mardi 24 mars 2026

Lassitude de Giacometti

 

Le 11 janvier 1966, en fin de matinée, le peintre et sculpteur Alberto Giacometti regagne à pied son domicile en suivant la rue de la Gaîté. Il vient d'acheter de la charcuterie. Tout à coup il s'arrête, pose à terre son paquet, s'assied sur le trottoir et meurt. Comme l'architecte David Vincent, il était « un homme trop las pour continuer sa route ». Si un vaisseau spatial s'était posé dans les parages quelques minutes après, ç'eût été le bouquet — mais non.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cruauté de la vie

 

Son terrible handicap n'empêcha pas Louis Mexandeau de devenir ministre, mais il ne pouvait pas porter une hotte et était obligé de dormir sur le ventre.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Bric-à-brac philosophique

 

Deleuze et ses rhizomes... Lacan et ses mathèmes... Heidegger et ses être-quelque-chose... La philosophie est un véritable bric-à-brac. Pour reprendre l'expression de Lichtenberg, il n'y manque que la chaise percée du Dalaï-Lama.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Idéal philosophique grec

 

Les philosophes grecs, les Socrate, les Platon, les Aristote, n'oubliaient pas leur idéal quand ils prenaient l'apéritif. Encore et toujours, ils voulaient du beau, du bon, parfois même du bonnet (pour avoir bien chaud à la tête).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

lundi 23 mars 2026

Combinaisons péguyiennes

 

Péguy nous exhorte à dire ce que l'on voit, à voir ce que l'on voit et à dire ce que l'on dit. La seule combinaison qu'il exclut est de voir ce que l'on dit, on ne sait pas pourquoi.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Aux champignons avec le Dante

 

Ayant parcouru environ la moitié du chemin de notre vie, nous entrons avec le Dante dans une forêt obscure. Nous allons aux champignons. Il a l'air de s'y connaître et dit que c'est un bon coin pour les cèpes, alors... ce serait bête de ne pas y aller.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Amnésie volontaire

 

Les bourgades de la Manche, Cherbourg, Saint-Lô, Avranches, etc., sont si lugubres que Cervantès ne veut pas s'en rappeler le nom. C'est lui-même qui le dit au début du Quichotte. Il ne fait grâce qu'à Ducey, à cause de son vieux pont sur la Sélune.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

La métamorphose

 

Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa se découvrit frappé d'alopécie. Il n'avait plus un poil sur le caillou. « La journée commence bien », se dit-il. Il regarda par la fenêtre ; on entendait des gouttes de pluie sur le zinc. Ce temps brouillé aggrava sa mélancolie ; déjà qu'il avait la boule à zéro, et maintenant la pluie.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

dimanche 22 mars 2026

Yeux au cul de Chagall

 

D'après son ami Blaise Cendrars, le peintre Chagall peignait avec une sardine, parfois même avec une vache, suivant ce qui lui tombait sous la main. Cendrars affirme également que Chagall avait « les yeux au cul » mais cela paraît trop extraordinaire pour être vrai.
 
Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

 

À Pouldreuzic

 

Il y a des endroits où l'on n'ira jamais, par exemple Pouldreuzic. Et pourtant, c'est peut-être justement là qu'on aurait dû aller. C'est peut-être justement là que nous attendait notre destin.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Sagesse de Palivec

 

L'art, la science, la philosophie, la religion, l'amour, les bonnes femmes, tout ça ne vaut pas tripette. D'accord avec Palivec, le patron de la brasserie Au Calice, nous répétons après lui : « Autant vaut la merde. »
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Présence de Virgile

 

Dans l'étude qu'il a consacrée à Virgile, Sainte-Beuve révèle que le poëte, en panne d'inspiration et à court de moyens, dut travailler un temps comme agent de sécurité dans un hypermarché des environs de Mantoue.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

samedi 21 mars 2026

Omniprésence divine

 

S'il faut en croire le vénérable Bède, le démiurge possède un trait en commun avec Lucien Rebatet et Pierre-Antoine Cousteau : il est partout.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Rien que du mou

 

Comme le peintre Grandgil lorsqu'il prend à partie le bistrotier Alfred Couronne, nous demandons à l'autrui lévinassien ce qu'il est venu foutre sur terre, nom de Dieu. Nous lui demandons s'il n'a pas honte d'exister et s'il ne va pas changer de gueule un jour. Nous ajoutons « saloperie, va ».
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Barbecue scolastique

 

Manger des chipos avec Guillaume de Champeaux ; discuter avec lui de réalisme et de nominalisme ; pour le faire bisquer, affirmer après Roscelin que les universaux sont des abstractions qui n'existent que dans l'esprit de celui qui les forme.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Cocuage inéluctable

 

Dans la vie, on peut être de bonne foy autant que le poëte des Planches courbes, on peut avoir des principes autant que Gavrilo, on ne s'en retrouve pas moins cocu comme Phillip.
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

vendredi 20 mars 2026

Règle de conduite

 

On croit qu'un assassin n'a pas de principes, mais Gavrilo en avait : il ne tuait que les archiducs (et leur bonne femme, si elle avait le malheur d'être dans les parages).
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Aberrations

 

On n'a pas idée d'habiter seul avec maman dans un très vieil appartement situé rue Sarasate, à deux pas de l'ancien hôpital Boucicaut. Cela défie le sens commun. Quant à exhiber son fiacre sur la scène d'un cabaret, on n'en a pas idée non plus, et l'eût-on... encore faudrait-il posséder un fiacre !
 
(Maurice Gaber, Pensées de Pascal et d'ailleurs)

Un comble de bougre

 

En russe, si l'on vous demande si vous allez bien, ce qui se dit « caque dis-là », il faut répondre « Albert Caraco », soi-disant. Le penseur crépusculaire ! Pour dire que l'on va bien ! C'est un comble, et même un comble de bougre !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Moralité des Montparnos

 

Si Jules n'était pas scin, Chagall ne l'était guère non plus.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

jeudi 19 mars 2026

Crack-Up

 

Pour réparer une fêlure existentielle à la Scott Fitzgerald, on peut chercher de l'aide chez Gabriel Marcel, Karl Jaspers ou Maurice Nédoncelle, mais d'après Nagarjuna le Nihiliste, le plus simple et le plus efficace est d'engloutir une énorme portion de tarte aux fruits accompagnée d'un « coup de mousseux ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Survivre sans archives

 

Sentant sa mort prochaine, le sociologue Marcel Gauchet ne fit pas venir ses enfants, ne leur parla pas sans témoins, il fit mieux : il confia ses archives à l'Imec. Puis il attendit, il attendit, mais rien ne se passa. Il était toujours vivant mais il n'avait plus d'archives !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Aime Bram van Velde ou meurs (socialement)

 

Il n'est pas aisé de trouver de la beauté et de la profondeur dans les tableaux de Bram van Velde, mais il faut pourtant y parvenir (ou faire semblant d'y être parvenu) si l'on veut éviter de passer pour un bredin et conserver un semblant de vie sociale.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Simone s'en va

 

Quand Simone s'en allait, par exemple à Dieppe, Émile Cioran trouvait qu'elle s'en allait comme un soleil qui disparaît, comme un été, comme un dimanche. Il avait peur de l'hiver et du froid, il avait peur du vide, de l'absence. Les oiseaux ne chantaient plus, le monde n'était qu'indifférence. Alors pour se remonter le moral, il écoutait de l'Alain Barrière.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mercredi 18 mars 2026

Tribulations de Phil Ochs

 

C'est dans une profonde détresse qu'il erra, Phil Ochs, avant de se suicider. Des piqûres sur ses racines avaient provoqué la formation de tubérosités qui s'étaient ensuite infectées. Le traitement par le sulfure de carbone s'était révélé inefficace. Il ne restait plus au chanteur qu'à se pendre (ce qu'il fit, chez sa sœur Sonny).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Poésie champêtre

 

Par les couloirs méandreux de la poésie champêtre, Horace et Tibulle deçà vont. Delà aussi, parfois, suivant comme ça se trouve.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Association d'idées

 

Croiser Michel Mohrt à Venise, c'était la garantie de penser dans la minute suivante à Gustav von Aschenbach et au jeune Tadzio.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Rit d'ocre à moisi

 

Raymond Roussel était très fier de son procédé d'écriture fondé sur des substitutions de lettres et des associations de mots. Que ses livres fussent illisibles ne le dérangeait pas, non plus que de n'avoir aucun lecteur. À la fin, tout de même, il se suicida. Sur sa table, un dernier texte, La mort viendra et elle aura tes yeux, terminé par « Assez de mots. Un acte ! » Il montrait ainsi la voie à l'Italien Pavese qui s'inspirera de ce modus operandi dix-sept ans plus tard.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mardi 17 mars 2026

Comme Bartleby

 

Considérant que quand on fait ceci, on pourrait aussi bien faire cela, on arrive vite à la conclusion que le mieux est encore de ne rien faire, comme le Bartleby de Melville. Mais on peut aussi s'inspirer du héros de l'Alectone de Crisinel qui « fait le mort, comme un cloporte » (ce n'est pas compromettant).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)