dimanche 10 février 2019

Morphologie du « cas »


Pourquoi les choses — si véritablement « choses » il y a — sont-elles comme elles sont ? Pourquoi tel excrément a-t-il la forme d'une tourte, quand tel autre mérite bien le surnom de « cigare japonais » que lui attribue le vulgum pecus ? Parmi les spécialistes, plusieurs théories s'affrontent, chacune privilégiant une influence particulière parmi celles qu'inévitablement subit le sujet déféquant. L'un croit que dans l'économie réside la cause dernière de la conformation du « cas » : il invoque la distribution des richesses, le régime de la propriété, la baisse des salaires, la lutte des marchés... Un autre, cependant, aperçoit la raison d'être de toute chose dans un ensemble de conflits psychologiques dont l'énergie sexuelle est le ressort principal, sinon unique. Pourquoi pas ? Mais ces théories, à se concentrer sur l'artiste, oublient trop le chef-d'œuvre sur lequel il s'agissait au départ d'apporter des lumières. Ne peut-on regarder cette réussite de l'art comme un signe qui se suffit à soi-même, témoignage absolu et comme anonyme, qu'il faudrait tenir comme tombé du ciel, qui seul enfin est digne d'attention et non celui qui l'a fait ?

(Théasar du Jin, Carnets du misanthrope)

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