samedi 25 janvier 2025

Vienne la nuit

 

Le temps est un vrai fidgarce. Quand on voit ce qui coule sous le pont Mirabeau... Des amours défuntes, passe encore, mais faut voir le reste... Paul Celan, Ghérasim Luca... Faut avoir le cœur bien accroché.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

vendredi 24 janvier 2025

Ontologie heideggérienne et restes de poulet


Si on invite Habermas, ça va être bien, il pourra nous parler du concept de validité, cette notion fondamentale du néokantisme qui constitue le fondement du projet ontologique heideggérien. En plus, il nous aidera à finir le poulet. Ce n'est pas comme Hönigswald, qui non seulement rejette l'ontologie heideggérienne comme trop fragile, soi-disant parce que l'être n'y possède pas la capacité fonctionnelle d'une instance ultimement fondatrice, mais au surplus n'aime pas le poulet.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Tempête phénoménologique

 

Quand on lit du Husserl, on est tellement secoué par ces histoires de phénomènes qu'on doit se réfugier dans la cabine du bosco et y lutter pour conserver son équilibre et un semblant de dignité.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Habacuc et Michée

 

Le prophète Habacuc dit que le juste vit de la foi (Justus ex fide vivit). Mais à cause de ce nom, Habacuc, nous avons du mal à prendre cette affirmation tout à fait au sérieux. Si c'était Michée qui l'avait prononcée, ce serait différent.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Frayeur de Madame Ouin-Ouin

 

Dans l'histoire de Ouin-Ouin qui va chercher sa femme à la gare de Neuchâtel, remplacez Ouin-Ouin par le philosophe marxiste Herbert Marcuse et vous allez voir la tête de la bonne femme quand il va se mettre à lui parler de l'homme unidimensionnel et des fondements du matérialisme historique !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

jeudi 23 janvier 2025

Un sacré pétrin


Si ce qu'on dit de la société de consommation est vrai, alors la situation est grave. On est dans de beaux drillards (de beaux chênes rouvres).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Ornementation philosophico-musicale

 

Theodor Adorno, le célèbre philosophe de l'École de Francfort, était aussi compositeur, ce qui explique pourquoi sa philosophie est adornée de nombreux trilles et gruppetti. Lorsqu'il critique la « société de consommation » (sa bête noire), c'est un déluge d'appoggiatures. Et quand il s'en prend à l'industrie culturelle, il a de ces picchiettati... on en est tout tourneboulé.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Gênance évitée de justesse

 

Si Emma, au lieu d'épouser Charles Bovary, avait convolé en justes noces avec le pharmacien Homais, elle serait devenue Emma Homais, une véritable caricature (d'elle-même).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Évolution de Gadamer


En novembre 1933, le philosophe Hans-Georg Gadamer signe la Déclaration des professeurs en faveur d'Adolf Hitler. Mais ensuite, il faut être honnête, il évolue. Celui qui en 1960 publie Vérité et méthode n'est plus le Gadamer d'alors.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mercredi 22 janvier 2025

Occulte, Gadamer ?

 

On peut le taxer d'obscurité, car son herméneutique ontologique n'est pas toujours facile à pénétrer, mais on ne saurait qualifier Gadamer d'occulte.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Réalisme magique

 

Tout individu capable de lire le roman Cent ans de solitude sans se faire caguer à mille francs de l'heure est en droit de vouloir tout ce qu'il exige et d'exiger tout ce qu'il veut.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Récalcitrance du cœur

 

Notre cœur ne veut pas se résigner. Il ne veut pas dormir son sommeil de brute. Il veut... On ne sait pas ce qu'il veut ! Peut-être des « biberons Robert » ? À malaxer ? Le cœur, pour y comprendre quelque chose...
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Consommation du Dante

 

Vers l'âge de trente-cinq ans, le Dante s'est soudain retrouvé dans une forêt obscure (una selva oscura). Il avait perdu « la voie droite », dit-il (la diritta via). Nous comprenons qu'il s'était écarté du droit chemin et mis à fumer de la « beuh » si ce n'est du « shit ». La forêt obscure, c'est celle de la drogue. C'est celle dans laquelle se perdront à leur tour Henri Michaux, Antonin Artaud et Jacques Kérouac.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mardi 21 janvier 2025

Cache-tronche pisseux

 

Dans la mesure où, primo, l'être n'est là que pour cacher la « tronche » du néant ; deuzio, il est de couleur jaune pâle... nous sommes fondés à l'appeler un « cache-tronche pisseux ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Masochisme lectural


Il y a des auteurs dont les ouvrages semblent destinés spécialement aux personnes qui lisent pour souffrir, par macération — pour se punir de quelque méfait qu'elles ont commis dans une vie antérieure ? Maurice Blanchot est de ceux-là, et aussi Brice Parain, et Georges Bataille, et... enfin toute cette clique.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Littérature à l'estomac

 

Manger des haricots beurre avec Wilkins Micawber ; une mouclade, mieux : un poulet à la réglisse avec Barkis ; et peut-être des tripes avec Uriah Heep ?
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Moumoute phénoménale

 

Dans ses Logische Untersuchungen, Husserl dit en substance que le réel est frappé de calvitie et qu'il porte une « moumoute ». Cette « moumoute », d'après lui, ce sont les phénomènes.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

lundi 20 janvier 2025

Mortalité de Lacan

 

« Jacques Lacan claquant, c'est inconcevable », pensions-nous. Il avait un tel rythme, une telle vitalité... Pourtant, le 9 septembre 1981, il fallut bien se rendre à l'évidence.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Sacrement de réconciliation

 

« Pour avoir eu des pensées impures, tu liras en pénitence deux Claudel et un Péguy.
— Peut-être aussi un Bernanos ? Pour marquer le coup ? »
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Bayrouiste

 

Bildad, Tsophar et Éliphaz, les amis de Job, sont de fameux pots de pisse. Job a tout perdu, et eux, tout ce qu'ils savent faire, c'est l'exhorter à se résigner. Pourquoi ne lui conseillent-ils pas de manger des choux-fleurs à la merde, tant qu'ils y sont ? Et quand, pour le distraire de ses malheurs, Bildad dit à Job que bayrouiste est l'un des rares mots de la langue française contenant toutes les voyelles une fois et une seule ? Que devons-nous en penser ?
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Nez creux de Desnos

 

Le poëte Desnos ne survit que par sa fourmi de dix-huit mètres. Il a eu le nez creux, le jour où il a écrit ce poëme. Parce que sinon... il était bon comme la romaine.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

dimanche 19 janvier 2025

Des chanteurs pas dérangés

 

Les gusses qui ont chanté, pour l'un, que « la solitude ça n'existe pas », pour l'autre, qu'« avec le temps va tout s'en va », ces gusses n'étaient pas dérangés. On a le droit de penser de telles choses, à la rigueur de les écrire sous un faux nom, mais pas de les chanter.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Répression de la fraude conceptuelle

 

Il faudrait en philosophie un équivalent de la DGCCRF qui veillerait au respect des règles d'étiquetage, de composition et de dénomination des concepts, s'assurerait qu'il n'y a pas tromperie sur la marchandise conceptuelle, enfin vérifierait que les prix des concepts sont bien indiqués et qu'on n'a pas besoin d'un microscope pour les lire.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Gouaille du fatum

 

Le destin — le fatum des Romains — est comme le jeune Jean-Pierre Léaud : il a de la gouaille. Hélas, sa gouaille s'exerce à nos dépens.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Pas à croire

 

Il y a des gens qui admirent les livres de Céline mais trouvent Céline lui-même très vilain. Ils disent qu'il faut distinguer l'œuvre de l'homme. Si Céline avait entendu ça, il se serait sûrement exclamé : « Tout le monde aux astibloches !... Sautez ! Rigodon !... » Il les aurait envoyés se faire ausculter chez Parapine. Et il aurait peut-être ajouté, histoire de les faire bisquer : « Lili, moi, Bébert, La Vigue... »
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

samedi 18 janvier 2025

Bouffées meurtrières du Grandiloque

 

Quand Émile Cioran annonçait qu'il allait descendre dans la rue et exterminer tout le monde, Simone Boué lui disait : « Fais pas le méchant, Émile. »
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Indice

 

Quelqu'un qui porte aux nues l'Aurélien d'Aragon, vous pouvez être sûr que c'est un « imbécile notoire ». Par contre, avec quelqu'un qui vous en dit pis que pendre (ou pis que bouffigue), il y a peut-être moyen de s'entendre.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Utilisation pratique du poëme


Pour éviter que les deux parties d'un sandwich ne se désolidarisent, on peut emballer ledit sandwich dans un poëme de Marcel Béalu. La poésie de Béalu vient en rouleaux de vingt mètres, alors il y a de quoi faire.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Un beau salop

 

Rousseau Jean-Jacques était un beau salop, dans son genre. Il a accusé à tort la cuisinière Marion du vol d'un ruban. Il a abandonné en pleine rue Le Maître frappé d'une crise d'épilepsie. Il a fait placer sa progéniture aux Enfants-Trouvés. Il a participé à la querelle des Bouffons et écorché le grand Rameau. Last but not least, il a prétendu que l'homme était naturellement bon. Bougre de salop, va, nous t'en foutrons du « naturellement bon », nous, tuouaouar !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)