de mythes avec Eliade, moi ! Je ne veux pas qu'on me martyrise avec des couteaux empoisonnés, moi ! Et surtout, surtout : je ne veux pas que le néant me regarde avec ses yeux ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Noir, blanc, nié

 

Nonobstant la rumeur et la contre-rumeur, le pessimisme n'est pas un anti-inflammatoire non stéroïdien. Voir tout en noir ne soulages pas — tout le contraire, même.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

À la Stevenson

 

On aurait bien besoin d'aide pour affronter tout ça — la vie c'est-à-dire —, mais de l'aide, autant en demander à un âne dans les Cévennes ou à un canoë sur les rivières du Nord.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 10 avril 2026

Solitude

 

L'une des incongruités de la vie est qu'on se sent moins seul quand on l'est réellement que quand on est avec des gens qui prétendent vous connaître mais qui en fait n'ont pas idée.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Reproche infondé

 

On peut reprocher bien des choses à la « réalité empirique » — au monde, à la mer, aux forêts —, mais pas d'appartenir à la Cagoule de Deloncle.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal)

Style fautif du réel

 

À mille signes, on reconnaît que le réel n'a pas été traduit par Boris de Schlœzer mais par un gougnafier. Tous ces solécismes !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bien peint

 

Visiter seul un musée de peinture est une expérience traumatisante. N'avoir personne à qui dire que tel tableau est « bien peint », cela fait naître en soi un sentiment de déréliction.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 9 avril 2026

Diarisme

 

Si les individus qui tiennent un journal étaient honnêtes, ils se borneraient à écrire « Aujourd'hui : rien ». Car c'est bien de cela qu'il s'agit. C'est bien à cela que tout se résume.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Instant fatidique

 

C'est au moment où le capitaine Achab perd son foc que l'on comprend que son sort est scellé. Le Pequod n'étant plus manœuvrable, le diabolique cétacé va avoir beau jeu de l'envoyer par le fond.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Risque de pinçon

 

La vie est pleine de déboires, de déceptions et de portes coulissantes. À chaque instant, dans la rue, au bistrot, dans sa salle de bain, on risque se faire pincer très fort (comme Serge le lapin). Il faut être constamment sur le qui-vive.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Reconnaissance

 

Aussi bizarre que cela puisse paraître, il y a des gens qui éprouvent le besoin d'être reconnus — et peu importe par qui.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 8 avril 2026

Misère existentielle de Kafka

 

Kafka était trop bien élevé pour se suicider, mais l'être n'était pas son fort. Il s'est forcé à écrire une couple de romans, mais il a fallu qu'il prenne terriblement sur soi. Car tout le faisait suer à un point qu'on n'imagine pas (ou difficilement).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Contingence du Moi

 

Tout individu est le produit d'une suite de hasards plus ou moins malencontreux. Il n'y a pas de quoi pavoiser ni ramener sa fraise. Et pourtant...
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Nombres premiers

 

Dans ses Entretiens avec Pierre Jouve, Mgr Vingt-Trois dit que le plus grand scandale est qu'on ne puisse intégrer les nombres premiers dans un système radial.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Pour l'amour que je te porte

 

Selon le capitaine Oscar Pilli — qui s'oppose sur ce point à Heidegger et à Leibniz — la question centrale n'est pas tant de savoir « pourquoi il y a en général de l'étant et non pas plutôt rien » que de découvrir « qui a tué le chacal ami de l'homme ». Après enquête, il apparaîtra que c'est un Sarde, un ami des bêtes, le soldat Efisio Puddu.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mardi 7 avril 2026

Ahurissement dialectique

 

Le monstre bipède a voulu faire le malin et maintenant il est prisonnier du moment dialectique hégélien, où « les déterminations finies se suppriment elles-mêmes et passent dans leurs contraires ». C'est pour cette raison qu'il a l'air si ahuri.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Dernier bien de l'apatride

 

Penser à des « biberons Robert » est tout ce qui reste à celui qui a perdu sa patrie. Mais ces protubérances mammaires, il est vrai, contiennent tout. Pensée renouvelée de Hofmannstahl.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Merci Françoise

 

Nous ne trouverons jamais le livre qui nous donnera le fin mot de l'histoire (sur l'existence, et cætera). Ce livre n'a pas été écrit et ne le sera jamais. La faute en incombe principalement à l'éditrice Françoise Verny. Elle a toujours eu le chic pour décourager les auteurs.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Actes gratuits (au sens gidien)

 

Déclarer que « Guy Debord est un con » est un acte gratuit au sens gidien. On le fait sans raison, motivation ou incitation particulières. Au lieu de Guy Debord, on pourrait dire René Char, Michel Serres ou Christian Bobin, ce serait toujours un acte gratuit au sens gidien. Et comme ce sont tous des cons, on a le plaisir d'être véridique en plus de celui d'accomplir un acte gratuit au sens gidien.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 6 avril 2026

Centrisme

 

Dans son livre L'Invitation chez les Stirn, Paul Gadenne décrit de façon romancée une visite qu'il a rendue à l'ancien ministre du Tourisme de François Mitterrand. La conversation tourne notamment autour de la création du Carrefour social-démocrate, en juillet 1977, par Stirn, René Lenoir et Lionel Stoléru, qui fut ensuite absorbé dans le Parti radical valoisien de Jean-Jacques Servan-Schreiber. C'est un livre assez prenant, mais il faut s'intéresser au centrisme.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Une irritation

 

Nous aurions mieux fait de ne pas naître. Ç'a été une erreur magistrale que d'accepter l'invitation des époux Auersberger.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

L'individu selon d'Aquin

 

Dans sa Somme théologique, Thomas d'Aquin définit l'individu comme « le mode de subsister d'une substance particulière ». Il précise que cette définition à l'apparence biscornue n'est pas la sienne exactement, mais qu'il l'énonce au nom du Père, du peintre havrais Raoul Dufy (dont il prévoit la venue) et du Saint-Esprit. Amen.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un impénétrable bovin

 

Le yak méchliche-otém est un bovidé des hauts plateaux de l'Asie centrale qui est si secret, si renfermé, que vous ne pouvez jamais savoir ce qu'il pense de quoi que ce soit.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 5 avril 2026

Peyrouton

 

Fugace ministre de l'Intérieur de Vichy, Marcel Peyrouton ne se déplaçait qu'à pied car on lui avait dit qu'en polonais, peyrouton signifie « à pied ». Mais il se fatigua pour rien car en fait c'est piéroton.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Tubards

 

Crevel et Gadenne étaient des « tubards », tout comme Chopin, Tchekhov, Kafka et la dame aux camélias. Oh, le vilain mot que celui de « tubard » !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Ironisme

 

Dure vie que celle du pince-sans-rire. Comme Unamuno, on ne l'invite jamais dans les coquetèles. Lui, ce n'est pas à cause de son sentiment tragique de la vie — s'il en a un, il ne l'affiche pas —, mais c'est cette manie qu'il a de pincer : ça fait mal, merde !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Impensable hypothèque

 

On n'imagine pas les Toltèques prendre une hypothèque sur la pyramide de Chichén Itzá — non plus d'ailleurs que les Zapotèques, même tenaillés par un pressant besoin d'argent.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 4 avril 2026

Antipathie mutuelle

 

Crisinel trouvait à Crevel une tête de criminel ; Crevel quant à lui jugeait Crisinel cruel. Finalement, de guerre lasse, tous deux se suicidèrent.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sprints giralduciens

 

L'écrivain Jean Giraudoux aimait couper de sprints sa marche vers la mort. Quand ça le prenait, il fendait l'air, il fallait voir ça. On aurait dit Paavo Nurmi. Ou un Zapotèque courant célébrer le dieu créateur des humains et des animaux, Pitao Cozaana.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Rencontrer « Dig »

 

Si ça continue comme ça, on va faire comme Galtier-Boissière, on va aller dîner chez les Aman-Jean. Il y aura peut-être « Dig » ?
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Philosophie grecque

 

C'est Platon qui interpelle Socrate et qui lui demande : « S'il n'y a pas de bulles dans Banga, alors qu'est-ce qu'il y a ? » Et Socrate répond : « De la merde, voilà ce qu'il y a. T'as compris ? Et bise-moi le cul, pendant que tu y es. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 3 avril 2026

Gazouillis littéraires

 

Le Moi de l'écrivain est tout chamarré, on dirait un martin-pêcheur. Et il chante, il gazouille, ba be bi bo bu !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Geste citoyen

 

Désireux de réduire son « empreinte carbone », le négateur Émile Cioran, à partir d'Aveux et anathèmes, recycle des bouteilles en polyéthylène pour fabriquer ses aphorismes, montrant ainsi qu'il est un homme de bonne volonté de Jules Romains.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Martin des Hauts-de-Seine

 

Un qui s'est bien fichu de nous, c'est Roger Martin, l'auteur des Thibault. Il n'était même pas du Gard, étant né à Neuilly-sur-Seine ! Et c'est à un pareil margoulin qu'on a donné le prix Nobel !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Académie française

 

La rancœur d'Edmond Jaloux n'était rien en regard de l'âcreté de Lacretelle.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

jeudi 2 avril 2026

Théorie douteuse

 

Selon Lacan, « le mot est le meurtre de la chose, on la tue en la symbolisant ». C'est peut-être vrai pour certains vocables, mais une chose est sûre, ça ne l'est ni pour hystricognathe ni pour diptérocarpacée.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

L'action et après

 

Dans les cimetières reposent de nombreux quidams qui furent des fanatiques de l'action. On pourrait s'attendre à ce que cela donne à réfléchir au monstre bipède, mais ce serait trop beau.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Existence de la solitude

 

« Ça n'existe pas ? La solitude ? Comment ça, ça n'existe pas ? Pauvre con ! »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Comble de l'inattendu

 

De toutes les choses qui arrivent à l'homme, la plus inattendue n'est pas la vieillesse, comme le croyait Trotski, mais le panaris (qui surgit on ne sait d'où et vous anéantit alors que tout allait à peu près bien, une fois n'est pas coutume).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

mercredi 1 avril 2026

Futurisme

 

Jouer de la flûte sur sa propre colonne vertébrale est un tour de force que Vladimir Maïakovski se vantait de pouvoir réaliser, mais en 1925, le poëte perdit l'équilibre et récolta une vilaine fracture du péroné. Ce fut la fin de ses acrobaties « futuristes ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Froid et dur

 

Depuis que nous avons lu chez Walter Benjamin que « prendre ses repas seul tend à rendre un homme froid et dur », nous ne mangeons pratiquement plus que des nouilles et de la purée (par peur de devenir froid et dur).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)