« Quand j'entends le mot vivre, je sors mon revolver ou du poison. » (Luc Pulflop)
vendredi 21 décembre 2018
Un ami précieux
Élargissant sans cesse le cercle d'une solitude où il se condense peu à peu en un amas punctiforme, le nihilique en vient à reconnaître dans le taupicide son seul ami véritable. Situé à l'extrême de la taciturnité, le nitrate de baryum qui en constitue la partie principale est placé du même coup aux antipodes de l'homme et de la pensée. On le devine contenir en sa masse impassible la totalité des transformations possibles de la matière, sans rien en exclure — surtout le néant.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Hommage à Jean-Guy Floutier
Limon noir
Comme le Nil, l'idée du Rien charrie un précieux limon noir : c'est un fleuve nourricier. Et ainsi que l'a souligné Gragerfis : « ce fleuve bienfaiteur, il ne tient qu'à chacun d'en accroître, fût-ce pour une part infinitésimale, les antiques alluvions ». — Comment ? Mais par l'homicide de soi-même !
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Désespérance du peuplier
L'andante convient assez à la désespérance de l'homme du nihil — et à celle, plus feuillue, du peuplier.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
jeudi 20 décembre 2018
Propos d'ivrogne
Quand Parménide affirme qu'il n'est par définition que l'Être, immobile, complet, homogène, et que tout le reste n'est que « variation d'éclat par la surface », on peut à bon droit se demander s'il n'a pas bu. — Et le Rien alors, sentencieux Parménide ? N'est-il pas lui aussi « immobile, complet et homogène » ? — Ô vanité ! ô néant ! « ô aueuglement estrange des hommes, gloriatur in malitia sua ! »
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Déjà jadis
Retiré près d'Antibes à la fin de la guerre, Georges Ribemont-Dessaignes meurt à Saint-Jeannet le 9 juillet 1974.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
Diversions
L'homme du nihil arrive parfois à distraire son marasme par la contemplation d'objets insolites ou par des réflexions sur la condition végétale, enfin par la description méticuleuse d'excréments fossiles que les savants nomment coprolithes. De ces divertimenti, il sort pénétré de l'opulente immensité du Rien, mer plate qui recèle un iode puissant dont nul opium ne procure des enchantements aussi variés, aussi recommencés.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Pyrrhonisme malacologique
Échaudé par la félonie du Grand Tout, j'en vins à mettre en doute la réalité de ce mollusque que les naturalistes nomment térébratule.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mercredi 19 décembre 2018
L'incertitude qui vient des rêves
D'une indécision maladive, l'homme du nihil, bien souvent, n'est pas capable de statuer s'il est Tchouang-tseu rêvant qu'il est un papillon, ou un papillon rêvant qu'il est Tchouang-tseu, ou encore — hypothèse sans doute la plus probable — s'il n'y a pas plus de Tchouang-tseu ni de papillon que, révérence parler, de beurre au prose.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Servitude
Le joug de l'haeccéité, qui écrase et oppresse le Dasein, permet à celui-ci d'assez bien imaginer ce que pouvaient ressentir les Poméraniens, les Finnois et les autres races autochtones des contrées soumises au sceptre des Wasa.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Hypèthre
Hypèthre, du grec hupaithros, découvert, signifie à ciel ouvert, sans toit, en parlant d'un édifice : des temples hypèthres.
(Luc Pulflop, Prière d'incinérer. Dégoût)
mardi 18 décembre 2018
Paradoxe
Un jour qu'il était « gonflé à bloc », Lao Tseu aurait, d'après Gragerfis, prétendu que « la vérité c'est l'être, l'erreur le néant ». — Problème de cohabitation avec une belle-mère envahissante ? Fragilité psychologique ? Besoin compulsif d'« épater le bourgeois » ? Peut-on jamais savoir avec certitude ce qui pousse un homme à énoncer un paradoxe ?
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Une tâche surhumaine
Au début de sa carrière, l'homme du nihil ressemble à un héros dostoïevskien écartelé entre l'évidence de n'être rien et le sentiment d'être tout. Enfin... peut-être pas exactement tout, mais du moins un certain nombre de choses : parmi les corps lumineux, le soleil rayonnant ; entre les montagnes, l'Himalaya ; parmi les poëtes dadaïstes, Georges Ribemont-Dessaignes ; entre les mots prononcés, le mot indivisible « reginglette »; entre les lacs, l'océan ; entre les bêtes sauvages, le tigre ; entre les objets purifiants, le vent. Et encore : le temps sans limites, la pénitence des ascètes, le silence des secrets et la science des sages. — Mais il réalise vite que tout cela n'est pas une sinécure. Alors il se recouche — et gémit.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
lundi 17 décembre 2018
Soustraction
Quel fut le but ultime des « artistes du creux » — au premier rang desquels le suicidé philosophique — si ce n'est de rendre sensible l'impossibilité pour les mortels de sculpter autre chose que le vide ?
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
Pis-allers
Pour réduire le Moi, le seul moyen convenable est l'homicide de soi-même. La fréquentation des cafés, les blagues, la lecture des journaux et la consommation de vodka ne sont que des pis-allers.
(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)
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