samedi 7 mars 2026

Champs magnétiques

 

Si vous voulez vous familiariser avec la force de Lorentz, la loi de Faraday et les équations de Maxwell, ne lisez pas l'ouvrage de Soupault et Breton. On en sort gros-jean comme devant. Ces auteurs présentent les choses dans un style exalté qui rend caïman impossible de comprendre les principes physiques sous-jacents.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Une dangereuse rencontre

 

Lors de son séjour à Loches, le plasticien Hans Bellmer rencontra-t-il madame Bellepaire, connue pour avoir de la conversation ? Nous ne pouvons ici que poser la question.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Gens heureux

 

Quand le chanteur Gérard Lenorman a le toupet de nous dire qu'il vient nous chanter la ballade, la ballade des gens heureux, nous phantasmons de le jeter dans le Bosphore, enfermé dans un sac de cuir plein de vipères, comme on faisait jadis aux parricides. Au cul, les gens heureux ! Au cul, le mariage d'André Salmon ! Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu ?
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Trop tard

 

Le monstre bipède aspire par-dessus tout à être aimé, mais quand arrive son tour, il s'entend dire que l'amour, c'est comme le boudin pour les Belges : il n'y en a plus.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

vendredi 6 mars 2026

Hésitation

 

Mort, on est tranquille comme Baptiste, vivant, intranquille comme Pessoa. Le choix devrait être vite fait, pourtant on hésite. Il y a dans la mort quelque chose d'inimaginable, quelque chose de pointu qui nous rentre dans le cul et — c'est terrible à dire — nous empêche de marcher !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Émétiques

 

Que faire quand votre âme est malade ? Quand, le printemps étant trop vert, elle a mangé trop de salade ? Il faut prendre un vomitif tel que le sirop d'ipéca ou — encore plus efficace — la poésie de Bobin.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Changement de doctrine

 

Nous observons une glace à la pistache, et nous frappe soudain l'évidence que la vie est un cône de Roithamer — alors que nous avions toujours cru que c'était une mansarde Höller. Nous devons sans délai « trier et mettre en ordre ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Théâtre de l'absurde

 

Beckett, Ionesco et Adamov n'étaient pas emballés par l'expression « théâtre de l'absurde ». Ils ne voyaient pas où était l'absurde dans leurs pièces. Après s'être concertés, ils proposèrent plutôt « pelote de laine à tricoter » ; mais « théâtre de l'absurde » avait déjà pris, c'était trop tard.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

jeudi 5 mars 2026

Libération d'un poids

 

La mort nous apporte une immense tranquillité d'esprit. On n'a plus à se sentir coupable de ne rien faire puisque chez les défunts l'inaction est pour ainsi dire la règle. On est comme libéré d'un poids.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Tenir un journal à Bezons

 

Si on était Jünger, on écrirait : « Reçu la visite de Friedrich Georg. » Plus quelques observations d'insectes et le tour serait joué. Mais loin d'être Jünger, on est de Bezons ! On ne sait pas quoi écrire !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Qualités inconciliables

 

Pour un historien, il est difficile d'être à la fois démerde comme Braudel et tatif comme Duby.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Maniérisme de Gauguin

 

Les goguenots ou gogues sont les cabinets. Van Gogh allait aux gogues tandis que Gauguin préférait dire qu'il allait aux ouataires.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mercredi 4 mars 2026

Aloyau

 

Dès que votre interlocuteur dit « aloyau », vous savez que vous vous trouvez en présence d'un malotru.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Chez Vidal de La Blache

 

« Sur la carte de la Sicile, il faudrait décaler Catane, décaler Catane. Au bal, au bal masqué. Est-ce bien compris ? 
— Oui. Décaler Catane. Au bal masqué. Ce sera fait. »
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Paramètre équin

 

Un analyste féru d'art naïf ne négligera pas le facteur cheval (dans ses analyses).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

On demande des amis

 

Comme le Victor Bâton de Bove, on aimerait avoir des amis. On discuterait de Kierkegaard, de Maritain... Oui mais va te faire fiche : des amis, il n'y en a pas plus que de beurre au cul.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mardi 3 mars 2026

Inefficace Necronomicon

 

On est allongé dans son lit, la couverture remontée jusqu'au nez, on se dit que ce serait le moment idéal pour mourir, alors on prononce le nom redoutable de Yog-Sothoth et... rien ne se passe.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Un sémiologue increvable

 

Dans les années cinquante, alors qu'il étudiait la sémiologie à Montmartre, c'est fou le travail que Barthes abattait, dans la rue des Martyrs !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Assistance supraterrestre

 

Les tableaux de Raoul Dufy sont si parfaits qu'ils n'ont pu être réalisés qu'avec l'aide du Père et du Saint-Esprit.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Homme unidimensionnel

 

L'homme que nous croisons dans les supermarchés, qui prend les vignettes et possède la carte du magasin, est absolument sans relief. C'est un « homme unidimensionnel d'Herbert Marcuse ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

lundi 2 mars 2026

Pour s'initier à la philosophie postmoderne

 

Écluser une gueuze avec Deleuze... Fumer un « tarpé » avec Lyotard... Et si ça ne suffit pas, jouer au jokari avec Guattari.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Cioraneries

 

Cultivateur infatigable de paradoxes, le négateur Émile Cioran soutenait que Dieu devait tout à Bach. Il disait aussi que la jument d'Henri Michaux était passée dans le pré et avait mangé tout le foin (ce que Michaux contestait virulemment).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Bébert et Frédo croient aux forces de l'esprit

 

« Bébert ?
— Ouais ?
— Toi qui lis du Péguy... Tu crois aux forces de l'esprit ?
— Euh... »
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Genre de l'écrivain

 

Pour être pris au sérieux, quand on est écrivain, il faut se donner l'apparence d'être farouche, lugubre, profondément ruiné de l'intérieur ; il faut être d'une noirceur à la Lautréamont, à la Lucrèce. Sinon, on passe pour un bredin.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

dimanche 1 mars 2026

Temps arrêté

 

« Au troisième top, il sera trois heures du matin. » C'est le message que l'on entend à intervalles réguliers quand on est plongé dans la nuit noire de l'âme de saint Jean de la Croix. Il est transmis par des haut-parleurs. On a l'impression que ça ne va jamais se finir.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Revanche sur la vie

 

Avoir un ptyx dans son salon est le rêve de tout homme que la vie a mal regardé. C'est une sorte de revanche, une façon de dire : « T'as vu ? Quand même ? »
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Une idée simple

 

L'homme dont parle Kafka, qui veut accéder à la loi mais s'en trouve empêché par une porte close, n'a qu'à faire comme Yasuhiro, il n'a qu'à sonner.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Papiers collés, hein ?

 

Peu d'auteurs nous sont immédiatement antipathiques comme Poulot dit Perros. Il nous tape sur les nerfs d'emblée. Il faut dire qu'il fait « jore » à un point extraordinaire.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

samedi 28 février 2026

Précisément cette syllepse

 

Le tableau de Salvador Dali intitulé La Métamorphose de Narcisse est une métonymie, toute autre conjecture serait pépiage. Cette métonymie, précisément cette syllepse, se déploie à partir de l'idée obsédante que l'artiste a un oignon dans la tête.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)