Certains
végétaux ont, plus que d'autres, la capacité d'engendrer une ombre
propice au nocher. C'est le cas de l'oranger, mais aussi — avec quel
effarement on le découvre ! —, celui de la vigne féconde.
Bien qu'il se
donne des allures de matamore, l'être humain évite soigneusement la
région située entre la rivière Soungari et les monts Sikhote-Aline, car
il a peur de se faire attaquer par les hounghoutzes.
Le pis qu'il
puisse arriver à un écrivain est d'entendre des malotrus clamer que ce
qu'il a écrit est « très beau et très fort », « d'une beauté
transcendante », ou encore « lucide, sublime et bouleversant ». Il se
doutait qu'il avait échoué, mais à ce point ?
L'évêque
Berkeley se demandait si un arbre tombant dans la forêt en l'absence de
témoins produit un son. Il avait tendance à penser que oui, considérant
que Dieu a l'œil et l'oreille à tout, mais il ne put jamais en avoir le
cœur net.
On pensait
avoir fait le tour de la vilenie du monstre bipède, on croyait que rien
de sa part ne pourrait plus nous estomaquer, et voilà qu'on s'aperçoit
qu'il porte des shorts Mister Marvis. Ô vanité ! ô néant ! « ô
aueuglement estrange des hommes, gloriatur in malitia sua ! »
Emmanuel Kant
ne trouvait rien à son goût. Il critiquait tout. Même la faculté de
juger n'était pas assez bien pour môssieur. Il était sans cesse à redire
à tout.
Eliade dit
qu'un gusse affligé d'une conception funèbre de l'existence devrait
contempler en imagination des wagons chargés de troncs d'arbres, de
pierres, de sel et de pétrole car « ces faits bruts mais tellement
objectifs » lui feront oublier ses malheurs personnels — et ce n'est
pas bête.
En mécanique
quantique, un boson est une particule de spin entier qui obéit à la
statistique de Bose-Einstein. Parmi les bosons, les plus vicieux sont
ceux chargés de mettre en œuvre l'interaction forte : les gluons. Ces
petits fidgarces (ou fidjarces) tiennent les quarks ensemble en les
liant très fortement pour empêcher que la « réalité empirique » ne se
désagrège !
La mort est
d'une familiarité incroyable. Quand elle vient vous chercher, elle ne
vous appelle pas Hartvigsen mais simplement Benoni, comme si vous aviez
gardé les vaches ensemble. Elle dit : « Toi, là, Benoni. Viens donc un
peu par ici. »
Repoussée de
Marseille par les armes du comte Boniface, l'idée du Rien se vengea de
cet échec par le ravage du cerveau d'Émile Cioran, où elle renouvela les
scènes de dévastation des Vandales.
L'art imite
la nature, qui elle-même imite l'art, et ainsi de suite, on n'en sort
pas. Le résultat est qu'au final, il n'y a plus ni art ni nature, il n'y
a qu'une sorte de margouillis exophtalmique, certains diraient un
faldistoire falciforme.
Frédéric
Nietzsche a dit qu'on doit devenir l'homme qu'on est ; qu'on doit faire
ce que soi seul peut faire ; qu'on doit être le maître et le sculpteur
de soi-même. Mais il n'a pas dit « Jacques a dit ».
Quelqu'un
dont la mort est réputée proche, on dit qu'il est « libérable » ou
simplement « bérable ». Quand un tel individu croise un quidam qui, pour
sa part, a encore de nombreuses années à tirer, il lui crie pour le
narguer : « Bérable dans ta gueule ! Bérable dans ta gueule ! » —
Cruels, on le voit, sont les bérables.
La vie est
une histoire pleine de bruit et de fureur, racontée par un bredin. La
scène se passe dans un bar-tabac de Jaligny (Allier) et le bredin
raconte l'histoire à deux maraîchers, les frères Grafouillères.
Qu'un quidam
dise que telle organisation « n'a pas fait son Bad Godesberg », sur le
champ il nous est violemment antipathique et nous avons envie de
l'étrangler.
Comme le
lieutenant Glahn de Hamsun, nous appartenons aux forêts et à la
solitude. Mais surtout à la solitude parce que les forêts... pas tant
que ça, en fait.
Pour savoir
comment vivre, ne demande pas à la poussière comme le conseille mal à
propos John Fante, demande plutôt au houtouktou de Narabanchi. C'est un
lama, il doit s'y connaître.
Tout le
malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est d'exister. Si l'on
veut absolument couper les cheveux en quatre, on peut aussi mentionner
le fait qu'ils ne savent pas demeurer en repos dans une chambre, mais ce
n'est qu'un à-côté.
Pour le
nihilique, le dernier renoncement est de renoncer à dire que « rien
n'est ». Ce n'est pas qu'il ait changé d'avis, mais il en a assez de se
faire gronder par Simone.