À
la fin de sa sonate n° 18 en mi bémol majeur dite « La Chasse », Ludwig
van Beethoven, qui était féru de fauconnerie, décida d'introduire un
gerfaut, mais il se posa longtemps la question de savoir s'il fallait le
jouer allegro ou moderato. Il opta finalement pour cette dernière
solution et bien lui en prit.
Si
on en avait les capacités, il faudrait dire ce qu'on pense de la vie et
de la mort, histoire de se soulager un bon coup. Cela pourrait prendre
la forme d'un ouvrage en deux parties : tome 1 : De la vie ; tome 2 : De
la mort.
Un jour, comme elle s'enquérait
du poëte Verlaine auprès d'un quidam, Rosemonde Gérard s'entendit répondre : « Verlaine ? Il est parmi l'herbe, Verlaine ! Alors dégage ! Et bise-moi le cul, tant que tu y es ! » — Un lecteur de Mallarmé ?
D'après
Pappus d'Alexandrie, la courbe liminale de la chrysalide est une
conchoïde de Nicomède, c'est-à-dire une courbe d'équation polaire rho =
(a / cos theta) + d où a est la distance du pôle à la directrice. Selon
le même Pappus, il est quasi impossible de rendre cette courbe plus
rigide par des chants et des rites magiques.
Quand
la mort vous tend la main, vous devenez minéral, vous devenez de l'eau,
vous devenez n'importe quoi, hormis un homme. Heureusement, ça n'arrive
pas tous les quatre matins. Sinon ce serait « malaisant ».
Le « monstre bipède » se complaît à jouer des mauvais tours, le destin
également, ce qui fait que la vie est pleine d'entourloupettes. Elles
finissent par s'agglomérer en gélatine, formant ce qu'on pourrait
appeler une gélatine d'entourloupette.
La
mort est un ophicléide aux mélodies radicales, qui vous empoigne avec
vigueur : on n'a pas fini d'entendre l'ouverture du Songe d'une nuit
d'été qu'on est déjà comme qui dirait « décédé ».
En 1955,
au Congrès international de linguistique qui se tenait à Oslo, les
conférenciers, à l'issue du banquet, levèrent leur verre empli de
phonèmes (ba, be, bi, bo, bu) à la mémoire d'un nihil antique.
Tous
ceux qui ont étudié le dandysme ont sous-estimé voire complètement
ignoré l'importance du cervelet. C'est pourtant à son cervelet que le « monstre bipède » doit de pouvoir faire des ajustements posturaux
dynamiques, et diriger ses membres pour effectuer un mouvement
déterminé. Le cervelet n'est pas à l'origine du mouvement, certes, mais
il contribue à la coordination, à la synchronisation et à la précision
des gestes. Sans cervelet, point de dandy.
« Délicieux
Rebatet, on le voit, si différent de l'exotisme d'un pittosporum, et
pourtant si forcené dans sa passion des décombres. » (Helena Miklowska)
Que
la terre soit bleue comme une orange, cela est plutôt douteux, mais ce qui
est incontestable, c'est que l'univers est silencieux comme une langue
de bœuf.
Quand on
pense que l'homme, cet être chétif, vil et plein de « boyaux combinards »
se mêle de philosophie et disserte sur les « fins ultimes », on a envie de
faire « Pouah » et de cracher de dégoût.
Tel
un monstre à deux têtes entreposé dans la réserve de quelque faculté de
médecine, le nihilique — mais n'est-ce pas le cas de tout homme ? —
baigne dans le formol inadéquat du temps.
Le
renoncement prend parfois la forme de médicales fougères (avec
lesquelles il est doux de caresser son âme), parfois celle d'âcres
tubercules (qu'il faut mâcher consciencieusement et qu'on avale en
faisant la grimace).
La vie
n'est pas une délicieuse mouclade. On ne sait pas très bien ce que
c'est. Un empyreume pour les sots ? En tout cas, ce n'est pas une
délicieuse mouclade.
Si
on était un Russe de la littérature, la vie serait de tout repos.
Frappé d'un coup du sort, on se réfugierait dans la bestialité, dans
l'inconscience ou dans l'hérésie. Mais quand on a le malheur d'être de
Bezons, on n'a d'autre recours que la contemplation dans la souffrance.
Celui
que le « fétide et rébarbatif réel » fait s'embouquer en d'usuelles
asphyxies, comment s'intéresserait-il au bergsonisme ou à la philosophie
de Maritain ? Se moquer du monde — et de « l'être » en général — est
la seule occupation qu'il trouve encore quelque peu exaltante, c'est son
unique « raison de vivre ».
Le
vocable possède un point commun avec la trompe de l'éléphant et la
queue du pangolin : il est préhensile. Sa fonction première n'est pas la
préhension, mais il peut bel et bien servir à prendre, à saisir des
objets, ainsi que le montrent maints exemples de la vie quotidienne. Son
utilité ne s'arrête pas là : on peut aussi l'arc-bouter contre
l'encoignure du Tout pour étançonner ce dernier.
De
quelque façon qu'on s'arrange pour enjoliver les choses, vivre revient
toujours à mener l'existence d'un cafard suintant recroquevillé dans la
boue d'un marais.
Un
chenapan ayant introduit un caramel mou dans le réservoir de sa
Panhard, Françoise Sagan dut faire appel au rugueux vocable pour, de ce
réservoir, extirper d'un coup le sucre et l'essence (elle avait d'abord
essayé avec « l'impassible émotion du chaos » mais ça n'avait pas marché).
Les « lettres d'adieu » en témoignent : la proximité de la mort transfigure
le « conscient intérieur » et estompe sa dimension contingente de réelle
fioriture.
Certains
bouddhistes (ceux de l'école dite nihiliste) passent leur vie à
dissoudre la substance de l'univers. Ils cherchent sans répit la grande
illusion qui se déploie derrière la « réalité empirique ». Mais une fois
parvenus face au vide suprême, face à l'abîme du non-être... ils ont les
chocottes ! C'est du moins ce que prétend Mircea Eliade. Il parle de « rapt extatique » plutôt que de chocottes, mais n'est-ce pas plus ou
moins la même chose ?