« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
mercredi 26 décembre 2018
Beau sexe
Autre caractéristique de l'homme du nihil : la fascination et le recul devant l'immensité spongieuse de la femme, qu'il imagine, on ne sait pourquoi, « gorgée de miasmes, de pestilence, de fermentations délétères ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Heautontimoroumenos
L'individualité irréfutable du « Suisse » fait du sujet déféquant un bourreau de soi-même, un heautontimoroumenos.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Réel fossile
L'homme du nihil n'aime la « réalité empirique » que broyée — si possible réduite à un tas de sciure — ou fossile — quand le temps a enfin saturé de silice ses fines cellules. L'état pétrifié est à vrai dire celui qu'il préfère. Changé en pierre, le rébarbatif réel n'a plus les odeurs nauséeuses de la forêt après la pluie, mais une seule et pour toujours : celle du Rien, plus délectable que les effluves insinués du santal et que ceux suaves et douceâtres du cèdre.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Brrr !
Rien n'égale la glaçante étrangeté de cette révélation : la sarigue est pédimane.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mardi 25 décembre 2018
Réminiscence
Étang de Soustons, deux heures de l'après-midi. Un peu à l'écart, un suicidé philosophique échafaude impunément ses losanges de bronze dans la stupeur solaire. L'hygrométrie de l'air est nulle. Pas une goutte d'eau non plus à terre, dans une épaisseur hostile de verre pilé. — Suicidés philosophiques, victorieux des mers et des déserts, qui suscitez, de nos jours encore, d'étranges témoignages sur votre pouvoir de résistance et de prolifération, je vous salue !
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
La vérité sur les féculents
Progressons dans la voie du suicide : enfermons tout l'encéphale dans une pluche de pomme de terre.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Immortalité
Les coquilles des mollusques, les ramures des cervidés, l'ivoire et la corne, la carapace des tortues, l'ambre gris des cétacés... On n'en finirait pas d'énumérer les appendices extérieurs des corps vivants qui, parce qu'ils échappent à la décomposition organique, ont instillé dans l'esprit du monstre bipède l'extravagante idée de l'immortalité. Mais quant à l'homme du nihil, il n'est pas si facile à duper : il a lu Marc Aurèle.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Une drôle d'idée
« À cette époque, j'imaginai de mettre un point final à la littérature en y instaurant la dictature de la fécalité, en remplaçant dans les brochures les mots par des étrons. »
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
lundi 24 décembre 2018
Végétation
La nature selon Gragerfis : « une immense et comme invincible réserve de forces femelles, à la fois passives, sournoises et voraces ». Dans son Journal d'un cénobite mondain, l'infatigable polygraphe confie que ce déchaînement lent et silencieux lui a toujours causé « une peur atroce ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Arcane
Les excréments ne coïncident pas, il s'en faut de beaucoup, avec l'étendue et la variété du monde. À l'évidence, le monde contient quantité d'autres êtres ou choses, dont certains attirent et surprennent autant. Mais aucun objet, aucune créature, n'interroge davantage l'étant existant — le fameux « Dasein » des existentialistes — que ce hiéroglyphe protéiforme et versicolore : l'étron.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
dimanche 23 décembre 2018
Univers
Par l'univers, l'homme du nihil entend non seulement les cieux et la terre, mais encore le vide infini qu'il décèle au-dedans du monde, et en particulier de soi-même.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Dissymétrie
Conjecturant dans la dissymétrie une des forces vives de la nature, certains suicidés philosophiques choisissent de délaisser l'harmonieux et maniable colt Frontier pour l'incommode fusil Krag-Jørgensen (dont le magasin, faut-il le rappeler, est placé sur le côté). Présente même où elle n'a que faire — par exemple dans l'homicide de soi-même —, la postulation dissymétrique y rappelle qu'elle est capable de s'imposer avec faste, même là où ses effets ne sont qu'encombrants et nuisibles.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Ambition littéraire
Dire en une prose gloméruleuse toute la souffrance du volucre.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
samedi 22 décembre 2018
Instabilité
Le suicidé philosophique, soumis à l'attraction fatale du nihil, est un être fondamentalement instable : il rappelle ces éléments chimiques, créés en laboratoire, qui se maintiennent seulement quelques centièmes de seconde avant de se désintégrer, et qui avaient pourtant leur case réservée dans le tableau périodique de Mendeleïev 1.
1. Ce dont ne peut se targuer le suicidé philosophique, qui apparaît plutôt — et d'abord à soi-même — comme une « erreur de la nature ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Tourbillon de la vie
Autrefois, j'ai connu Ferdousi dans Mysore, mais nous nous sommes, depuis, perdus de vue.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Discours silencieux
Un mystérieux isolement, que manifeste jusqu'à leur apparence, met entre les suicidés philosophiques et le vulgum pecus une distance difficile à réduire et qui fait leur force. Ils obligent à l'observation, ils sont par nature « ouverts ». Rien de surnaturel ne les hante. Aucun sacré ne les habite : ils se refusent à tout culte et ne conseillent aucune piété. Ils ne sont pas des symboles : ils ne signifient rien qu'eux-mêmes. Le discours sur le Rien auquel ils invitent reste silencieux ; il naît d'une taciturnité toujours nouvelle, qui surprend d'abord mais qui découle naturellement de ce qu'ils sont, comme qui dirait, « décédés ».
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
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