Dans
La Montagne magique, Settembrini conseille à Hans Castor de construire
un barrage sur la rivière Landwasser afin de séduire madame Chauchat,
mais Castor n'est pas chaud ; il trouve l'idée loufoque.
Thomas
Mann avait d'abord pensé situer l'intrigue de Mort à Venise dans le
Val-d'Oise, plus précisément à Bezons. Mais il voulait absolument une
scène avec des gondoles, et à Bezons, des gondoles, il n'y en a pas des
masses. Alors il s'est rabattu sur Venise et ce n'était peut-être pas
plus mal. En tout cas son livre a bien marché.
Dans
Histoire et utopie, le négateur Émile Cioran dit envier « l'incuriosité
du minéral », mais ce faisant, il montre simplement qu'il ne connaît « que
tchi » en matière de minéralogie. Incurieux, le minéral ? Roger
Caillois, pour ne citer que lui, a décrit une flopée de pierres
curieuses parmi lesquelles les agates paradoxales.
L'écrivain
Michel Butor se distingue des autres représentants du Nouveau roman —
des autres ardéidés, comme on les appelle — par son cri qui rappelle
le mugissement d'un bovin. Dans La Modification, ce cri souligne de
façon poignante le renversement entre espace réel et espace fictif qui
s'opère au fil du voyage intérieur que met en scène Butor.
Quelqu'un
qui vous demanderait comment vous en êtes arrivé là, comment vous vous
êtes retrouvé dans cet emploi de raté complet, vous ne pourriez que lui
répondre : « La fatalité ! La fatalité, bon Dieu, Barrachon ! »
Le
petit-déjeuner du nouveau romancier se compose de porridge, d'une
banane et de quelques biscuits. Son déjeuner habituel est fait de
crevettes, d'une limande au citron accompagnée de pommes de terre en
robbe grillée, et de quelques dattes en dessert.
Comme
Fichte et Hegel, nous allons nous débarrasser de la notion de noumène.
Nous sentirons-nous mieux après ? C'est loin d'être assuré, mais ça ne
coûte rien d'essayer.
Selon
que vous serez grand avec des oreilles normales ou petit avec des
grandes oreilles, les jugements des personnes du sexe vous seront
favorables ou contraires. En outre, dans le deuxième cas, vous devrez
porter une grosse casquette qui vous tiendra chaud à la tête.
Le
misanthrope connaît l'opprobre de n'être pas rotacé, mais il ignore
complètement l'art de se rendre sympathique. Et il en souffre ! Il se
sent seul, dans ce stérile pays hérissé de frimas !
Dans
le Pan Tadeusz de Mickiewicz, le bailli Wojski joue merveilleusement du
cor au cours de la partie de chasse à l'ours. On ne peut être
qu'admiratif. On serait bien incapable d'en faire autant.
Dans
son ouvrage intitulé L'évolution et la structure de la doctrine de la
science chez Fichte, Martial Gueroult nous prévient que « l'idéalisme
fichtéen, ce n'est pas pour les chochottes ». Il justifie son assertion
en indiquant que Fichte « nous présente la constitution du rapport
monde-conscience à partir d’une eidétique de la réflexivité comme
phénomène originaire de l’être ». — Et il est indéniable que pour faire
sienne une telle doctrine, il faut « avoir de l'estom' »...
N'attendez
plus. Égalisez les points de vue de l'être substantiel et du soi fini à
l'aide de la synthèse quintuple fichtéenne. C'est une solution JEUNE.
Satisfaction guaranteed or your money back.
Chaque
soir, quand Simone éteignait la lumière, le négateur Émile Cioran
déclarait : « Le sentiment de l'ombre m'envahit. » Il citait Keats ! Il
faisait « jore » ! Mais son astuce tombait à plat, car Simone ne
connaissait pas la lettre de Keats à Charles Brown du 30 septembre 1820.
Böhme
a l'air de penser, comme Abraham Aboulafia, que l'essence du monde est
de nature linguistique. D'après lui, il est possible d'épeler le nom de
la divinité en se basant sur les choses que l'on trouve dans la nature :
ba, be, bi, bo, bu... Mais ce n'est pas à la portée du premier imbécile
venu : il faut, dit-il, « être un minimum dégourdi ».
Pour
le théosophe Jakob Böhme, les croyants ne peuvent se contenter d'une
conception abstraite du salut : celle-ci doit prendre la forme concrète
d'une... tête de chien couché !
À
partir d'un certain âge, il vaut mieux ne plus se regarder dans le
miroir de la salle de bain. Expert en portraits acerbes et critiques,
celui-ci a toujours trouvé en La Bruyère un inspirateur capital, mais
désormais, l'image qu'il renvoie est un modèle de férocité implacable.
Ce n'est plus du La Bruyère, c'est du Daumier.
Un
négateur digne de ce nom ne se contente pas de n'applaudir à rien ; il
plonge — en pensée — tous les « applaudisseurs » dans un chaudron
d'huile bouillante. Comble de perversité, il réalise cette immersion « au
son de l'orchestre de Robert Quibel ».
Quand
il est question d'escrocs artistiques et de pots de pisse littéraires,
on pense immédiatement au « plasticien » Andy Warhol et à l'écrivain Henry
Miller, mais il y en a beaucoup d'autres. Il y a aussi le « plasticien »
Christo, le « plasticien » Joseph Beuys, les écrivains William S.
Burroughs et Richard Brautigan, le « plasticien » Basquiat... Les escrocs
artistiques et les pots de pisse littéraires, ce n'est pas ça qui
manque, allez.
Glenn
Gould ne se débrouillait pas mal au piano. Il tapait la plupart du
temps sur les bonnes touches. Mais il est responsable du naufrage de
Wertheimer, qu'il a écrasé de sa personnalité au point de le faire
ressembler à une mouche sur laquelle se serait assis un éléphant. Ayant
perdu tout espoir d'accéder à une carrière de virtuose, Wertheimer a
fait comme Phil Ochs, il s'est pendu dans la maison de sa sœur Sonny.
Alors Glenn Gould... Non. Aux chiottes, Glenn Gould. Pauvre Wertheimer !...
Glenn
Gould ne jouait sans doute pas beaucoup mieux du piano que vous et moi,
mais il faisait « jore » à un degré extraordinaire, avec sa chaise et ses
mimiques, et cela a suffi à lui assurer une réputation de génie. Tant
le monstre bipède est crédule ! Tant l'homme est un loup pour l'homme !