On
voudrait mordre les fruits mûrs de l'existence, mais le « prisme » —
ainsi que le béhavioriste Burrhus Frederic Skinner appelle la réalité
empirique — n'est pas un endroit où festoyer (il est trop fétide). Il
n'y a donc pas le choix, il faut festoyer hors du prisme. Seulement
voilà : la perspective de festoyer dans le pachynihil engendre une
angoisse sourde, antagoniste à l'idée même de festoiement. On ne
festoiera donc nulle part, mais ce n'est pas très grave car des études
récentes ont montré que les fruits mûrs de l'existence étaient vénéneux — alors...
Le
nihilique n'est pas un penseur et ne prétend pas au titre de
philosophe. Dans sa cervelle sacculiforme, seule palpite l'idée du vide,
unique affaire de tout anachorète digne de ce nom.
Au
début, on joue avec l'idée du Rien, elle n'est qu'une hypothèse
séduisante et quelque peu baroque. Mais le pachynihil est une plante
vivace, et on se retrouve bientôt la carcasse emprisonnée dans le
convolvulus du nihilisme le plus radical. C'est déjà « malaisant », mais
il y a encore la gêne causée par les moucherons : car comme le liseron,
l'idée du Rien attire les syrphes.
Quand
le nihilique touille le vin, le rhum, la cassonade, le poivre et la
cannelle dans le bol à punch, il est inexorable : rien ne peut s'opposer
à la lustrale giration de sa cuiller.
Toute
l'astuce de la paronomase est d'employer dans une même phrase des mots
dont le son est à peu près semblable, mais le sens différent. Des
exemples classiques sont : « À bon chat bon rat » et « Qui vole un œuf vole
un bœuf ». On le remarque : comme la femme mais sur un plan purement
sonore, la paronomase est chevillée dans l'artifice.
Le
nihilique suit le conseil de Plotin et chemine « seul vers le seul ». Le
monstre bipède, au contraire, va en groupe vers le multiple (il aime les
voyages organisés).
Si
on était poëte, on se risquerait peut-être à définir l'idée du Rien « un
périscope livide qui perce la surface de l'orbe glaiseux ». Quitte à
passer pour un olibrius.
Chaque
fois que vous êtes abattu en raison de la tristesse de la condition
humaine, essayez d'oublier votre propre personne. Essayez de regarder la
vie comme si vous n'existiez pas. C'est un exercice très difficile, car
il faut éviter à la fois une synthèse abstraite et la réédition d'un
point de vue personnel. Mais pas de panique. Si vous n'y arrivez pas,
avalez du taupicide, et alors, vous n'existerez réellement plus !
C'est
par peur, oui, par peur, que l'homme s'est enduit de la crème fongible
d'une connaissance factice. Par peur, vous m'entendez !? — Oh, et puis
merde.
Si
l'ineffable homme des cavernes n'avait pas commis l'erreur de se mettre
à « penser », on n'aurait pas eu à subir, quelques millions d'années plus
tard, de brillants « penseurs » tels que l'affreux Derrida, on n'aurait
pas assisté à une telle « hémorragie névrotique du sens ». On en serait
toujours à s'empiffrer de baies et à se la couler douce sans se poser de « questions existentielles ». Oh, bon Dieu !... Bon Dieu de néandertal !
Célébrons,
oui, soyons festifs en diable et célébrons le prime événement de la
naissance, auquel nous devons de si exaltantes expériences : le
désespoir et la triste solitude.
De
temps en temps, le nihilique réunit dans son salon des partisans de la
théorie du vide dans la nature (par opposition aux partisans de
l'atomisme — ces derniers, il ne peut pas les sacquer). Toutes les
personnes présentes ignorent ou feignent d'ignorer la découverte de la
pression atmosphérique et défendent la doctrine selon laquelle la nature
a horreur du vide. Bref, c'est un salon vacuiste.
Le
nihilique a beau scruter la réalité empirique sous toutes les coutures,
il n'arrive pas à voir si le gel et la pluie vont affecter la prochaine
récolte des si délicates mirabelles. La seule solution est d'attendre.
Et pour sa propre mort, c'est la même chose.
Le
pachynihil est au nihil ce que le dieu Pachacamac est à une « blonde
comac » devant chez qui un certain Lucien dit « le Cheval » se serait fait
dessouder. Ô sublime Pachacamac ! Nous t'adjurons de manifester ta
toute-puissance !
La
femme a ceci de commun avec un muséum d'histoire naturelle qu'elle est
pleine d'animaux empaillés. On peut toujours chercher, il n'y a pas de
vie, là-dedans.
La
notion de pachynihil constitue la clé de l'univers, la clavis
absconditorum. Elle permet de comprendre le Moyen Âge, la Révolution
française, le sens de l'existence, l'âme, les réalités surnaturelles, et
même l'homme de la rue. Par contre, pour ce qui est de se débrouiller
au quotidien, elle n'est pas d'une utilité pharamineuse.
Pas
besoin de compteur Geiger pour déceler la radiance trouble du
pachynihil. Quand on la sent autour de soi, votre pomme d'Adam se
granule de picotis, comme une chair déplumée de poule.
On
reconnait le nihilique aux exquises papules que fait naître l'idée du
Rien sur son enveloppe cutanée. Ces papules, hélas, sont vouées à se
répandre sur le sol grenat, une fois le nihilique devenu, pour le
meilleur ou pour le pire, un suicidé philosophique. De fait, quand on
saute d'un septième étage, les papules explosent littéralement !
Dès
son plus jeune âge, la femme porte un masque destiné à faire croire à
l'homme qu'elle est « du champagne pétillant de mystère ». Mais derrière
ce masque, que trouve-t-on ? Le vide, l'inertie, l'opacité, la
turpitude.
Jean-Paul
Sartre était sans aucun doute une canaille, mais il a raison
sur un point : dès le moment que Husserl fait du noème un irréel
corrélatif de la noèse et dont l'esse est un percipi, il est totalement
infidèle à son principe.
Certains
voient le pachynihil comme une gargousse, quand d'autres reconnaissent
en lui un grappin polycéphale. C'est en tout cas une arme puissante qui
perfore géométriquement l'étant existant et le transperce de part en
part (comme une maritorne hirsute mettant à la broche une volaille pour
la faire rôtir).
Plus
encore que Pierre L'Ermite tonitruant à travers les villes paisibles de
la chrétienté, Savonarole prêchant contre la corruption du clergé ou
John Knox éméché haranguant ses ouailles, le Moi est la figure de
l'imprécation. C'est bien simple, il ne peut jamais fermer sa gueule.
Exécuter
une dernière ruade contre le monde, c'est ce que fait le suicidé
philosophique en accomplissant son geste fatal. Mais pour y arriver, il
doit d'abord mobiliser tout son fluide néantique !