Chaque
fois que vous êtes abattu en raison de la tristesse de la condition
humaine, essayez d'oublier votre propre personne. Essayez de regarder la
vie comme si vous n'existiez pas. C'est un exercice très difficile, car
il faut éviter à la fois une synthèse abstraite et la réédition d'un
point de vue personnel. Mais pas de panique. Si vous n'y arrivez pas,
avalez du taupicide, et alors, vous n'existerez réellement plus !
C'est
par peur, oui, par peur, que l'homme s'est enduit de la crème fongible
d'une connaissance factice. Par peur, vous m'entendez !? — Oh, et puis
merde.
Célébrons,
oui, soyons festifs en diable et célébrons le prime événement de la
naissance, auquel nous devons de si exaltantes expériences : le
désespoir et la triste solitude.
De
temps en temps, le nihilique réunit dans son salon des partisans de la
théorie du vide dans la nature (par opposition aux partisans de
l'atomisme — ces derniers, il ne peut pas les sacquer). Toutes les
personnes présentes ignorent ou feignent d'ignorer la découverte de la
pression atmosphérique et défendent la doctrine selon laquelle la nature
a horreur du vide. Bref, c'est un salon vacuiste.
Le
nihilique a beau scruter la réalité empirique sous toutes les coutures,
il n'arrive pas à voir si le gel et la pluie vont affecter la prochaine
récolte des si délicates mirabelles. La seule solution est d'attendre.
Et pour sa propre mort, c'est la même chose.
Le
pachynihil est au nihil ce que le dieu Pachacamac est à une « blonde
comac » devant chez qui un certain Lucien dit « le Cheval » se serait fait
dessouder. Ô sublime Pachacamac ! Nous t'adjurons de manifester ta
toute-puissance !
La
femme a ceci de commun avec un muséum d'histoire naturelle qu'elle est
pleine d'animaux empaillés. On peut toujours chercher, il n'y a pas de
vie, là-dedans.
Dès
son plus jeune âge, la femme porte un masque destiné à faire croire à
l'homme qu'elle est « du champagne pétillant de mystère ». Mais derrière
ce masque, que trouve-t-on ? Le vide, l'inertie, l'opacité, la
turpitude.
Jean-Paul
Sartre était sans aucun doute une canaille, mais il a raison
sur un point : dès le moment que Husserl fait du noème un irréel
corrélatif de la noèse et dont l'esse est un percipi, il est totalement
infidèle à son principe.
Exécuter
une dernière ruade contre le monde, c'est ce que fait le suicidé
philosophique en accomplissant son geste fatal. Mais pour y arriver, il
doit d'abord mobiliser tout son fluide néantique !
Les
orbières sont ces morceaux de cuir hémisphériques qu'on met sur les
yeux d'un mulet pour l'empêcher de voir sur le côté. Quant au terme
sursolide, il se dit de la quatrième puissance d'une grandeur (le carré
du carré). « Toute tentative de sédition nihilique se heurte aux orbières
incrustées de la tourbe sociale, aux carapaces de la foi sursolide », a
dit le poëte de façon un peu obscure.
Certaines
personnes du sexe, pour se rendre intéressantes, font « jore » qu'elles
se posent des questions existentielles. Il y en a qui vous font
discrètement connaître qu'elles ont « lu du Kierkegaard » — et même,
pour les plus extrêmes, qu'elles ont « lu du Cioran ». Mais ça ne prend
pas.
Sans
être philosophe, on peut s'amuser à rissoler quelques idées sur l'être,
le néant, et tout ce qui s'ensuit. Mais quant à se risquer au
théorème... Il ferait beau voir !
Caguer
est un sempiternel recommencement. Mais pendant qu'on « fait », le temps
est comme suspendu. Il n'y a vraiment que dans les « ouataires » que
l'éphémère perdure et ne s'use point.
Pour
briser un foraminifère, il faut y aller de toutes ses forces. Ces organismes unicellulaires sont très costauds. C'est pourquoi on les qualifie d'infrangibles. « Les foraminifères infrangibles du néant ».
L'oscabrion
est un mollusque marin gastéropode, au corps ovale, large et plat, dont
la coquille dorsale est recouverte de plaques calcaires, et qui se fixe
généralement sur les rochers. On l'appelle aussi chiton. Le pénible
Hugo l'a qualifié de « scarabée de la vague », mais en fait, les branchies
qui forment un cordon tout autour de son corps font de lui une assez
bonne incarnation du Rien.
Le
trombidion n'a pas son pareil pour être de couleur rouge orangé,
appartenir à l'ordre des acariens et avoir une larve qui pique l'homme,
provoquant des éruptions prurigineuses. Les trombidions se tiennent
surtout dans les plants de haricots et, contrairement au nihilique —
qui est un « gâcheur » —, ils excellent dans leur art (qui est
simplement celui d'« être » — d'être des trombidions, en l'occurrence).
Érosion
de l'esprit, érosion de la volonté, érosion des sentiments... Pas
besoin d'avalanche, de jökulhlaup ou d'orage. Le temps y suffit
amplement. Il arase toute chose, l'excave, la ravine et, dans une
incoercible et infundibuliforme dynamique, l'entraîne vers sa
destination finale : le grain de sable.
Se
lever au beau milieu d'un concert symphonique et s'exclamer : « Je
préférerais un cornichon aigrelet ! » — Voilà ce qu'on appelle le « nihilisme russe ».
Qu'il
serait bon de ne plus penser... D'être de consistance pierreuse... —
Lapidification du cerveau ! Tout de suite ! Que ses bulbes pétrifiés
scintillent dans la délicate lumière du Rien !
D'après Angelus Silesius, « la rose est sans pourquoi, elle
fleurit parce qu'elle fleurit ». Mais ce n'est pas le cas des
cupulifères. Ces végétaux ligneux paraissent obéir à des règles non écrites et ne fleurissent pas n'importe comment.
Tout laisse à penser au contraire qu'il existe une « logique des
cupulifères ».