jeudi 3 avril 2025

Dormir plutôt que vivre

 

Qui a fait l'expérience de dormir ne voudra plus jamais faire autre chose. Comparé au sommeil, tout lui paraîtra « guez » — jusques et y compris la lecture des œuvres de Jean-Louis Guez de Balzac, le « restaurateur de la langue française » (selon Malherbe).
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Visions

 

Voir en la vie une indicible rémoulade, comme Goethe voyait en van Ruysdael un précurseur du romantisme.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Admirabilité de Ruysbroeck

 

Ruysbroeck ne chie pas la honte, de se faire appeler « l'Admirable ». Qui est admirable ? Personne n'est admirable ! Fonder le prieuré de Groenendael, écrire des traités de mystique, qu'est-ce qu'il y a d'admirable là-dedans ? Aux chiottes ! Assez de salamalecs !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Austérités de Marie Alacoque

 

Par macération, la bienheureuse Marie Alacoque dormait sur une planche. Un jour, pour s'humilier, elle mangea le vomi d'une autre religieuse. Une autre fois, elle se nourrit des excréments d'une personne frappée de dysenterie. Enfin, sa soif de mortification atteignit son paroxysme et elle se fit couper les cheveux par le coiffeur de l'écrivain Hervé Bazin.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mercredi 2 avril 2025

Mentalisme

 

Si on pouvait savoir ce que les gens pensent réellement de soi, on aurait encore plus envie de se pendre. Et on se dirait encore plus que c'est un tas de salops.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Pavlovien

 

Quand on lit ou qu'on entend les mots « accent de cordialité qui révèle la familiarité du peintre avec le milieu papal », on pense immédiatement à Baciccia. C'est pratiquement un réflexe conditionné.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Aux chiottes les mots

 

Le gars Chandos n'arrivait pas à décrire les émotions qu'il ressentait à la vue d'un arrosoir en zinc, d'une herse abandonnée dans un champ ou d'une cavalcade de rats dans une cave. Alors par dépit, il décida qu'on ne pouvait rien décrire du tout et qu'on pouvait aussi bien envoyer les mots aux chiottes. Et le pis c'est qu'il avait raison : on ne peut rien décrire. On est faits comme des picodons fermiers, mon vieux Milou. Vite, à la capitainerie du port !
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Désinvolture du Parmesan


Quand le Parmesan ratait une fresque, il disait que ce n'était pas grave, que ça arrivait à tout le monde et qu'il n'y avait pas de quoi en faire un fromage. Le Guerchin n'était pas d'accord.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

mardi 1 avril 2025

Désespérante rétention


Quand on est à la fois pessimiste et constipé, on a toutes les raisons d'afficher sur la porte de ses cabinets : « Lascia ogni speranza, tu que entri ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Banquet d'écrivains catholiques

 

Voyons voir... Du kabanos pour Bernanos, de la mortadelle pour Claudel, une saucisse de l'Aubrac pour Mauriac, et pour Péguy... peut-être des rillauds ?... Ou du salami, tiens.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Défense d'encourager l'autrui lévinassien

 

Tout irait mieux si personne n'aimait rien de ce que fait l'autrui lévinassien. Celui-là, il ne faut pas l'encourager. Quand on l'encourage, il devient tout de suite imbuvable. Il croit que c'est arrivé. Mais ce qui est arrivé, c'est qu'il est un céoène, rien d'autre.
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)

Rêver peut-être ?


On en a assez, de cette réalité empirique qui pue des pieds et du fiacre. On l'a assez vue, touchée et sentie. On voudrait, comme Baudelaire, « dormir, dormir plutôt que vivre » ; ou comme le héros de Huysmans, « rêver à de vagues Bactrianes, d'hypothétiques Cappadoces, d'incertaines Suses — Rotolo ou autre ».
 
(Gilbert Garistre, Aveux et anatropes)