« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
vendredi 28 décembre 2018
Tentative désespérée
À l'approche imminente du trépas, il n'est pas rare que le Dasein s'écrie : « C'est un malentendu ! Il y a maldonne ! Je suis le créateur John Galliano ! » — mais c'est en vain : bon gré mal gré, il doit bientôt se faire à sa nouvelle condition de de cujus. Il est, comme on dit, « décédé ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Rien de nouveau sous le soleil
Comme l'a remarqué Démocrite, « les porcs se vautrent dans le fumier ».
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Un ours
L'homme du nihil ne supporte aucune compromission avec le « fétide et rébarbatif réel ». Il doit parfois en absorber un élément fortuit, imprévisible, une écharde, mais il n'est jamais altéré que par violence. En outre, il cherche subito presto à expulser l'intrus de sa pachyméninge. Il ne l'accepte jamais que comme une brimade qu'il doit passagèrement tolérer. Comme il préfère l'intégrité géométrique du nihil au radotage et à la belote, il n'a pas d'amis et passe pour un être profondément asocial.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
jeudi 27 décembre 2018
Couleur optique
Sur les ailes de certains papillons, par exemple le Mars changeant — mais on pourrait également citer le morpho —, le gris poussière du Grand Tout bascule d'un coup dans le bleu électrique du Rien suivant l'incidence de la lumière. De telles métamorphoses n'ont rien pour étonner l'homme du nihil : que la morosité le prenne, qu'il soit exposé à l'idéalisme fichtéen, et un banal flacon de taupicide lui paraît soudain un chatoyant paradis.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Déroute existentielle
Les vertus laxatives de l'heure font du suicide une orge pressante, trop pressante.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Langage
Le nihilique trouve dans la rigueur du langage un garde-fou salutaire contre le laisser-aller qui procède sournoisement de l'idée du Rien. Il se défend d'ajouter aux mots des suffixes qui rendent nécessaire de délibérer pour en saisir le sens. Il prise la sobriété dans le syntagme comme en toute chose. Ainsi, il ne parvient pas à croire qu'un mot de plus de quatre syllabes soit nécessaire pour signifier la notion capitale de pachynihil.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Synthèse
Je voudrais que ma vie se résumât à un mot — celui zingibéracé.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mercredi 26 décembre 2018
Beau sexe
Autre caractéristique de l'homme du nihil : la fascination et le recul devant l'immensité spongieuse de la femme, qu'il imagine, on ne sait pourquoi, « gorgée de miasmes, de pestilence, de fermentations délétères ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Heautontimoroumenos
L'individualité irréfutable du « Suisse » fait du sujet déféquant un bourreau de soi-même, un heautontimoroumenos.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Réel fossile
L'homme du nihil n'aime la « réalité empirique » que broyée — si possible réduite à un tas de sciure — ou fossile — quand le temps a enfin saturé de silice ses fines cellules. L'état pétrifié est à vrai dire celui qu'il préfère. Changé en pierre, le rébarbatif réel n'a plus les odeurs nauséeuses de la forêt après la pluie, mais une seule et pour toujours : celle du Rien, plus délectable que les effluves insinués du santal et que ceux suaves et douceâtres du cèdre.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Brrr !
Rien n'égale la glaçante étrangeté de cette révélation : la sarigue est pédimane.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mardi 25 décembre 2018
Réminiscence
Étang de Soustons, deux heures de l'après-midi. Un peu à l'écart, un suicidé philosophique échafaude impunément ses losanges de bronze dans la stupeur solaire. L'hygrométrie de l'air est nulle. Pas une goutte d'eau non plus à terre, dans une épaisseur hostile de verre pilé. — Suicidés philosophiques, victorieux des mers et des déserts, qui suscitez, de nos jours encore, d'étranges témoignages sur votre pouvoir de résistance et de prolifération, je vous salue !
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
La vérité sur les féculents
Progressons dans la voie du suicide : enfermons tout l'encéphale dans une pluche de pomme de terre.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Immortalité
Les coquilles des mollusques, les ramures des cervidés, l'ivoire et la corne, la carapace des tortues, l'ambre gris des cétacés... On n'en finirait pas d'énumérer les appendices extérieurs des corps vivants qui, parce qu'ils échappent à la décomposition organique, ont instillé dans l'esprit du monstre bipède l'extravagante idée de l'immortalité. Mais quant à l'homme du nihil, il n'est pas si facile à duper : il a lu Marc Aurèle.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Une drôle d'idée
« À cette époque, j'imaginai de mettre un point final à la littérature en y instaurant la dictature de la fécalité, en remplaçant dans les brochures les mots par des étrons. »
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
lundi 24 décembre 2018
Végétation
La nature selon Gragerfis : « une immense et comme invincible réserve de forces femelles, à la fois passives, sournoises et voraces ». Dans son Journal d'un cénobite mondain, l'infatigable polygraphe confie que ce déchaînement lent et silencieux lui a toujours causé « une peur atroce ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Arcane
Les excréments ne coïncident pas, il s'en faut de beaucoup, avec l'étendue et la variété du monde. À l'évidence, le monde contient quantité d'autres êtres ou choses, dont certains attirent et surprennent autant. Mais aucun objet, aucune créature, n'interroge davantage l'étant existant — le fameux « Dasein » des existentialistes — que ce hiéroglyphe protéiforme et versicolore : l'étron.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
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