Quand on a
passé la moitié de sa vie à dormir et l'autre moitié à ruminer (sur
l'être, le néant, etc.), mourir ne devrait pas poser de problème. Et
pourtant si. C'est plus fort que soi, on a le trac.
L'histoire
des mathématiques ne nous dit pas si la femme du mathématicien Carlo
Bourlet en avait — et si oui, s'ils affectaient la forme d'une
clothoïde.
Pourquoi
l'homme fait-il le mal ? Pourquoi, autrement dit, est-il un « pot de
pisse certifié » ? C'est la question que se pose Primo Levi dans son
livre Si c'est un homme. Et nous nous la posons aussi, forcément, ne
serait-ce que par mimétisme.
Il est
difficile de trancher si le grand homme de la littérature argentine est
Almafuerte ou Sarmiento quand on ne connaît ni l'un ni l'autre. Disons
Sarmiento, alors — mais sans garantie.
On est
allongé sur un canapé en laine, abruti de fatigue existentielle et de
dégoût, quand soudain on entend un léger grouillement. Il est là ! Il
est vivant ! Le Rien !
La solitude
annule le présent et fait remonter le passé à la surface. On revit ses
échecs antérieurs au lieu d'en fabriquer de nouveaux. Mais comme c'est
toujours plus ou moins la même chose, ça n'a pas d'importance.
L'assassinat
de Dieu par l'homme, Frédéric Nietzsche l'appelle « le régicide fluide du
mésomorphe phasitron » — considérant qu'il fut perpétré sans à-coups
et que Dieu, avec son ossature forte, ses muscles solides et sa capacité
de ventiler les patients, était un mésomorphe phasitron.
L'écrivain
Ferdinando Camion, poids-lourd s'il en est des lettres italiennes, dit
de Primo Levi qu'il ne crie pas, qu'il veut faire crier. Et c'est tout à
fait ça !
« Qu'est-ce,
au juste, qui fonde l'historialité du Dasein, si ce n'est la finitude de
la temporalité ou, si l'on préfère, l'impuissante surpuissance de la
mort ?
— Je ne sais pas. La reine d'Angleterre ? Le pape François ? Ce n'est pas facile, comme question ! »
« Sois raisonnable, quoi... Tu es vieux, tu es vieux, qu'est-ce que tu veux que je te dise... Ça ne sert à rien de se rebiffer.
— Mais c'est que je ne veux pas être raisonnable, moi ! Je ne veux pas
qu'on me jette dans le feu, moi ! Je ne veux pas qu'on me martyrise avec
des couteaux empoisonnés, moi ! Mais surtout, surtout, je ne veux pas
que le Rien me regarde avec ses yeux ! »
Le poëte
Ghérasim Luca a déclaré dans sa lettre d'adieu que s'il se suicidait,
c'était « parce qu'il n'y a plus de place pour les poëtes dans ce
monde ». Il s'est jeté dans la Seine, du coup.
Outre
Verlaine lui-même, le « groupe Verlaine » incluait Arthur Rimbaud,
Tristan Corbière et Germain Nouveau. Ces quatre poëtes, quoique de
sensibilités diverses, étaient mus par un même idéal : l'isolation par
l'extérieur (avec contrat de maintenance et aides de l'État).
D'après Émile
Cioran, la défaite nous apporte une vue plus exacte de nous-mêmes,
alors que Simone, ce n'est pas du tout la même chose, elle nous apporte
une tarte aux poireaux. Oh là là, mais c'est que ça a l'air délicieux !
Un jour, le
philosophe Jankélévitch décida de « penser la mort ». Et c'est ce qu'il
fit ! Il « pensa la mort » ! Le résultat de ses investigations peut être
consulté dans son ouvrage Penser la mort.
Heidegger
déconseille au Dasein de porter des sous-pulls en viscose, car d'une
part ça gratte, d'autre part le Dasein est alors « empêtré » et
« empêché » de retrouver son être le plus propre, que seule la
conscience authentique de la mort peut lui restituer.
« 7 octobre.
Je rencontre Bergson, fusil en bandoulière. “Bonne chasse ?” Il ne
répond pas mais me gratifie d'un sourire jusqu'aux oreilles, ouvre son
carnier et me montre les concepts qu'il a abattus, parmi lesquels se
trouve... l'élan vital ! Je n'en crois pas mes yeux. » (Léon
Brunschvicg, Journal spinoziste, Paris, Alcan, 1907)
Devenu
aveugle, l'écrivain Borges se trouva victime d'un « trouble de stress
post-chromatique ». Il disait qu'il était complètement « dans le pâté ».
Il ne distinguait plus les couleurs.
Chaque
aphorisme est un message que l'on jette à la mer en espérant qu'il
arrivera jusque dans les mains du Président de la République et que
celui-ci, ému par notre détresse, nous procurera argent, santé, ainsi
qu'une femme pourvue de volumineux « biberons Robert » qui nous aimera
malgré notre mauvais caractère.
Triste
destinée que celle de Régine Olsen. Après avoir été « l'écharde dans la
chair » du philosophe Kierkegaard, elle devint une « milf » puis une
« mature woman » et finalement... fut restituée au néant.