« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
vendredi 23 novembre 2018
Art abstrait
Le Doryphore de Polyclète ne produit pas de matière fécale. Il ne concerne pas l'excrément.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
jeudi 22 novembre 2018
Accipitre
Je suis le volucre que craignent les gens. Mon bec crochu, mes serres acérées, réduisent en charpie leurs livres et leurs idées, leur prétention à « être quelqu'un ».
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Entre deux règnes
Le « Suisse », une fois extrait de la sombre geôle du « boyau culier » et projeté dans l'Ouvert rilkien, exulte dans sa solitude cylindrique. Affichant une si parfaite simulation du minéral, il avertit l'esprit qu'il est de plus vastes lois qui gouvernent en même temps l'inerte et l'organique.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Sus à Calchas !
Dépeindre le soleil comme un furieux ringard. Organiser une Saint-Barthélemy de la raison pure.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Saison des semailles. Le soir
C'est le moment crépusculaire : blotti sous l'auvent du pachynihil, j'admire ce reste de jour dont s'éclaire l'ultime étape de ma désagrégation.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Quand il faut, il faut
L'urgence de la mort ne doit pas occulter celle, plus alogique encore, de l'étron.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mercredi 21 novembre 2018
Sclérose conceptuelle
Le fragment irrégulier, presque informe, qui chez le philosophe occupe la place de la tête, contribue, par ses abrupts, ses échancrures, ses excroissances à donner à l'« ami de la sagesse » on ne sait quoi de hagard et de calciné. Quant à ses syllogismes et concepts, ils offrent à l'imagination le paradoxe d'une sclérose hyperbolique. Ils renchérissent inexplicablement sur l'inerte, ils ajoutent la rigueur de la mort à ce qui jamais ne fut vivant.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Esquive fromagère
La vitrification du Dasein ! Ou non... plutôt : le gruère.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Immarcescible
Rescapée des ébullitions philosophiques et des incandescences conceptuelles, intouchée par la tourbe grisâtre du quotidien, resplendit la beauté pathétique du Rien. De même, aujourd'hui encore, la foudre vitrifie le sable du désert en baguettes barbelées (s'il faut en croire Gragerfis).
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
En radeau sur le pachynihil
De vingt ans à ma mort, je menai une vie d'aventurier, descendant le fleuve impassible du pachynihil.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mardi 20 novembre 2018
Préparation à la mort
Déféquer — sauf peut-être quand il s'agit de jus de betterave 1 —, c'est se préparer à mourir, c'est mourir.
1. Déféquer le jus de betterave, c'est en ôter les impuretés, le clarifier. Chaudière à déféquer. En 1799-1800, Deyeux défèque les jus [de betterave] avec de la chaux (Saillard, Betterave et sucr. de bett., 1923, p. 286).
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Un dur à cuire
L'homme du nihil, il va de soi, n'a ni désir — si ce n'est celui qu'on l'oublie — ni sensibilité. C'est pourquoi il faut beaucoup pour l'émouvoir : des températures de chalumeau et d'arc électrique, des violences de séismes, des spasmes de volcans. Sans compter le temps vertigineux.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Parole de constipé
Le néo-platonicien Plotin définissait la philosophie « ce qui importe le plus ». Mais cette formule ne s'applique-t-elle pas plutôt à l'acte défécatoire ?
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Assez de mots. Un acte !
Se lever un beau matin, tout à fait calme et sûr de soi, et enfoncer quelque chose d'acéré et de définitif dans l'entrelacs de viscères où s'abrite le Moi... Ah, quel délice ! (Les trente-trois délices de Théasar du Jin, Traduction de Simon Leys)
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
De l'hyène
Autant l'humain me répugne, autant l'hyène m'émeut. Sa crinière rude et épaisse, son pelage gris ou fauve, sale, taché de brun, lui confèrent l'allure farouche d'un prophète du Rien. Elle est nocturne et timide, comme le nihilique. Mais contrairement à ce dernier, elle attaque rarement l'homme, préférant se nourrir de charognes, de cadavres qu'elle déterre. Hyène sophistiquée, j'ajoute à la nécrophagie un profond romantisme de l'éphémère — que j'emprunte au Japonais, ce guetteur de chaque instant — et une sombre fascination pour ce qui disparaît.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
lundi 19 novembre 2018
Cimetière marin
Cruel Parménide ! Parménide d'Élée ! M'as-tu assez désopilé avec ton être indivisible, inengendré, et ton non-être qui n'est pas ! Debout ! Dans l'ère successive ! Au pas de gymnastique ! — Ô puissance salée ! Courons au Rien en rejaillir vivant !
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Dans le diverticule des félins
Le temps écrase l'étant existant sous d'énormes brodequins en cuir de vache, éculés comme pour faire ressortir plus crûment encore l'absence de pieds.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Crise de vers
Je dis « la matière fécale » et, hors l'oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d'autre que les tourtes sues, musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous bouquets.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
dimanche 18 novembre 2018
Consolation de la philosophie
Arétaze, dans son Histoire de Phrygie parle de l'idée du Rien, que l'on trouve sur le mont Tmolus — et aussi dans la pachyméninge de l'homme du nihil. Si un eunuque la rencontre, il n'a plus de répugnance pour sa castration et la supporte désormais avec intrépidité. Mais cette trouvaille est fort rare.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
L'ardent pays
La stridulation du pachynihil zèbre la porcelaine du soir. Ô Rilke ! Je déambule dans l'Ouvert, sourd aux imprécations des êtres et des choses. Sombre antichambre de la folie, salle d'attente du suicide, l'existence, perpétuel plagiat !
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
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