lundi 26 octobre 2026

Du Boudin

 

« Tiens, dit Baudelaire à Poulet-Malassis qui visitait avec lui le Salon, voilà du Boudin. » Et en effet, c'était le tableau Un pardon à Sainte-Anne-la-Palud.
 
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un cacique

 

En le dotant d'un collier de barbe, Hergé veut nous faire comprendre que Walter Rizotto, le photographe des Bijoux de la Castafiore, est un « cacique du Parti Socialiste ».
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un démon

 

Jean-Paul Sartre dit qu'il n'est pas besoin de gril, que l'enfer c'est les autres. Et c'est peut-être exagéré, mais il faut reconnaître que l'autrui lévinassien a tout d'un démon : il crache, il rote, rien ne l'arrête, sous le prétexte saugrenu qu'« aujourd'hui c'est la fête ». On aimerait en faire de la chair à saucisse ou à pâté.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Petit homme

 

Un pigeon vient-il de déféquer sur votre véhicule qu'aussitôt vous vous sentez comme le Makar Diévouchkine des Pauvres gens ou l'Akaki Akakiévitch du Manteau : vous êtes l'archétype absolu du « petit homme » (malenki tchelovek), insignifiant pour la société mais grand par la pitié que vous inspirez.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

dimanche 25 octobre 2026

Pusillanime Moi

 

Il faudrait, comme Ribemont-Dessaignes, mettre en scène le drame entre le dur et le mou, le durable et le périssable, et chercher à retrouver sous les conventions la saveur du réel, mais voilà, on n'ose pas.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Dilettantisme du groupe Verlaine

 

Appelés chez un particulier pour isoler une maison par l'extérieur, les membres du groupe Verlaine — Arthur Rimbaud, Tristan Corbière, Germain Nouveau, Verlaine lui-même — composaient qui un sonnet, qui une ode, qui une ballade, qui un haïku. Ils n'isolaient rien ou quasi ! Ils étaient nuls en isolation !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Rue Labat

 

Est-ce une Polonaise que navre le souvenir des partages ? Au coin de la rue Labat, dans le dix-huitième arrondissement, la fille de joie est en proie à une immense tristesse de Chopin.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Sagesse de Meaulnes

 

« Vivre, dit Meaulnes soudain, c'est souffrir sous Ponce Pilate. » « Eh bien mon poteau ! répondit Seurel. Ça promet ! »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

samedi 24 octobre 2026

Souci des équipages

 

Le béjaune Rimbaud joue les durs, il prétend qu'il est « insoucieux de tous les équipages » mais cela nous fait plutôt sourire. Nous ne sommes pas dupes. Si quelqu'un a jamais été soucieux des équipages, c'est bien lui. Littérature ! Comédie ! Bluff !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Li Po campe

 

C'est l'été. Les poëtes chinois sont en vacances. Tou Fou randonne et Li Po campe. Quant à Hanshan, on ne sait pas ce qu'il fait.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un comble de bougre

 

Si l'écrivain Jacques Kérouac avait été petit avec de grandes oreilles, personne ne lirait plus ses livres aujourd'hui. Mais il était grand avec des oreilles normales, il portait le même blue jean que James Dean — il faisait sa frime — et comme ce dernier, se donnait des allures de rebelle. Avec tous ces atouts, il était assuré de passer à la postérité. Le contraire eût été un comble et même un comble de bougre ! 
 
Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Bessemérisation du Moi

 

La vie — c'est-à-dire la mort puisque celle-ci démarre à la naissance — fonctionne selon le principe du convertisseur Bessemer. Elle utilise l'oxygène de l'air pour vous convertir. « Allez, encore une petite lichée. »
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

vendredi 23 octobre 2026

Ruse diabolique du Grandiloque

 

Le négateur Émile Cioran avait une vision si précise de l'avenir que s'il avait eu des enfants, il les eût étranglés sur l'heure. Son forfait accompli, il eût — diabolique subterfuge ! — placé les cadavres dans le congélateur de Véronique Courjault afin de tromper le flair des limiers de la PJ.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Réfutation expérimentale du béjaune

 

Pour prouver que le béjaune Rimbaud a tort et que l'on peut être sérieux quand on a dix-sept ans, nous allons nous munir d'un ampèremètre, d'une pince à circlips et d'un pistolet à wrapper.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Pas un homme

 

Un individu qui n'a jamais ressenti le besoin de s'asseoir sur la banquette de la salle Bordone pour contempler l'Homme à la barbe blanche du Tintoret, un tel individu n'est pas un homme. C'est un minéral, c'est de l'eau, c'est n'importe quoi, hormis un homme.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Filalakéna

 

Il n'y a rien de plus horripilant que de se voir jeter à la figure des noms d'instruments que nous ne connaissons pas. Alors quand le chanteur Le Forestier nous invite à aller écouter Tom à la guitare et Phil à la « quéna », nous voyons rouge, nous sortons de nos gonds, nous voudrions les jeter dans un chaudron d'huile bouillante, lui, son Phil et sa « quéna ». Nous t'en foutrons des quénas, nous, tuouaouar !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

jeudi 22 octobre 2026

Un chef-d'œuvre incompris

 

Le palindrome « Tu l'as trop écrasé, César, ce Port-Salut » : plus profond et plus exhaustif qu'aucun des drames de Shakespeare, bien au-dessus même du Faust de Goethe, proche des sommets wagnériens Tristan et Parsifal. Mais aussi : la plus grande et la moins comprise des créations de l'homme.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Avec le temps qu'arbre défeuille...

 

Moulinot... Son magasin d'articles de pêche sur la place du Marché à Cajarc... Sa faconde méridionale... La fierté modeste qui ennoblissait ses traits quand il parlait des « vers de terre de chez Moulinot »... Où t'es-tu en allé, cher Moulinot ? Qu'ils sont loin, les jours de notre innocence ! Jeunesse, belle jeunesse, reviens !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Wou-Wei

 

Les taoïstes font leurs courses, mangent et vont aux ouataires comme tout un chacun. Leur doctrine du « non-agir » n'est pas excessivement sévère. C'est une chance pour eux, parce que sinon... nous ne disons rien mais nous savons ce que nous savons.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Ravage de Barjavel de l'intranquillité

 

En octobre 1984, Fernando Pessoa passe ses vacances dans les Vosges quand éclate l'affaire dite « du petit Grégory ». Bien que parfaitement innocent, le poëte, intranquille de nature, est transi d'angoisse à l'idée d'être mis en examen par le juge Jean-Michel Lambert. Pour échapper à cet opprobre, il bourre ses poches de petits cailloux et va chercher la mort dans le crépuscule liquide du fond de la Vologne. Ravage de Barjavel de l'intranquillité !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mercredi 21 octobre 2026

Encore l'alarme

 

« Ohé ! Partisans ! Ouvriers et paysans !
— Ouais ? Quoi ?
— C'est l'alarme !
— Quoi ? Encore ?
— Ouais.
— Merde, ça commence à être chiant. » 
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Salop de Pavese

 

Quand Cesare Pavese déclara à sa fiancée que la mort viendrait et qu'elle aurait ses yeux, la fille se mit en boule et le traita de tous les noms dont celui salop. Pavese dut lui faire manger de la tarte aux fruits pour la calmer.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Récriminations fauvistes

 

Les fauves se plaignaient : Vlaminck du Saint-Esprit ; Derain du Père ; Raoul Dufy.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Roman de chevalerie

 

Dans Amadis de Gaule, le Chevalier de la Verte Épée accuse le géant Abyès de l'avoir mal regardé et lui demande s'il a un souci. Cela provoque le courroux du géant. Les deux protagonistes échangent des horions.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

mardi 20 octobre 2026

Fantaisie champêtre

 

Il faut imaginer non pas Sisyphe heureux mais le préhistorien André Leroi gourant (après un mammouth).
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Épreuve de vérité

 

« Arrière, poussière !... Laissez-moi !... Je fais le zouave, entendez-vous ?... Je fais le zouave !... » —  Pour pénétrer quelqu'un, pour le connaître vraiment, il suffit de voir comment il réagit à cet aveu de Tryphon Tournesol. S'il ne comprend pas tout de suite, inutile de continuer : c'est un disciple de Derrida qui, comme son mentor, cherche à théoriser le concept d'écriture comme force intra-discursive capable de dénoncer les effets de vérité dans le discours métaphysique.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Un phénomène

 

Henri Michaux n'est pas des nôtres. Il n'a pas bu son verre comme les autres (il dit qu'il n'aime pas le mousseux). C'est à croire qu'il fait tout pour se singulariser. Sa dernière invention : il ne vit pas comme le commun des mortels, il vit « dans les plis ». Husserl dirait de lui qu'il est un véritable phénomène.
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

Espace du dedans

 

L'espace michaldien par excellence est celui du dedans. Il n'est pas de Baire, mais une fois aménagé, on peut y donner des coquetèles. Le poëte, d'ailleurs, ne s'en privait pas. Il disposait quelques poufs çà et là, il démarrait son tourne-disque, et c'était la « fête au village » : mescaline à volonté !
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)

lundi 19 octobre 2026

Les Bernoulli

 

Nous auront-ils fait souffrir, ces odieux Bernoulli, avec leur calcul infinitésimal, leurs équations différentielles et leurs probabilités ! Ils auront été notre Némésis, ni plus ni moins. Pourquoi se sont-ils occupés de mathématique ? Ils ne pouvaient pas faire du gruère ou fabriquer des coucous, comme les autres Suisses ?
 
(Samuel Slippensohn, Méditations en forme de tourte)