En
1900, Paul Rée part pour l'Engadine et s'installe à Celerina où il
prend l'habitude de faire de longues marches dans les montagnes. Le 28
octobre 1901, s'étant engagé sur un glacis au sommet d'une paroi
rocheuse plongeant tout droit dans l'Inn, il glisse, tombe et se noie
dans le fleuve. Il est enterré à Celerina quelques jours plus tard. À la
fin de la cérémonie, en guise de dernier adieu à son ami, Lou
Andreas-Salomé murmure « cranberry sauce ».
Vivre,
se lever, mettre ses chaussettes, etc., cela semble bien correspondre à
ce que H.P. Lovecraft appelle un « rituel hideux ». En mettant ses
chaussettes, on répond sans le savoir à un mystérieux « appel de
Cthulhu », il faut croire.
Chez
Rimbaud, tout est fabriqué ; tout est faux. Ce béjaune vous dégoûte à
tout jamais de la poésie. Mais ses vers, pour faux qu'ils soient,
exercent une action persistante autant que délétère sur le « conscient
intérieur » du sujet pensant. Il est caïman impossible de s'en
débarrasser. Rimbaud est un « polluant éternel » — un pifasse.
Quand
on regarde un Macchabée, on en vient fatalement à se demander si la « rigor mortis » n'est pas un stratagème pour se soustraire à la politique
d'hellénisation pratiquée par les Séleucides au IIe siècle av. J.-C.
Georges
Perec se souviendrait de Lee Harvey Oswald et de son fusil
Mannlicher-Carcano s'il s'intéressait un tant soit peu à l'assassinat de
John Fitzgerald Kennedy. Il se souviendrait de l'officier J.D. Tippit
et du teckel de Jack Ruby, mais pensez-vous... Il n'en tient que pour
Puig-Aubert dit Pipette !
Le
Président Mitterrand surnommait son conseiller « Attali le Chimique » car
ce dernier lâchait des vesses mortelles, surtout depuis qu'il dirigeait
la Banque européenne pour la reconstruction et le développement.
Simone
Weil se livrait à toutes sortes de macérations, elle travaillait en
usine, etc., mais rien n'y faisait, elle n'arrivait pas à purifier son
âme. Elle nous rappelle cette fille de Foix qui avait un problème de
jante : elle avait beau frotter un peu, elle n'avait jamais les roues
nettes.
« Quand
vous serez en Syrie, je veux que vous encercliez Tartous et
l'attaquiez. All right, goddam rascals ? C'm on, let's go ! » Ainsi parla
Pilate à ses légionnaires, selon l'historien Josèphe.
L'existentialiste
est un être perpétuellement en chantier : il se définit soi-même en
étant. En étant de Soustons ? Non pas ! Car il ne tient pas à être
foudroyé par une réminiscence de vocabulaire !
Si
l'on ne veut pas se retrouver — métaphysiquement ! — en slip, il
faut mettre au rancart l'existentialisme tant athée que chrétien et
recentrer le débat sur la primauté de la notion d'être — et c'est
justement ce que fait Étienne Gilson. Le néothomisme ! L'être et
l'essence ! L'essence et l'être !
Le
calculateur prodige Jacques Inaudi ne parlait pas assez fort, ce qui
fait que pour les gens situés dans le fond de la salle il était
parfaitement... les gens n'entendaient rien, quoi.
« T'as vu ça, Dédé ? Y a pas d'herméneutique badiousienne, on dirait...
— Ouais mais c'est pas étonnant vu que Badiou peut pas blairer
l’herméneutique. Il dit que ça lui donne de l'urticaire...
l'herméneutique en général et la suture de la philosophie à la poésie en
particulier.
Le
calculateur prodige Jacques Inaudi pouvait vous extraire une racine en
moins de temps qu'il n'en faut pour cuire des asperges. Charcot
lui-même, le Charcot de la « Salpète », en était soufflé et se demandait
s'il n'y avait pas un truc. Quant à Edmond Husserl, il disait qu'il
n'avait jamais vu pareil phénomène.
La
théorie de la glace cosmique de Hanns Hörbiger, qu'il publie en 1912
dans un ouvrage intitulé Hörbigers Glacial-Kosmogonie, énonce que la
plupart des corps de l'univers sont constitués de glace. Hörbiger
recommande à ses contemporains de porter un slip en laine afin de
protéger du froid leurs « parties sacrées », mais sa thèse et sa
suggestion sont rejetées par la communauté scientifique.
Peut
se considérer comme un paria et un handicapé de la vie celui qui non
seulement ne prend pas les vignettes mais porte au front l'opprobre de
n'avoir pas la carte du magasin.
La
bête qu'il faut tuer pour qu'il soit possible de vivre, c'est le
maringouin — le moustique. Dans son Commentaire de l'épitre aux
Galates, Luther dit la raison mais ce n'est pas à proprement parler une
bête.
Les
mésons sont des hadrons, donc des bosons. Ils possèdent un spin entier.
Comme Antonin Artaud mais pour d'autres raisons, ils sont très
instables, leur demi-vie étant inférieure à un dix-millionième de
seconde. Ils s'entendent assez bien avec les gluons et sont, comme ces
derniers, considérés comme des médiateurs de l'interaction forte. Si
l'on voulait les accabler, on pourrait dire qu'en empêchant les quarks
de se disperser, ils permettent l'existence de l'univers tel que nous le
connaissons.
Dans
son ouvrage Des Atomes et des hommes, Louis Leprince-Ringuet raconte
que l'inventeur du compteur Gégère, Hans Gégère, « craignait les
radicelles gamosépales de son humble mucron nodal ». Cette crainte le
rendait mélancolique et faisait qu'il « n'irradiait pas toujours la bonne
humeur ».
Dans
Madame Bovary, le pharmacien Homais est subjugué par le gros fiacre
d'Emma au point d'en perdre le boire et le manger (voir la scène de la
fin du premier chapitre de la troisième partie). Ce fiacre est, nous dit
Flaubert, « une lourde machine » — ce qui peut expliquer l'émoi du
pharmacien.
Espérer
s'entendre avec une personne du sexe est à peu près aussi réaliste que
de vouloir, comme le Mientus de Ferdydurke, fraterniser avec un valet de
ferme.
Rester
au lit n'est pas une attitude responsable. On le fait pourtant, mais
quand on se réveille, on se dit que ça y est : à être aussi peu
productif, on va encore perdre des « points de pibe ».
Il
est dans la nature de l'homme de penser, même dans les circonstances
les plus tragiques, à des calembours stupides tels que Rudol Fesse ou
encore le trou (de mémoire) de Baldur von Schirach. Cette immaturité
gombrowiczienne ne plaide pas en sa faveur.