« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
mardi 20 novembre 2018
Parole de constipé
Le néo-platonicien Plotin définissait la philosophie « ce qui importe le plus ». Mais cette formule ne s'applique-t-elle pas plutôt à l'acte défécatoire ?
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Assez de mots. Un acte !
Se lever un beau matin, tout à fait calme et sûr de soi, et enfoncer quelque chose d'acéré et de définitif dans l'entrelacs de viscères où s'abrite le Moi... Ah, quel délice ! (Les trente-trois délices de Théasar du Jin, Traduction de Simon Leys)
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
De l'hyène
Autant l'humain me répugne, autant l'hyène m'émeut. Sa crinière rude et épaisse, son pelage gris ou fauve, sale, taché de brun, lui confèrent l'allure farouche d'un prophète du Rien. Elle est nocturne et timide, comme le nihilique. Mais contrairement à ce dernier, elle attaque rarement l'homme, préférant se nourrir de charognes, de cadavres qu'elle déterre. Hyène sophistiquée, j'ajoute à la nécrophagie un profond romantisme de l'éphémère — que j'emprunte au Japonais, ce guetteur de chaque instant — et une sombre fascination pour ce qui disparaît.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
lundi 19 novembre 2018
Cimetière marin
Cruel Parménide ! Parménide d'Élée ! M'as-tu assez désopilé avec ton être indivisible, inengendré, et ton non-être qui n'est pas ! Debout ! Dans l'ère successive ! Au pas de gymnastique ! — Ô puissance salée ! Courons au Rien en rejaillir vivant !
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Dans le diverticule des félins
Le temps écrase l'étant existant sous d'énormes brodequins en cuir de vache, éculés comme pour faire ressortir plus crûment encore l'absence de pieds.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Crise de vers
Je dis « la matière fécale » et, hors l'oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d'autre que les tourtes sues, musicalement se lève, idée même et suave, l'absente de tous bouquets.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
dimanche 18 novembre 2018
Consolation de la philosophie
Arétaze, dans son Histoire de Phrygie parle de l'idée du Rien, que l'on trouve sur le mont Tmolus — et aussi dans la pachyméninge de l'homme du nihil. Si un eunuque la rencontre, il n'a plus de répugnance pour sa castration et la supporte désormais avec intrépidité. Mais cette trouvaille est fort rare.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
L'ardent pays
La stridulation du pachynihil zèbre la porcelaine du soir. Ô Rilke ! Je déambule dans l'Ouvert, sourd aux imprécations des êtres et des choses. Sombre antichambre de la folie, salle d'attente du suicide, l'existence, perpétuel plagiat !
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
L'écho inquiétant du nihil
Ceux qui passent devant l'homme du nihil évitent de parler. Ils entendent des bruits lointains de tonnerre et d'ouragan. Ils s'arrêtent, en proie à la terreur. Tout le monde n'entend pas ces bruits.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
samedi 17 novembre 2018
Rien nu
Comme qui, parlant des fleurs, laisserait de côté aussi bien la botanique que l'art des jardins et celui des bouquets — et il lui resterait encore beaucoup à dire —, ainsi, négligeant la nihilologie, écartant les arts qui du Rien font usage, le suicidé philosophique parle du Rien nu, fascination et gloire, où se dissimule et en même temps se livre un mystère plus lent, plus vaste et plus grave que le destin d'une espèce passagère.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Aérolithe
L'homme du nihil vient — c'est du moins ce qu'il sent quand il se confronte au « monstre bipède » — d'une autre planète. Ne porte-t-il pas sur lui la torsion de l'espace comme le stigmate de sa terrible chute ?
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Ébriété temporelle
Chaque seconde est une tournée générale payée par le Grand Tout. Et les années sont de puissantes bitures qui assomment la séquelle de pochards désaxés tournant et buvant autour de l'énorme panse du Gambrinus de terre cuite qui se dresse sur un comptoir, dans l'universelle brasserie, victorieux et gorgé, à cheval sur un foudre et le verre en l'air !
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
vendredi 16 novembre 2018
Un martyr de l'haeccéité
« Mon idée la plus intime est de ne pouvoir être celui que je suis. Je ne puis pas me reconnaître dans une figure finie. Et Moi s'enfuit toujours de ma personne, que cependant il dessine ou imprime en la fuyant. »
(Paul Valéry, Tel quel)
Événement
« L'ennui qui suinte de la vie et imprègne le Dasein comme ferait la pisse urticante d'une chauve-souris purpurine, cet ennui écrasant, Messieurs, m'inciterait presque à considérer la mort d'un œil neuf : comme un événement. »
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Sur les traces de Tou Fou
Et maintenant tâchons, comme Tou Fou, de tirer des malheurs de la guerre et de notre misère personnelle une poésie originale...
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Embellissement
Le citoyen Jutique, que ses fonctions de commissaire des relations commerciales retiennent à Madère, mais qui ne cesse d'y cultiver avec beaucoup de zèle l'idée du Rien, a fait parvenir à ses confrères un mémoire où il affirme que cette idée, si belle par ses couleurs, si curieuse par ses formes, serait des plus faciles à multiplier dans nos contrées, où elle contribuerait, par l'époque de sa floraison, à embellir nos saisons rigoureuses.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Calmant suprême
Celui que tourmente une conscience agitée par le bourrellement incessant de l'haeccéité, la temporalité du temps, la mortalité de l'être mortel, ne peut faire mieux que de se tourner vers l'idée du Rien, si propre, par sa pénétrante onction, à calmer ses agitations et son trouble.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
jeudi 15 novembre 2018
Comme David Copperfield
Je porte autour du cou une pancarte élucidant mon effroyable déchéance : « Le Grand Tout a fait cela ».
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
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